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Du "lycée de Nantes" au "lycée Clemenceau"

Le monument aux morts érigé dans la cour du lycée, inauguré par Georges Clemenceau le 27 mai 1922.
© Mission du Centenaire
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Comme tous les établissements scolaires de France, le lycée de Nantes a payé un lourd tribut à la guerre 14-18. Mais le lycée peut aussi s'enorgueillir du rôle joué par plusieurs de ses anciens élèves dans la victoire finale. 

Article extrait de l'ouvrage Nantes. Le lycée Clemenceau. 200 ans d’histoire (Editions Coiffard, 2008), de Jean Guiffan, Joël Barreau, Jean-Louis Liters.

Comme tous les établissements scolaires de France, le lycée de Nantes a payé un lourd tribut à la guerre : de nombreux membres du personnel et la plupart des grands élèves du lycée ont participé aux combats où leur conduite leur a valu souvent citations et décorations mais beaucoup y ont malheureusement trouvé la mort. Dans le parloir du lycée sont recensés les noms de 286 professeurs et anciens professeurs, élèves et anciens élèves, membres du personnel victimes de ce conflit - chiffre qui s’est révélé par la suite en-dessous de la réalité.

Mais le lycée peut aussi s'enorgueillir du rôle joué par plusieurs de ses anciens élèves dans la victoire finale : L’As de l’aviation Alfred Heurtaux, le décrypteur en juin 1918 du « radiogramme de la victoire » Georges Painvin, les généraux Buat, Guillaumat, Anthoine, Deligny, Hubert, Goureau et Ragueneau ainsi que les présidents du Conseil Aristide Briand et Georges Clemenceau.

Dès le 14 novembre 1918, le conseil municipal de Nantes, demande au gouvernement l'autorisation de donner le nom de ce dernier au lycée, un vœu ratifié par décret le 4 février 1919.

Pour se souvenir du sacrifice des aînés

Les quatre longues années de guerre ont creusé une brèche profonde entre deux générations de lycéens. Pour bien marquer la mémoire de cette guerre et permettre aux générations futures de se souvenir du sacrifice de leurs aînés, de nombreuses initiatives sont prises dès 1919. Ainsi la famille Escande décide-t-elle de doter le lycée d'un prix spécial pour le meilleur élève de philosophie "en souvenir du lieutenant Joseph Escande, prix d'honneur de Rhétorique et de Philosophie, chevalier de la Légion d'Honneur à 21 ans, croix de guerre — six citations — mort pour la France à l'âge de 22 ans, le 11 août 1918".

De leur côté, le proviseur et les Sociétés Amicales des Anciens Elèves du lycée (Nantes et Paris) conçoivent le projet d'élever dans la cour d'honneur un monument commémoratif à la mémoire des élèves, anciens élèves et membres de l'enseignement tombés au champ d'honneur ou combattants de 1914-1918. Une Commission, constituée sous la présidence d'honneur du maire de Nantes, Paul Bellamy (ancien élève du lycée) se met rapidement en place. Après de longues discussions, elle opte pour un des projets du sculpteur Siméon Foucault, prix de Rome (et également ancien élève du lycée) : une stèle ornée d'un bas-relief symbolique en bronze représentant "une France victorieuse, escortée de lycéens conduits par un professeur, apportant des couronnes aux poilus, généraux, soldats, marins, mutilés" ; au bas du socle, une urne funéraire recouverte d'un drapeau.

Pour exécuter ce projet, la commission lance en décembre 1919 une souscription, et les dons ne tardent pas à affluer : le général Buat, chef d'État major général de l'armée et ancien élève du lycée, verse son obole le 19 février 1920… Le 26 mars 1920, le maire de Nantes propose à son conseil municipal d'allouer une subvention de 5 000 F pour l'érection du monument commémoratif (le coût de l'opération étant estimé à 30 000 F). Son discours provoque une intervention d'un conseiller municipal socialiste, Le Roux, qui s'oppose à la présence du buste de Clemenceau dans le bas-relief. Un autre conseiller, Pinard, trésorier de l'Association des anciens élèves, doit lui garantir que cette subvention servira seulement à un monument commémorant les morts pour la patrie mais, ajoute-t-il, il pourrait y avoir plus tard, de l'autre côté de la pelouse, un autre monument qui serait le buste de Clemenceau… La subvention sera finalement votée à l'unanimité moins cinq abstentions.

Clemenceau inaugure le monument aux morts du lycée

L'événement qui a marqué tous les lycéens de l'époque est naturellement la venue de Georges Clemenceau dans l'établissement, le samedi 27 mai 1922, pour l'inauguration du monument aux morts de la guerre 1914-1918 : l’écrivain Julien Gracq, notamment, a brossé un remarquable tableau de cette cérémonie (Lettrines, p. 84-85) au cours de laquelle Clemenceau fit un grand discours dont la péroraison est désormais gravée sur une plaque de marbre dans la cour d'honneur du lycée.

Le lendemain, les Nantais furent exceptionnellement admis à pénétrer dans la cour d'honneur du lycée pour défiler devant le monument, œuvre du sculpteur Siméon Foucault : "une mesure très libérale de l'administration du lycée", souligna la presse locale. Pénétrer dans une enceinte universitaire était encore à cette époque un événement !

Une autre cérémonie, annuelle celle-là, reste gravée dans le souvenir des lycéens, surtout des bons : la distribution des prix qui, au début des années 1920, avait lieu vers le 14 juillet au théâtre Graslin, généralement présidée par une personnalité ancien élève de l'établissement (souvent un militaire) : le général Buat en 1920, le général Ragueneau en 1926, le romancier Marc Elder en 1928. En 1923, le jeune agrégé chargé du discours d'usage, Paul Bénéteau, surprit son auditoire par un plaidoyer anticonformiste, "L'Éloge de la paresse", allant complètement à l'encontre du discours prononcé par le général Deligny qui présidait cette distribution des prix.

Pour aller plus loin

> Le site "Nos Ans Criés", site consacré  au lycée de Nantes entre 1913 et 1919, animé par le Comité de l'Histoire du lycée Clemenceau de Nantes
> Le site clemenceau2018.fr, portail officiel de l'année Clemenceau "Père la Victoire"