Étudier en classe Les Éparges, de Maurice Genevoix

Étudier en classe Les Éparges, de Maurice Genevoix

Les Eparges, Librio
© D.R.
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Dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre, il est essentiel d’offrir aux élèves une vision de ce conflit de l’intérieur, de leur rendre sensible la vie des soldats, au-delà des armes et des batailles, car comme l’expliquait Maurice Genevoix dans une interview en 1972, la guerre, ce n’est pas que les « balles et les obus, c’est aussi la boue et la pluie ».

Pourquoi lire Les Éparges, livre IV de Ceux de 14 de Maurice Genevoix ?

Ce livre IV, Les Éparges, publié en 1921, se déroule entre janvier 1915, au moment où Maurice Genevoix, alors lieutenant à la tête d’une compagnie, prend position pour reprendre la crête des Éparges, commune de la Meuse, objet de violents combats entre Allemands et Français, et le 25 avril 1915, date à laquelle grièvement blessé, il quitte le front et clôt son témoignage quasi quotidien et écrit sur le vif.

Ce texte, rédigé très rapidement à partir des notes prises dans ses carnets de guerre, forme une unité narrative complète, autour du narrateur et de ses hommes, auxquels il redonne la parole dans de véritables scènes au discours direct. S’il constitue un témoignage dont le réalisme est unanimement reconnu, son style clair au rythme souple et régulier en fait un récit efficace d’une dimension véritablement littéraire.

Ceux de 14 débutent le jour de la mobilisation, lorsque le narrateur Maurice Genevoix entend le tocsin annonçant l’entrée en guerre de la France. Œuvre chronologique, Ceux de 14 est constituée de quatre livres, qui se développent sur une période assez courte d’août 1914 à avril 1915. Les Éparges en constitue le dernier volume, marqué par l’extrême violence des combats, menés mètre par mètre dans la guerre dite de « position » au cœur des tranchées.

À la frontière du témoignage et du roman

Définition d’un témoignage, selon l’historien J. Norton Cru : « C’est un document comportant le récit véridique à la première personne des souffrances physiques et morales endurées par un survivant qui endosse le rôle du témoin et décrit clairement et sobrement, ce qu’il a vu, entendu, senti ou pensé au contact de la mort. » Les Éparges répond totalement à cette définition dans la mesure où il présente, sous forme de chroniques datées, au présent de l’indicatif, les faits et gestes de l’ensemble de l’unité commandée par M. Genevoix, qui assume pleinement son rôle de narrateur (p. 12 : « J’ai du mal à présent à continuer le carnet de route que j’avais commencé aux premiers temps de cette guerre immobile, en reprenant les notes hâtives que j’avais prises au jour le jour, en essayant – avec quel enthousiasme ! – de leur donner chaleur et vie. ») Maurice Genevoix rend compte de son expérience de la guerre qui ne l’éloigne jamais pour autant, dans tous les moments d’extrême danger ou de manifestations d’une violence, de son attachement et de son admiration pour la nature qu’il évoque, telles des miniatures impressionnistes, par touches colorées (pp.171-172 : « Mais j’étais à peine dehors que je suis demeuré sur place, stupéfait et ravi par la splendeur de la nuit. Clair de lune sur la neige, une blancheur laiteuse et bleuâtre, fondue dans une brume lumineuse, flottante et qui semblait d’un rêve. Près de moi des paillettes scintillaient aux aiguilles des sapins et sur le toit des abris. En face le versant du coteau s’étalait, également blanc, également lumineux, sans une faille, sans un accroc. »)

C’est pourquoi Les Éparges est aussi un objet littéraire, où toutes les ressources de la langue et les effets de style sont mobilisés par un auteur pour rendre présent un événement passé et bouleverser le lecteur.

Pourquoi étudier Les Éparges ?

Parfaitement adapté au programme de troisième (formes du récit du XIXe et XXe siècles) puisqu’il porte un regard direct sur l’histoire et le monde contemporain, ce texte magnifique permet de prolonger le programme d’histoire. Il permet également de faire un travail sur le récit à la première personne. Enfin, porteur d’un regard réflexif et de questionnement sur des événements qui concernent le collectif, il s’inscrit aussi dans une analyse des œuvres porteuses de messages.

Pour aller plus loin

Pour découvrir le lieutenant Genevoix, beau jeune homme de 20 ans, officier, on peut renvoyer les élèves à trois documents iconographiques. Ils pourront ainsi prendre conscience que l’écrivain qu’ils vont étudier a été un véritable soldat.

Il peut être intéressant de lire aux élèves cet extrait qui leur montrera que sur le champ de bataille se trouvaient aussi des photographes, dont les clichés aujourd’hui représentent d’émouvants et riches documents.

Plusieurs séances de ce dossier pédagogique renvoient à l’adaptation en téléfilm du roman Ceux de 14, disponible en DVD et en VOD.

>> Télécharger le plan des séquences pédagogiques du dossier

 

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