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Les batailles d'Arras et de la crête de Vimy

Les Canadiens s’établissent sur la crête de Vimy, 9 ou 10 avril 1917
© Archives nationales du Canada, MIKAN 3521877
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A l'occasion du Centenaire de la bataille d'Arras et de la prise de la crète de Vimy par les Canadiens, retour sur les faits historiques, par Yves le Maner, membre du comité scientifique de la Mission du Centenaire.

Le contexte stratégique

C’est au cours de la conférence interalliée de Chantilly du 16 novembre 1916 que les états-majors établissent leur stratégie pour l’année 1917. Il est prévu une attaque principale devant Arras, avec une diversion sur l’Aisne. Mais l’arrivée du général Nivelle à la tête de l’armée française, le 15 décembre 1916, entraîne un changement radical du plan : Arras est choisie comme le théâtre d’une attaque préliminaire par les Britanniques, alors que l’offensive principale, menée par les Français, aura lieu sur le Chemin des Dames. L’objectif de l’attaque britannique est de prendre Douai et Cambrai. Mais les plans sont perturbés par le retrait allemand « Alberich » sur la ligne Hindenburg, à partir de février 1917.

La préparation de l’offensive

Les Britanniques réalisent d’importants travaux préparatoires à l’offensive du printemps 1917 devant Arras. Ils entreprennent de masquer la concentration des troupes en organisant un réseau de tunnels souterrains sous la ville, en reliant entre elles les anciennes carrières de craie médiévales. Les tunneliers néo-zélandais commencent à aménager le réseau à partir de septembre 1916. Les aménagements permettront d’abriter 24 000 hommes avant l’offensive du 9 avril 1917. Les lignes adverses ont été analysées à l’aide des photographies aériennes et à partir des renseignements obtenus lors des raids sur les tranchées allemandes. Des portions des défenses allemandes ont été recréées à l’arrière pour permettre l’entraînement des troupes.  De multiples dépôts (munitions, nourriture, eau potable) sont aménagés. Des voies ferrées à écartement réduit sont installées pour amener les munitions et évacuer les blessés.

100 000 Canadiens sont stationnés au nord-ouest d’Arras à partir d’octobre 1916. Ils subissent un entraînement poussé pendant l’hiver 1916-1917. La 4e division canadienne rejoint les trois premières en décembre 1916. Les Canadiens mènent des raids à effectifs limités sur les lignes allemandes pendant tout d’hiver. Une attaque plus conséquente, avec 1 700 hommes, dans la nuit du 28 février au 1er mars 1917, tourne au désastre (687 tués et blessés). Le 5 mars, 314 hommes du 6e Gordon Highlanders mènent en revanche un raid réussi au nord de Roclincourt : ils tuent plusieurs dizaines d’Allemands, font 21 prisonniers et détruisent les abris ennemis à l’explosif ; ils n’ont que des pertes dérisoires. Des opérations de ce type sont répétées dans les jours qui précèdent la bataille d’Arras.

La préparation de l’attaque sur la crête de Vimy par les Canadiens est minutieuse : puissante concentration d’artillerie, reconstitution du champ de bataille à l’aide de grandes maquettes près d’Estrées-Cauchy, entraînements intensifs, acheminement de masses de matériel. Un énorme effort logistique est accompli : réservoirs d’eau pour les hommes, les chevaux et les mulets, construction de routes et de voies ferrées à écartement réduit, creusement de tunnels d’accès au front, avec des postes de commandement, des infirmeries, des dépôts de munitions ; au total, 12 tunnels électrifiés, d’une longueur cumulée de 6,4 km, sont creusés et des carrières souterraines situées dans les villages proches du front abritent les unités des coups de l’artillerie allemande. Des sapes sont aménagées vers les lignes ennemies ; elles seront ouvertes à l’explosif lors du déclenchement de l’attaque.

C’est lors de la bataille de Vimy que les forces armées canadiennes combattent pour la première fois ensemble.

Le bombardement préparatoire

L’artillerie britannique aligne 965 canons, soit 1 pour 20 m de front ! La préparation d’artillerie commence le 20 mars, mais elle s’intensifie à partir du 5 avril. Elle est sélective : elle vise les croisements de tranchées, les postes de mitrailleuses bétonnés et les abris souterrains, et, surtout, les batteries allemandes. Pendant la nuit, les relèves de l’ennemi font l’objet de tirs de harcèlement. Plus d’un million d’obus sont tirés dans la semaine qui précède l’assaut. Les villages situés à l’arrière du front allemand sont pilonnés méthodiquement.

La bataille d’Arras

L’attaque commence le 9 avril 1917 à 5h30. 14 divisions britanniques attaquent sur un front de 20 km, entre Givenchy-en-Gohelle et Croisilles : les Canadiens, au nord, les Britanniques au sud. 15 minutes plus tôt, les batteries allemandes ont été frappées par des obus à gaz projetés par des mortiers Livens. 48 chars sont engagés, mais presque tous s’embourbent ou sont détruits par les tirs directs de canons allemands au cours des premières heures de l’offensive. L’aviation britannique réduit certains postes de mitrailleuses allemands. Les Britanniques utilisent aussi des lance-flammes.

La 4e DI britannique et la 9e écossaise réalisent le premier jour une percée exceptionnelle de 5,5 km à l’est d’Arras ; plus au sud, la progression est de 2 km, avec la prise Neuville-Vitasse.  Le 9 avril, les Britanniques font 5 600 prisonniers. Cependant, le 10 et le 11 avril, l’avance ralentit, alors que les renforts allemands commencent à arriver. Monchy-le-Preux est pris le 11, mais l’artillerie allemande arrête l’élan du corps de cavalerie.

