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Octobre 1915 : un débarquement de troupes à Salonique

Le débarquement des troupes à Salonique, 1915 (photographie de presse / Agence Meurisse).
© Gallica/BnF
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le 5 octobre 1915, les troupes françaises et britanniques débarquent sous le commandement du général Sarrail à Salonique en Grèce, ouvrant ainsi le nouveau Front d’Orient.

Pourquoi donc des soldats français et britanniques, prélevés à la hâte sur les unités qui combattent encore aux Dardanelles sont-ils envoyés en Grèce, à Salonique (actuelle Thessalonique) au début du mois d’octobre 1915 ?  

Leur envoi dans les Balkans est en fait, à la fois, un épilogue et un commencement. C’est l’épilogue d’une série ancienne et infructueuse de tentatives diplomatiques de l’Entente de rallier la Bulgarie à sa cause, mais aussi le commencement d’une guerre nouvelle, malhabile et controversée car considérée comme périphérique, donc presque inutile, dont les résultats seront, en 1918, incommensurables.

Jusqu’aux derniers jours du mois de septembre 1915 les Alliés, qui soutiennent la Serbie, espèrent tout à la fois entraîner à leurs côtés la Bulgarie, obtenir l’entrée en guerre de la Grèce, et rallier la Roumanie. Ces objectifs, poursuivis depuis plusieurs mois par les diplomates français, britanniques et russes, sont profondément contradictoires. Comment en effet soutenir la Serbie tout en promettant à la Bulgarie de lui donner tout ou partie de la Macédoine serbe et d’obtenir une entrée en guerre de la Grèce tout en promettant, toujours à la Bulgarie, la région grecque de Cavalla, même au prix de compensations territoriales en Bosnie-Herzégovine pour la Serbie et en Asie mineure pour la Grèce ?

Cette construction intellectuelle complexe s’effondre brutalement au début du mois de septembre 1915 lorsque la Bulgarie décide de se lier aux puissances centrales dont les propositions sont, en termes d’annexions territoriales, nettes et sans ambiguïtés. Le 21 septembre, la Bulgarie mobilise son armée face à la Serbie.

Dans les deux semaines qui suivent, et alors que la menace d’une double offensive contre la Serbie, au Nord par les Austro-Allemands et du Sud-Est par les Bulgares se précisent, les Alliés tentent, avec le président du Conseil grec Venizélos, une dernière manœuvre qui doit faire peser une menace nouvelle sur la Bulgarie, permettre l’entrée en guerre de la Grèce à leur côté et fournir aux Serbes le soutien dont ils ont un besoin vital. Comment ? En envoyant à Salonique un corps expéditionnaire dont l’effectif doit atteindre, le plus vit possible 150 000 hommes. Pourquoi ? Parce que, si Venizélos, a bien décidé d’appliquer le traité d’alliance gréco-serbe signé de 1913, il faut, pour qu’ils puissent être mis en œuvre, que les Serbes concentrent 150 000 hommes face à la Bulgarie. Ce qu’ils sont incapables de faire car leur armée est presque entièrement concentrée au Nord du Royaume face aux Austro-Allemands. Venizélos propose sa solution presque simultanément, au roi Constantin et aux Alliés. Paris et Londres acceptent immédiatement, prélèvent aux Dardanelles deux divisions et les envoient vers Salonique où elles commencent à débarquer dans les premiers jours d’octobre. Pendant le même temps, à Athènes le roi désavoue son Premier ministre ce qui le contraint à la démission. La Grèce n’entrera pas en guerre… dans l’immédiat.

Mais il n’empêche, entre le 3 et le 21 octobre les soldats de la 156e division d’infanterie française et de la 10th (Irish) Division britannique débarquent à Salonique. Dans les jours qui suivent, un général français Sarrail est envoyé sur place pour assurer le commandement de cette force nouvelle. Peu après deux nouvelles divisions, une française et une britannique arrivent en renfort. L’Armée d’Orient vient de naître. C’est bel et bien un nouveau front qui s’ouvre et qui ouvre une nouvelle page de la guerre mondiale. Une page qui s’écrit d’abord modestement car faute de moyens et de directives Sarrail ne peut aider l’armée serbe qui doit se replier dans les conditions que l’on sait vers les ports de l’Adriatique. Puis au cours des années suivantes l’armée d’Orient, toujours considérée comme périphérique par les hauts commandements français et britanniques, moquée par Clemenceau qui fait de ses soldats les « jardiniers de Salonique » devient centrale. En septembre 1918 sous le commandement de Franchet d’Esperey elle influence même largement l’issue de la guerre sur le front… occidental.