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Quatre grands-parents

Portraits d’André Charpin, Céleste Chassinat, Désirée Frémond et Abel Gilbert.
© Coll. part.
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Nombreux sont les descendants de témoins de la Première Guerre mondiale qui œuvrent à conserver, transcrire et transmettre les témoignages de leurs aïeux. Rémy Cazals propose cette semaine d’évoquer ces grands-parents « ordinaires » cités dans le livre 500 témoins de la Grande Guerre.

Comme nous le disions dans le texte d’introduction générale, les témoins présentés dans cette rubrique seront des gens ordinaires, qui pourraient être nos grands-parents. Et justement, le livre 500 Témoins de la Grande Guerre accorde une place aux deux grands-pères et aux deux grand’mères d’une Française d’aujourd’hui, Françoise Moyen, qui a rédigé elle-même leurs notices.

NOM Prénom Naissance Département Profession Arme ou statut
CHARPIN André 1880 Loiret Cultivateur Infanterie
CHASSINAT Céleste 1878 Loiret Cultivatrice Civile
FRÉMOND Désirée 1885 Loiret Ménagère Civile
GILBERT Abel 1881 Loiret Forgeron Artillerie

Ces personnes vivaient dans le département du Loiret, à Yèvre-la-Ville pour les Charpin, à Épieds-en-Beauce pour les Gilbert, deux familles fortement marquées par la religion catholique. Lorsque la guerre éclate, André et Céleste étaient cultivateurs, agrandissant peu à peu leur exploitation ; ils avaient trois enfants, bientôt quatre. Abel était forgeron et mécanicien agricole ; il avait un fils ; sa femme était enceinte. Le départ des deux hommes oblige les femmes à devenir chefs d’exploitation ou d’atelier et gestionnaires, affrontant problèmes de main-d’œuvre, d’approvisionnement en matières premières, de commercialisation des produits. En outre, elles doivent consacrer du temps à entretenir une correspondance suivie avec leurs soldats et à la confection et à l’envoi de colis de nourriture qui doivent leur rappeler les « saveurs du village ».

André Charpin est mobilisé dans l’infanterie. En Argonne, il est capturé en juillet 1915, et sa profession lui vaut d’être envoyé en kommando agricole où, en dehors de la séparation familiale, il n’est pas malheureux. Françoise Moyen a hérité de 400 lettres adressées par André à Céleste, depuis les tranchées et depuis l’Allemagne. André a également tenu des carnets dans lesquels il décrit sans acrimonie sa situation de prisonnier de guerre. Les lettres de Céleste sauvées de la destruction sont moins nombreuses et datent principalement de la première année de guerre.

Abel Gilbert doit à son métier très spécialisé de l’exercer encore dans l’armée. Il est maréchal-ferrant, presque « à son compte », chargé des chevaux de régiments d’artillerie lourde. Ses carnets témoignent d’une grande curiosité pour les techniques, la vie économique des régions qu’il traverse, et aussi pour les églises et autres monuments. La famille a conservé de lui la totalité des lettres adressées à son épouse ; par les réponses qu’il apporte concernant la gestion de la forge au village, il nous renseigne indirectement sur les problèmes que Désirée doit affronter.

Deux Français et deux Françaises « ordinaires » confrontés à la situation extraordinaire de la guerre et de la séparation. Si le rôle des deux femmes est largement généralisable, les prisonniers de guerre n’ont pas tous été aussi bien traités qu’André Charpin, et le cas très original d’Abel Gilbert est à verser au dossier de la grande complexité des situations des hommes en guerre.

La transcription de cette abondante documentation familiale est déposée aux Archives départementales du Loiret.