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(3/3) La réalisation du commandement unique allié

Quartier général de Foch : remise du bâton de maréchal de France à Foch par le président Raymond Poincaré, en présence de Georges Clemenceau (à gauche)
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Face aux Alliés, qui disposaient chacun par pays d'une stratégie militaire qui lui était plus ou moins propre, l'Allemagne présentait pendant les quatre premières années de la Grande Guerre l'avantage d'une unité de politique et de commandement militaire. Mais au printemps 1918, grâce notamment à l'intervention de Clemenceau, le commandement unique interallié a pu être progressivement mis en place, avec à sa tête le généralissime Foch.

Du coordinateur de l’action alliée au général en chef des armées alliées en France

L’objectif de Foch est double désormais : maintenir la liaison entre Français et Britanniques et couvrir Amiens, « trait d’union des deux armées ». La ville d’Amiens doit être défendue, mais il faut également restaurer la confiance et le moral parmi les combattants. Dans les heures qui suivent, Foch parcourt le champ de bataille pour que les officiers généraux Français et Britanniques à la tête des grandes unités opérant sur le front de la Somme intègrent la nouvelle conduite des opérations. Foch ordonne aux troupes françaises en cours de débarquement dans la région de Montdidier de marcher à la rencontre des Britanniques pour les soutenir.

Dégagé des préoccupations de ce front, Haig se consacre désormais à la défense du secteur attaqué au nord de la Somme tandis que Pétain couvre Paris et Amiens et conserve la liaison avec les armées anglaises. Après avoir refusé, Pétain consent finalement à faire intervenir une partie de ses réserves (une quarantaine de divisions) pour colmater la brèche. La situation tactique demeure difficile pour les Alliés. Les Allemands ouvrent une nouvelle brèche dans le dispositif français en direction de Montdidier. Dans le même temps, le haut commandement français commence à réunir dans la région de Beauvais la masse de manœuvre demandée par Foch, composée de deux armées, la 5e, retirée du front de Reims et la 10e prélevée sur le front italien.

Il faut attendre le 28 mars pour voir une timide amélioration du côté allié. La nomination de Foch permet aux alliés de manœuvrer à l’échelle du front de l’Ouest tandis que l’offensive allemande donne des signes d’essoufflement. Ludendorff ordonne la suspension de l’offensive du 30 mars au 4 avril. Ces quelques jours de répit permettent aux Alliés de conforter leurs positions et de réorganiser les unités ébranlées par le choc des jours précédents.

Le 4 avril, l’armée allemande attaque de nouveau mais Ludendorff ordonne l’arrêt de l’offensive le 5 avril. La bataille de Picardie est terminée. L’armée allemande a progressé d’une soixantaine de kilomètres. Elle n’est plus qu’à 17 kilomètres d’Amiens et obtient un beau succès tactique qui n’est pas décisif.

Foch donne ses directives pour la bataille défensive mais il ordonne également la préparation d’une contre-offensive franco-britannique dans la Somme de part et d’autre d’Amiens et française dans le secteur de Montdidier. Toutefois, Foch, qui ne fait pour l’heure que coordonner, expose à Clemenceau qu’il n’a pas l’autorité suffisante pour mener une telle bataille.

Ainsi, à l’occasion de la conférence réunie à Beauvais le 3 avril, Foch étend considérablement ses pouvoirs en obtenant la « direction stratégique » des opérations militaires. Il peut désormais mener la bataille sur le front de France. Toutefois, cette nouvelle autorité est incomplète et ce n’est que 14 avril que Foch devient officiellement général en chef des armées alliées en France. Désormais, les Alliés disposent d’un commandement unifié qui permet d’affronter les offensives allemandes lancées jusqu’à l’été 1918 puis de conduire la bataille décisive.

Indiscutablement, l’offensive allemande en Picardie en mars-avril 1918 permet aux Alliés de réaliser le commandement unique. Celui-ci contribue à remporter la décision sur le champ de bataille pour les Alliés. Toutefois, l’autorité de Foch reste limitée. Au plan stratégique, les généraux en chef conservent le droit d’en appeler à leurs gouvernants. Au niveau tactique, les commandants en chef jouissent toujours d’une totale autonomie. Enfin, la cohésion interalliée peine à résister face au spectre de la défaite jusqu’au milieu de l’année 1918.

Pour aller plus loin

  • Michel Goya, La Chair et l’acier. L’invention de la guerre moderne (1914-1918), Paris, Tallandier, 2004, 479 p.
  • Remy Porte, François Cochet, Histoire de l’armée française. 1914-1918, Paris, Tallandier, 2017, 519 p.
  • Michael Bourlet, « Foch, chef d’état-major général : une disgrâce ? », Rémy Porte, François Cochet (dir.), Ferdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser, actes du colloque, Paris, Soteca, 2010, p.115-137
  • Elizabeth Greenhalgh, Foch, chef de guerre, Paris, Tallandier, 2013, 688 p.