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L'exhortation à la paix du pape Benoît XV, le 1er août 1917

Le pape Benoît XV en 1914
© Gallica - BNF
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L'impartialité du Vatican pendant la Première Guerre mondiale ne l'a pas empêché de s'engager sur le front humanitaire et pacifiste. Après plusieurs tentatives infructueuses, le pape Benoît XV renouvelle son appel à la paix le 1er août 1917, dans une lettre adressée "aux chefs des pays belligérants" dans laquelle il invite "la force morale du droit" à se substituer "à la force matérielle des armes". Un texte fort, mais qui n'aura pas plus d'impact sur l'issue de la guerre.  

Élu le 3 septembre 1914, alors que la guerre vient d’éclater, le pape Benoît XV, de son vrai nom Giacomo Della Chiesa, tente d’emblée d’en appeler aux valeurs chrétiennes de paix et d’entente face à l’emportement des armes. Il écrit une première exhortation apostolique à la paix, Ubi Primum, dès le 8 septembre 1914. Elle n’aura aucun succès. 

Un pape en guerre

Benoit XV se propose de « résoudre l’épouvantable conflit autrement que par la violence […] et reconnaître l’esprit serein les droits et les justes apparitions des peuples ». Dans son encyclique du 1er novembre, intitulée Ad Beatissimi Apostolarum Principis, il condamne « le plus sombre, peut-être, et le plus endeuillé moment de l’histoire de tous les temps ». Il s’adresse aux dirigeants des pays belligérants : « Puissions-Nous être entendu par ceux qui ont en mains les destinées des peuples ! Il y a, sans nul doute, d'autres voies, d'autres moyens, qui permettraient de réparer les droits, s'il y en a eu de lésés. Qu'ils y recourent, en suspendant leurs hostilités, animés de droiture et de bonne volonté. » Cependant, l’entrée en guerre de l’Italie, en mai 1915, marque une nouvelle étape dans l’extension du conflit qui touche directement le Vatican et plonge la papauté dans le désarroi. A plusieurs reprises entre 1915 et 1916, Benoit XV évoque dans des lettres et prises de parole publiques la nécessité de trouver une paix « juste et durable » en Europe, alors même que ses représentants oeuvrent dans différents pays pour le soutien aux blessés, prisonniers ou civils.

Car parallèlement à ses efforts diplomatiques, Benoît XV mène une action humanitaire plutôt efficace. Le pacifiste Romain Rolland qualifiera même le Vatican de « seconde Croix-Rouge ». Le pape confie ainsi à Eugenio Pacelli, futur pape Pie XII, la direction d’un service d’assistance aux blessés et prisonniers de guerre ; il demande aux belligérants d’autoriser l’échange de prisonniers blessés, le Vatican sert également de bureau d’information aux familles qui reçoit 170 000 demandes et envoie 5 000 communiqués, et des rations alimentaires sont distribuées. Il est pourtant difficile pour le Vatican de justifier de l’impartialité dont il fait preuve. Clemenceau dénonce le « silence du pape » et sa complaisance envers l’Allemagne, alors que le général allemand Ludendorf qualifie Benoit XV de « pape français », jugé trop favorable aux revendications de la France.

Une tentative de paix avortée

En 1917, l’entrée en guerre des Etats-Unis étend encore le périmètre et la totalisation du conflit. Le nonce Pacelli, futur cardinal, va tenter, à Munich, puis ensuite à Berlin, d’ouvrir des discussions avec les Allemands et les Austro-Hongrois, sans parvenir à des avancées majeures. Le 1er août, Benoit XV rédige un texte publié le 16 août dans l’Osservatore Romano, l’organe de presse du Vatican. Il rappelle combien son action en faveur de la paix a été constante : « Ce fut Notre œuvre pendant les trois douloureuses années qui viennent de s’écouler ». Et de souligner : « Le monde civilisé devra-t-il donc n’être plus qu’un champ de mort ? » Le pape envoie aux gouvernements des pays en guerre une « exhortation à la paix », réaffirmant la volonté du Saint-Siège de garder « une parfaite impartialité » dans le conflit. Dans ce texte, le pape italien ne se contente pas d’appeler à la paix, mais expose des « propositions plus concrètes et pratiques » sur les conditions de celles-ci : évacuation de la Belgique et des territoires occupés en France, évacuation des colonies allemandes, négociations sur les litiges territoriaux en Europe (et l’Arménie, sans que la Russie ne soit mentionnée). Benoit XV propose également dans le futur monde pacifié, un désarmement général et un arbitrage international des conflits (réels ou potentiels).

Les réactions des principaux gouvernements concernés sont négatives. Même si certains, à l’image de Jules Cambon, alors secrétaire général du Quai d’Orsay, soulignent les bons sentiments qui animent les propositions pontificales, elles ne trouvent d’échos favorables ni en France, ni en Allemagne. A cette date, les questions des buts de guerre, des responsabilités et des réparations sont devenues centrales. Les gouvernements alliés en particulier, craignaient que le pape favorise les empires centraux et souhaite la rentrée du Saint-Siège dans le concert international. Si la diplomatie vaticane sort renforcée de cet épisode, les échecs de Benoit XV en faveur de la paix montrent aussi les limites du pouvoir spirituel de l’Eglise catholique et l’impasse diplomatique dans laquelle la guerre s’est déroulée.

Pour aller plus loin

CHIRON Yves, Benoît XV, le pape de la paix Perrin, 2014
BONIFACE Xavier, Histoire religieuse de la Grande Guerre, Paris, Fayard, 2014
LAUNAY Marcel, Benoit XV 1914-1922, un pape pour la paix, Paris, CERF, 2014
RENOTON-BEINE Nathalie, La colombe et les tranchées : Les tentatives de paix de Benoît XV pendant la Grande Guerre, Paris, CERF, 2004