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Le Front d'Orient et les Poilus de Salonique

Vue générale de Salonique, en 1916, depuis un navire de guerre
© Gallica - BNF
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

A l’occasion de la commémoration du centenaire de l’armistice de Thessalonique, le 29 septembre 2018, le Consulat général a publié un livret* de 30 pages dédié à l’histoire du Front d’Orient et des « Poilus » qui ont débarqué à Thessalonique entre 1915 et 1918. Ci-dessous, le texte de la préface de ce livret, rédigé par l'historien Jean-Pierre Verney.

Le 28 juin 1914 l'attentat de Sarajevo se révèle être le déclencheur d'une guerre européenne qui rapidement se mondialise.  Les Balkans, une fois de plus illustrent bien ce surnom de poudrière de l'Europe.  Lorsqu'à la fin de l'année 1915, les Alliés décident de venir en aide aux armées serbes c'est presque naturellement qu'ils décident de débarquer à Salonique pour y installer un camp fortifié qui va devenir la base logistique de l'Armée d'Orient. 

Bientôt ce sont 400 000 soldats français, britanniques, serbes puis russes et italiens qui s'installent dans la région marécageuse de Zeitenlick. Mais ce nouveau front dit de Salonique est bien éloigné du front occidental et Joffre se désintéresse de ce théâtre d'opération annexe pourtant sous commandement français. Ravitaillements aléatoires, casernements rudimentaires, manque d'artillerie et de munitions, difficultés sanitaires, en fait pendant des mois, pour compenser, les combattants deviennent des travailleurs, assèchent les marais, créent des potagers, d'où le féroce surnom de « Jardiniers de Salonique » clamé par Clemenceau.

Le front stabilisé dans les rudes montagnes macédoniennes est bien éloigné de Salonique. L'été y est torride, l'hiver glacial et c'est toujours un soulagement pour les hommes que de redescendre vers la côte puis d'avoir la permission d'aller déambuler dans Salonique. La ville, sorte de Babel où Juifs, Grecs, Turcs, Albanais, Macédoniens ont imbriqués leurs cultures, ne peut qu'attirer un jeune soldat qui bien souvent avant la guerre n'avait jamais quitté sa province. Parfums subtils et sensuels, mélanges d'épices, d'encens et de musc, femmes mystérieuses, bazar, maisons accueillantes, c'est tout un univers des Mille et Une Nuits ou les appels à la prière des muezzins rivalisent avec l'exubérance des rites orthodoxes. Et ce port impalpable et envoûtant va marquer pour toujours ceux qui sont passés par l'Armée d'Orient. 

Puis c'est bien ce front mystérieux et secondaire qui va provoquer bien plus rapide­ment que prévu l'armistice du 11 Novembre. Dobropolje, Sokol, Monastir, Doïran, Skra-di-legen, Uskub, à partir du 15 septembre 1918, l'armée d'Orient toutes nations confondues part à l'attaque, les lignes ennemies s'effondrent en quelques jours et, le 29 septembre, le gouvernement bulgare ne peut que signer un armistice à Salonique. Cette offensive victorieuse et pour beaucoup inattendue de l'Armée d'Orient précipite la défaite des puissances centrales. Le Danube est à portée de canons, Vienne et Constantinople sont directement menacées. Pourtant ce n'est pas cette armée d'Orient qui aura le privilège de recevoir les plénipotentiaires, Clemenceau impose que la cessation des combats se fasse sur le front français. 

Ce n'est pas pour autant la fin de l'Armée d'Orient qui reste enlisée encore de longs mois dans les Balkans. Engagée également le long des côtes russes de la Mer Noire, elle ne sera démobilisée que seulement après l'été 1919. Puis les Poilus d'Orient, persuadés de l'importance de leur victoire, vont très vite s'apercevoir qu'ils en sont dépossédés et beaucoup vont en conserver une certaine amertume. La Marne, Verdun, la Somme et même le Chemin des Dames effacent Monastir ou Uskub. 

Toutefois, la paix revenue, les anciens combattants d'Orient vont venir nombreux en pèlerinage sur les hauts lieux de leur histoire et conserver des liens fraternels avec leurs différents frères d'armes, et ce jusqu'à l'extinction des derniers vétérans.  La mémoire de ce front bien méconnu est presque oubliée aujourd'hui. Mais pas tout à fait. Ainsi va l'histoire. 

* Ce livret, intitulé "Le Front d'Orient et les Poilus de Salonique, 1915-1918" reprend le contenu de l’exposition permanente présentée dans le Musée français du cimetière interallié de Zeitenlick, à Thessalonique.
Pour le feuilleter et le télécharger en PDF, rendez-vous sur gr.ambafrance.org