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De la grande histoire à celle de Milunka Savic

Milunka Savic vers 1930.
© RTS
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

De la grande histoire à celle de Milunka Savic, une « femme soldat » de l’armée serbe au cœur des relations entre la France et la Serbie pendant la Grande Guerre.

Les relations militaires qu’entretinrent la France et la Serbie pendant la Grande Guerre sont le plus souvent marquées du sceau de quelques grands noms et de quelques évènements militaires majeurs. Parmi les premiers, le roi Pierre Ier, son fils le prince Alexandre, le premier ministre Nikola Pasic et le maréchal Radomir Putnik sont les Serbes les plus souvent mis en avant par les Français dès avant la guerre. Le Roi Pierre Ier, qui fut élève-officier à Saint-Cyr puis combattit comme volontaire dans les rangs français pendant la guerre de 1870 en est une bonne illustration. Chez les Français, les généraux qui commandèrent en chef à l’armée d’Orient, Sarrail, Guillaumat et Franchet d’Espérey occupèrent d’emblée et occupent encore aujourd’hui pour le dernier, une place importante dans la mémoire collective serbe de la guerre. Sa victoire à la tête des armées alliées en Orient au cours de l’automne de 1918 et sa participation à la libération de la Serbie lui valurent d’être, dans l’après-guerre, élevé au rang de voïvode c'est-à-dire de maréchal.

Quant aux grands moments qui jalonnèrent les relations guerrières des deux armées, le premier fut incontestablement la victoire que remportèrent, à la surprise de nombre d’observateurs, les Serbes sur les Autrichiens dès le mois d’août 1914. Puis vint le temps de la défaite lorsque la Serbie fut attaquée, à l’automne de 1915, par les armées allemandes, austro-hongroises et bulgares et celui de la retraite à travers les montagnes enneigées jusqu’aux rives de l’Adriatique. À partir de cet instant les deux armées, française et serbe furent liées l’une à l’autre jusqu’à la fin de la guerre. La marine de guerre française participa largement à l’évacuation des survivants serbes vers Corfou et Bizerte. L’armée française contribua ensuite à la remise sur pied de l’armée serbe puis à son transport vers Salonique où elle devint l’une des forces centrales de l’ensemble des armées alliées, française, serbe, britannique,  grecque, italienne et russe, présentent sur le sol grec. Enfin, l’offensive générale conduite par Franchet d’Espérey à partir du 18septembre 1918 permit aux Serbes de libérer leur patrie, occupée et mise en coupe réglée depuis la fin de 1915 à un rythme tel que la petite histoire veut, de façon allégorique, que « seuls les cavaliers de la brigade Jouinot-Gambetta aient réussi à suivre le rythme imposé par les soldats serbes ! ».

Si l’histoire de l’armée d’Orient demeure encore peu connue au-delà du surnom péjoratif de « Jardiniers de Salonique », dont furent affublés les soldats français, celle des soldats des autres nations, dont les Serbes, l’est encore moins. Qui par exemple pourrait imaginer qu’il y eut dans les rangs de l’infanterie serbe un sous-officier féminin, nommé Milunka Savic, qui fut faite, en raison de sa bravoure au feu, chevalier de la Légion d’Honneur par le général Sarrail après la bataille de Bitola puis, un an plus tard élevée au rang d’officier de la Légion d’Honneur par l’amiral Guépratte !

L’histoire de ce sous-officier féminin, largement connue et relayée par la presse française et serbe en exil pendant la guerre, fut ensuite peu à peu oubliée en Yougoslavie même. Elle disparut presque totalement de la mémoire collective après la Deuxième guerre mondiale et lors de sa mort, survenue en 1973, elle fut enterrée dans une intimité proche de l’indifférence.

En vérité, ce n’est que récemment que Milunka Savic a été « redécouverte » lorsque la Télévision Serbe a entrepris de réaliser un documentaire historique retraçant sa vie. L’écho de ce documentaire, écrit par Sladjana Zaric a été tel que le gouvernement serbe a, à l’issue de la « première » du documentaire,  décidé de transférer la dépouille de Milunka Savic dans « l’Allée des Grands » du  Nouveau cimetière de Belgrade.

> Ce documentaire est accessible en version française ici.