L’infanterie australienne subit de lourdes pertes à Bullecourt, le 11 avril, lors de l’attaque d’un puissant segment de la ligne Hindenburg. L’aviation allemande domine le ciel devant Arras, grâce à la Jasta 11 de von Richthofen. Le 13 avril, les chasseurs allemands abattent 8 avions britanniques en quelques minutes à l’est d’Arras. Au cours de cette journée, les Britanniques perdent 14 appareils et ont 15 aviateurs tués.

Ainsi, il n’y a pas de percée au cours de la bataille d’Arras. L’assaut est interrompu le 14 avril. Il reprend le 23, pour tenter de fixer des unités allemandes après l’échec tragique de l’offensive française sur le Chemin des Dames.  L’arrivée sur le front d’Arras du spécialiste de la défense, le colonel Fritz von Lossberg, permet aux Allemands de bloquer la progression des Britanniques. Les combats tournent à la bataille d’usure. Un troisième et dernier assaut est lancé par les Britanniques, le 3 mai 1917. C’est un échec total, tout comme la seconde attaque des Australiens sur Bullecourt.

La bataille d’Arras est, après la Somme, la deuxième grande bataille d’attrition menée par les Britanniques. La BEF y subit des taux de pertes quotidiennes de 4 076 hommes, supérieurs à la Somme (2 945), à Passchendaele (2 323) et à l’offensive victorieuse de 1918 (3 645).

La bataille d’Arras aura coûté 39 000 morts et disparus aux forces britanniques. Quant aux deux attaques sur Bullecourt (11 avril et du 3 au 17 mai), elles auront coûté 10 000 hommes aux Australiens (dont 1 180 prisonniers le 11 avril) et près de 8 000 aux Britanniques.

En avril 1917, les Britanniques perdent 151 avions et ont 316 aviateurs tués, soit une perte de 43 % des hommes engagés… Les Allemands n’ont, eux, perdu que 66 appareils et 119 aviateurs.

L’attaque de l’infanterie canadienne

20 000 Canadiens partent à l’attaque, dont 10 000 empruntent les tunnels de combat. L’infanterie canadienne sort des lignes et des tunnels d’attaque à 5 h 30, après l’explosion de cinq mines. Deux mille mortiers Livens ont été utilisés en salve pour lancer des projectiles chimiques sur les lignes allemandes afin de paralyser la défense. Les fantassins suivent un barrage roulant qui comprend une forte proportion d’obus fumigènes et avance de 100 mètres toutes les trois minutes. La marche en avant est rendue pénible par la boue et le temps glacial (pluie et flocons de neige mêlés) et des pertes élevées sont occasionnées par des mitrailleuses qui ont échappé à la destruction. Les unités de la première vague sont relevées à partir de 7 h 30, alors que des soldats allemands se rendent en groupe. A l’issue de la première journée de combat, les Canadiens contrôlent la majeure partie du plateau de Vimy. Ils ont fait 4 000 prisonniers. Au nord du front d’attaque, la 4e division a subi de lourdes pertes lors de l’assaut contre les défenses de la côte 145 ; celle-ci n’est prise que dans l’après-midi du 10 avril. Le « Pimple » ne sera pris que le 12 avril, l’ensemble de l’opération étant bouclé le 14. Tous les objectifs fixés par le commandement ont été atteints.

Le bilan

Si la prise de la crête de Vimy constitue un net succès, la percée à l’Est d’Arras n’est pas réalisée, même si la ville a été désenclavée.

Entre le 9 et le 13 avril, les Canadiens, qui ont progressé de 4 km, ont eu 3 598 tués et 7 000 blessés dans les combats sur la crête de Vimy. Les Alliés dominent désormais la plaine de Gohelle et le bassin minier occupé par les Allemands. Dans les semaines qui suivent la bataille, le service des sépultures de l’armée britannique s’efforce de récupérer les cadavres en état de décomposition qui gisent sur le champ de bataille et de les inhumer dans des cimetières provisoires ; des tombes communes sont aménagées dans certains entonnoirs de mines.

Le 8 juin 1917, le corps d’armée canadien est placé, pour la première fois, sous le commandement d’un général canadien, Arthur Currie.

La mémoire de la bataille

Après-guerre, la toponymie marque l’écho de la bataille de Vimy au Canada : des villages, des rues, des lacs, des montagnes sont baptisés de ce nom.

Le gouvernement décide d’organiser un concours pour la construction d’un mémorial en hommage aux soldats portés disparus sur le front ouest. C’est le projet de l’architecte Walter Seymour Allward qui est retenu en 1921. A l’origine, le monument devait être implanté près d’Ypres. Il est décidé, en 1922, de l’installer sur la crête de Vimy ; la même année le gouvernement français cède gracieusement un terrain de 100 ha pour y créer un parc mémorial.

Les travaux du mémorial durent de 1925 à 1936. Il est inauguré par le roi Edouard VIII, le 26 juillet 1936. C’est un magnifique édifice de pierre blanche habillant des structures en béton armé. Des sculptures allégoriques lui donnent émotion et recueillement. Sur la base sont gravés les noms des 11 000 soldats canadiens morts en France et qui n’ont pas de sépulture connue.