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Portraits en temps de guerre dans les Archives de la Planète

© Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn / Département des Hauts-de-Seine
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Chaque mois, retrouvez sur Centenaire.org un portfolio d'autochromes des années 14-18 issus des Archives de la Planète d'Albert Kahn, conservés par le Musée départemental Albert-Kahn des Hauts-de-Seine.

Le portrait est une composante importante des Archives de la planète. Pendant la guerre, des opérateurs mobilisés (André Bernardel, Stéphane Passet) adressent à Albert Kahn à intervalles réguliers des photographies qui témoignent des conditions de vie sur le front, parmi lesquelles des portraits de leurs camarades. Ces images sont présentées à quelques invités privilégiés dans la salle de projection privée du banquier à Boulogne-sur-Seine.

> Voir le portfolio : Exemples de portraits issus des Archives de la planète entre 1914 et 1918 

Des portraits sont également réalisés par les opérateurs qui sont envoyés en mission officielle en coopération avec la Section photographique et cinématographique de l’Armée, sur le front intérieur aussi bien qu’extérieur. En Arabie, l’autochromiste Paul Castelnau suit les armées française et anglaise envoyées en soutien à la révolte arabe contre l’empire ottoman, révolte dirigée par le roi du Hedjaz Hussein et son fils l’émir Fayçal. A Soissons Fernand Cuville photographie les clowns du Théâtre aux armées, à Reims les habitants qui n’ont pas pu ou pas voulu quitter la ville assiégée. En Italie et sur le Mont Athos il prend des vues caractéristiques des monuments et des habitants, images qui serviront les cours au Collège de France du géographe Jean Brunhes, le directeur scientifique des Archives de la planète. Celui-ci s’interroge en effet sur les facteurs de cohésion qui permettent aux peuples de se constituer en nations (géographie, langue, culture, religion, types physiques…) et lui-même fait réaliser pendant ses propres voyages scientifiques des portraits grâce auxquels il entend démontrer que leurs origines mêlées n’empêchent pas les Français de s’unir en patriotes devant la menace allemande.

A ces portraits de terrain s’ajoutent ceux qui sont réalisés dans le studio de prises de vues dédié installé dans la propriété d’Albert Kahn. C’est en effet pendant la guerre, et surtout à partir de 1917, que l’habitude est prise de proposer aux invités de passage de se faire photographier en couleur. Entre fin 1914 et fin 1918, environ 1000 portraits sont ainsi réalisés à Boulogne, la plupart du temps en double afin de pouvoir offrir un exemplaire de leur photographie aux sujets. Moins systématiquement, mais tout aussi régulièrement, certaines personnalités importantes pour Albert Kahn ont également été filmées en visite dans ses jardins, ou par les opérateurs envoyés en reportage.

Parmi les personnages portraiturés, on trouve des acteurs de la propagande de guerre, qui servent les causes nationales dans lesquelles Albert Kahn et Jean Brunhes sont particulièrement impliqués, comme le retour de l’Alsace-Lorraine à la France (capitaine Lechien, abbé Wetterlé, Elisabeth Sainte-Marie-Perrin).

Les participants aux différents projets initiés par Albert Kahn lui-même sont particulièrement mis à l’honneur : en 1914 il initie la création du Comité du Secours National et en 1916 il fonde le Comité national d’études sociales et politiques. Ces deux structures sont destinées à réaliser l’Union sacrée, la première au service des victimes civiles de la guerre, la seconde en rassemblant en think tank des personnalités qui réfléchissent sur les différents problèmes posés par la guerre. S’y côtoient ainsi des personnalités aussi différentes que l’archevêque de Paris le cardinal Amette, le secrétaire de la SFIO (future Parti socialiste) Louis Dubreuilh ou l’écrivain et député nationaliste Maurice Barrès. Sont également photographiés les invités et leurs familles qui assistent aux manifestations organisées par la Société Autour du Monde établie depuis 1906 à Boulogne. Cette société a été créée par Albert Kahn pour favoriser par des rencontres et des cérémonies « l’esprit international ». Pendant la guerre, elle organise nombre de manifestations qui célèbrent les relations interalliées. Des personnalités étrangères éminentes (et particulièrement francophiles…) comme le Tchèque Edvard Benes, les Américains Edward Tuck, Herbert-Adams Gibbons ou le Japonais Matsui Keishiro et leurs familles passent ainsi par le studio de portraits.

Cette collection de portraits témoigne également du cercle intime d’Albert Kahn. On trouve là des personnalités du monde des affaires, de la banque et de la finance ou de la haute aristocratie cosmopolite (Eugène Schneider, Mlle Griolet, la princesse d’Arenberg), et des personnalités universitaires et politiques pour lesquelles Albert Kahn nourrissait une admiration et une amitié particulières : l’homme politique Léon Bourgeois, le philosophe Henri Bergson, le Président du Conseil Georges Clemenceau. Se faire portraiturer à Boulogne n’était cependant pas un privilège réservé aux grands de ce monde : les membres plus modestes de l’entourage d’Albert Kahn, ou ses employés (le jardinier mobilisé Emile Quigrat), ont été immortalisés eux aussi. 

> Voir le portfolio : Exemples de portraits issus des Archives de la planète entre 1914 et 1918