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L’engagement de l’armée canadienne sur le front ouest (1914-1918)

Les Canadiens s’établissent sur la crête de Vimy, 9 ou 10 avril 1917
© Archives nationales du Canada, MIKAN 3521877
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Immense territoire peuplé de seulement huit millions d’habitants en 1914, le Canada entre dans le premier conflit mondial le 4 août 1914, après la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l’Allemagne. Immédiatement, un grand nombre d’hommes se portent volontaires pour combattre en Europe, au sein de l’armée britannique. L’immense majorité de ces engagés sont des immigrants récents, originaires des îles britanniques (seuls 31 % sont nés au Canada), venus avec la vague de deux millions de personnes ayant émigré au Canada entre 1901 et 1914. Au total, plus de 300 000 hommes se sont enrôlés entre 1914 et 1917, avant que la conscription ne soit imposée. Dans une armée où l’anglais est la langue de commandement, les Canadiens français, qui représentent alors 30 % de la population du pays, n’ont fourni que 5 % des engagés, preuve que les contacts avec la France ont été perdus depuis le XVIIIe siècle.

Ypres et la Somme

Arrivés sur le front ouest en février 1915, les soldats canadiens sont exposés, en avril, devant Ypres, aux côtés de soldats français, à la première attaque allemande au gaz ; ils ont 2 000 morts en deux jours, mais parviennent à contenir l’assaut. Un corps d’armée canadien est formé en septembre 1915, mais il demeure sous commandement britannique. Le 1er juillet 1916, premier jour de la bataille de la Somme, les soldats du régiment de Terre-Neuve subissent une terrible épreuve : à Beaumont-Hamel, 801 hommes sur 865 sont mis hors de combat en moins d’une heure. Les divisions canadiennes participent à la bataille de Flers-Courcelette en septembre, puis aux combats de la « Tranchée Regina », en octobre, et enregistrent à chaque fois des pertes élevées. Leur réputation de troupes de choc est désormais établie au sein de l’armée britannique, au même titre que les Australiens et les Écossais.

Vimy

Transférés en Artois à la fin d’octobre 1916, les Canadiens ont pour mission de s’emparer de la crête de Vimy, une position stratégique importante, que les Français n’ont pu prendre en 1915, malgré de lourdes pertes. Cette attaque fait partie d’une vaste offensive britannique destinée à dégager Arras, en prélude à l’assaut français sur le Chemin des Dames. L’opération est remarquablement préparée pendant l’hiver 1916-1917 ; onze tunnels, dont certains mesurent près de deux kilomètres de long, sont discrètement creusés depuis les lignes arrière jusqu’à la limite du no man’s land afin de prémunir les hommes des coups de l’artillerie ennemie avant le commencement de l’assaut.

Précédés d’un puissant barrage roulant, qui avance devant eux, les Canadiens sortent des tunnels, à 5 h 30, le 9 avril 1917, sur un front de 7 km de large, et entreprennent de traverser le no man’s land ; 90 000 hommes au total participent à l’opération. Ils s’emparent de leur objectif en deux jours seulement et font 4 000 prisonniers. L’attaque de Vimy est un succès exceptionnel dans une guerre où ce type d’offensive a pratiquement toujours échoué ; mais elle a coûté 3 598 morts et 6 400 blessés aux unités canadiennes. Elle suscite une grande fierté au pays et est considérée depuis comme un événement fondateur du Canada indépendant.

Passchendaele

En juin 1917, un général canadien est pour la première fois nommé à la tête du corps d’armée. Après s’être emparés de la cote 70, à l’est de Lens, en août, les Canadiens sont engagés dans les combats de Passchendaele en Belgique, en octobre et novembre 1917, sur un terrain transformé en océan de boue ; ils y perdent près de 16 000 hommes. L’horreur des conditions de combat et l’absence de perspective de la bataille provoquent un puissant mécontentement au Canada contre le commandement britannique.

La campagne des 100 jours

En août 1918, les Canadiens prennent part à la bataille victorieuse devant Amiens, qui marque le début de l’offensive des 100 jours aboutissant à la victoire des Alliés. C’est au cours des opérations lancées pour franchir la ligne Hindenburg et le canal du Nord, de la fin août à octobre, puis dans les combats de poursuite qui leur succèdent, qu’ils enregistrent leurs pertes les plus lourdes. Ils entrent dans Cambrai en flammes le 9 octobre, puis s’emparent de Valenciennes, le 2 novembre. Ils sont à Mons, en Belgique, le jour de l’armistice.