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La déclaration de guerre de l'Empire Austro-Hongrois au royaume de Serbie

Télégramme, déclaration de guerre de l'Empire Austro-Hongrois au royaume de Serbie.
© Archives militaires de Serbie, Belgrade, P3 K75 F2 29/1 - Војни архив Србије, Београд, П3 К75 Ф2 Д9/1
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Quelles que soient les interprétations retenues sur les origines, profondes et immédiates, de la Première Guerre mondiale, il n’en demeure pas moins qu’une guerre peut être évitée aussi longtemps… qu’elle n’a pas commencé, c'est-à-dire, si l’on s’en tient aux règles du droit international, aussi longtemps qu’elle n’a pas été déclarée. Ainsi, la guerre, celle qui commence le 28 juillet 1914, est bel et bien celle déclarée par l’Empire austro-hongrois au royaume de Serbie. Ce jour-là,  le gouvernement de Vienne, regrettant que « le gouvernement royal de Serbie [n’ait] pas répondu de façon satisfaisante à la note [qui] lui avait été remise par le ministre d’Autriche-Hongrie »  se déclare officiellement « en état de guerre avec la Serbie ». 

Le télégramme original ici présenté est l’exemplaire arrivé de Budapest à Belgrade, puis retransmis au Grand quartier général de l’armée serbe déployée à Kragujevac, avant d’atteindre le ministre de la Guerre, qui se trouve avec tout le gouvernement à Niš devenu « capitale du temps de guerre ». Il est, comme il se doit en 1914 pour les documents diplomatiques, rédigé en français. L’observation attentive des dates d’envoi (28 juillet) et de réception (15 juillet) nous rappelle que la Serbie, royaume orthodoxe, utilise le calendrier julien qui « retarde » en 1914 de 13 jours par rapport au calendrier grégorien en vigueur à Vienne.  

Dans son premier paragraphe, le télégramme fait référence à « la note » remise par le baron Vladimir von Giesl, ambassadeur austro-hongrois à Belgrade, au gouvernement serbe le 23 juillet précédent. Cette note, rédigée à Vienne à la mi-juillet, approuvée par l’empereur est, comme le remarque Jean-Jacques Becker dans L’Année 14 (Armand Colin, 2004) « rédigée pour qu’elle ne puisse être acceptée par le gouvernement serbe, ce qui permettrait à l’Autriche de déclencher la guerre ». Dans sa réponse, la diplomatie serbe s’efforce de s’adapter aux exigences autrichiennes, à toutes sauf une. La sixième exigence austro-hongroise consiste en la participation, sur le territoire serbe, des « délégués du gouvernement austro-hongrois [qui] prendront  part aux recherches ». Le gouvernement serbe refuse arguant que ce « serait une violation de la Constitution et de la loi sur la procédure criminelle ». Il clôt néanmoins sa réponse par une ultime tentative de négociation, proposant à Vienne « une entente pacifique, en remettant cette question soit à la décision du tribunal international de La Haye, soit aux grandes Puissances… ». Le 25 juillet à 18 heures, von Giesl reçoit la réponse serbe. Il la lit, annonce la rupture des relations diplomatiques entre les deux États et une demi-heure plus tard, bagages opportunément préparés, quitte Belgrade avec tout le personnel de légation. Trois jours plus tard, le 28 juillet 1914 l’empire austro-hongrois déclare officiellement la guerre au royaume de Serbie. Le télégramme ici présenté est remis à Nikola Pašić alors qu’il est en train déjeuner en famille dans un restaurant de Niš. L’ambassadeur russe Vassili Nikolaïevitch Strandman, présent, décrit l’instant : « «Pasic l’a pris, l’a lu, a fait le signe de croix et me l’a passé ». La guerre commence effectivement le lendemain 29 lorsque la flottille de monitors austro-hongrois du Danube bombarde Belgrade.