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L'histoire de l'offensive du Chemin des Dames

Sur la route de Bucy-le-Long, au nord-est de Soissons, un ancien observatoire allemand est abandonné, photo prise entre le 14 et le 18 avril 1917.
© ECPAD
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Après deux ans et demi de guerre, l'armée française est essouflée, le bilan de guerre est très lourd sans résultats militaires appréciables. Les opérations françaises de l’année 1917 prennent place dans un contexte géopolitique et stratégique profondément modifié.

Quatre transformations significatives

  • Pour la première fois, des discussions de paix ont été envisagées entre belligérants à la suite notamment des initiatives diplomatiques du président américain Wilson.
  • La première révolution russe (février ; mars dans le calendrier occidental) a renversé le tsar Nicolas II, annonçant la fragilité des États engagés dans la guerre et de possibles déséquilibres sur le front Est.
  • Les États-Unis sont entrés en guerre le 6 avril 1917 aux côtés de l’Entente (à la suite notamment de la guerre sous-marine à outrance lancée par une Allemagne socialement et économiquement exsangue) même si l’arrivée de leurs soldats ne sera militairement importante qu’en 1918.
  • Afin de défendre un front plus court sur des positions renforcées, l’Allemagne a opéré entre février et mars 1917 un retrait de ses troupes sur le front Ouest sur près de 40 kilomètres de profondeur (« opération Alberich »), abandonnant certaines positions et faisant en partie croire à un retour de la guerre de mouvements.

Préparation de l'offensive Nivelle

C’est dans ce contexte que le nouveau généralissime français Robert Nivelle planifie une grande offensive de printemps. Sa préparation est heurtée, tant les subordonnés de Nivelle (parmi lesquels Pétain et Micheler) s’inquiètent des préparatifs qu’ils jugent insuffisants. Un conseil de guerre extraordinaire est même réuni le 6 avril à Compiègne, en présence du Président de la République Raymond Poincaré, au cours duquel le projet finit par être validé même si le commandant en chef des armées françaises, qui a menacé de démissionner, est isolé dans son optimisme. Nivelle a en effet promis une « percée » des lignes allemandes, une bataille décisive amenant la victoire à court terme.

Démesurée et irréaliste sur le plan stratégique, mal préparée sur le plan tactique, se déroulant sur un terrain très peu propice à une attaque d’ampleur en raison de reliefs souvent escarpés, l’opération – vite devinée par les Allemands – mobilise environ un million d’hommes. Avec un retard dû au mauvais temps, l’attaque est lancée les 16 (plateau du Chemin des Dames, au nord-est de Soissons) et 17 (Monts de Champagne, à l’est de Reims) avril 1917. Elle a été précédée d’une offensive britannique visant largement à faire diversion, autour d’Arras (prise de la crête de Vimy par les quatre divisions canadiennes, 9-12 avril 1917).

Du côté français, malgré quelques succès ponctuels et en dépit du tout premier engagement d’une centaine de chars d’assaut (expérimentés par les Britanniques à la fin 1916), il s’agit d’un large échec : les objectifs stratégiques ne sont pas atteints, les combattants font face à des défenses allemandes souvent intactes (mitrailleuses, barbelés), les pertes sont considérables, avec d’effrayantes carences dans le traitement des blessés. Le calcul de ces pertes reste incertain : sans doute autour de 50 à 60 000 morts, moins qu’à Verdun ou sur la Somme, batailles toutefois bien plus longues.

Certains secteurs font l’objet de combats prolongés à la fin du mois d’avril ou encore à partir du 5 mai (Laffaux) mais l’enlisement coûteux de l’opération est manifeste.

Un échec lourd de conséquences

  • Le renvoi du généralissime Nivelle, remplacé par Pétain le 15 mai 1917 ;
  • Des troubles sociaux et politiques accrus avec des grèves ainsi que des mises en cause voilées puis ouvertes du gouvernement, notamment au cours de « comités secrets » de la Chambre en juin 1917 ;
  • Des mutineries qui affectent les deux tiers environ des unités d’infanterie et qui ne sont pas seulement dues à la bataille centrée sur le Chemin des Dames, mais où s’exprime un virulent refus de la guerre ;
  • L’inactivité forcée pour toutes ces raisons des armées françaises, contraintes à tenir le terrain.

L’offensive n’est reprise qu’à l’automne 1917 mais sur l’objectif ciblé de La Malmaison. Le commandement a souhaité ainsi reprendre l’initiative : la préparation minutieuse permet d’atteindre les résultats attendus sans trop de pertes.

L’offensive Nivelle et ses suites représentent un échec lourd et douloureux, dont la mémoire est longtemps restée trouble (en raison de l’association avec les mutineries) et de faible ampleur (il existe des monuments sur le champ de bataille, mais la place de l’offensive dans les mémoires est sans commune mesure avec les combats de la Marne et de Verdun). Si les témoignages de combattants en portent des traces, il faudra attendre 1951 pour que soit inauguré le premier mémorial couvert (chapelle de Cerny-en-Laonnois), et les cérémonies d’ampleur y resteront rares jusqu’à la visite emblématique à Craonne du Premier ministre Lionel Jospin en 1998. Des initiatives locales et des travaux d’historiens ouvriront ensuite encore davantage le questionnement sur ces évènements.