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Trois garçons de Murat-sur-Vèbre

Couverture de la publication des lettres de Louis Granier / Première page du cahier de Romain Julien. Coll. part.
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Les témoins combattants de la Grande Guerre ont très souvent recherché la présence de leurs compatriotes du « pays » et souligné l’attachement à leurs origines géographiques. Les notices de 500 Témoins de la Grande Guerre permettent de prendre la mesure de cette thématique que Rémy Cazals évoque aujourd’hui à travers les témoignages de trois combattants tarnais.

Si l’on consulte l’index des noms de lieux du livre 500 Témoins de la Grande Guerre à l’entrée « Murat-sur-Vèbre », qui est une bourgade de la montagne tarnaise, on est renvoyé aux notices concernant trois hommes nés dans cette commune et mobilisés pour la guerre.

NOM Prénom Naissance Département Profession Arme ou statut
ALENGRIN Joseph 1882 Tarn Clerc de notaire Infanterie
GRANIER Louis 1886 Tarn Cultivateur Infanterie
JULIEN Romain 1898 Tarn Cultivateur Artillerie

Louis Granier allait se marier lorsqu’il fut mobilisé dans un bataillon de chasseurs alpins. Bien vite, il comprit qu’avant de prendre une telle décision il valait mieux attendre la fin de la guerre et le retour, à la volonté de Dieu. Ses lettres décrivent les combats, les conditions de vie inhumaines : « Il neige, il pleut, il fait bien mauvais temps isolé dans les bois comme les bêtes sauvages. » Mais « ensauvagement » ne signifie pas « transformation en brute ». Ses lettres évoquent l’attachement au « pays » et aux camarades du pays, l’affection pour sa famille, le souhait du bonheur à retrouver avec la paix : « Le bonheur que nous aurions si nous pouvions voir la fin, ça nous paraîtrait pas possible. » Cette phrase figure dans la dernière lettre du soldat, disparu le 18 avril 1915 au Reichackerkopf dans les Vosges.

Le même souci de trouver des gars du pays et de revenir vers sa famille apparaît chez Joseph Alengrin qui, lui, était marié et avait une petite fille. Chasseur alpin, il est blessé au genou par un éclat d’obus, puis capturé le 14 janvier 1915. En mettant au propre ses notes après la guerre, il aurait pu avoir envie de signaler de mauvais traitements infligés aux prisonniers dans les divers camps où il était passé. Il n’en est rien : en kommando agricole, il a de bons rapports avec la population civile et même avec les gardiens. Esprit curieux et cultivé, il a porté attention à des anecdotes significatives et a fait des remarques de type ethnographique.

Le plus jeune, Romain Julien, n’est mobilisé qu’en 1917, dans le régiment d’artillerie de Carcassonne et il n’arrive sur le front qu’en janvier 1918. Ses souvenirs ne concernent donc que la dernière année de guerre, résistance aux offensives allemandes, participation à l’offensive alliée. Mais ses carnets comprennent une « Deuxième phase de mes campagnes, ou Campagne d’Orient et du Levant », qui nous rappelle que l’armistice du 11 novembre 1918 ne mit pas fin partout aux hostilités. Mais les soldats n’avaient visiblement pas envie de combattre les bolcheviks à Odessa et les Turcs en Syrie.

Le Centre de recherches du patrimoine de Rieumontagné a publié dans ses Cahiers le témoignage de ces trois poilus, belle initiative à souligner.