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1918 : Le nouveau visage de la guerre

Breguet XIV francais capture par les Allemands 1918
© Collection Mémorial de Verdun
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Aux yeux du grand public, la Grande Guerre de 1914-1918 est un tout, au même titre que la révolution française. Or, pas plus que la période 1789-1799 n’est homogène, la Première Guerre mondiale n’est uniforme dans les manières de faire la guerre, d’autant plus qu’en quatre années, les technologies militaires ont réalisé des bonds qualitatifs et quantitatifs spectaculaires. Quelles sont désormais les conceptions tactiques en 1918 ?

Conquérir le terrain

En 1914, les armées nationales sont composées de trois armes essentiellement. La cavalerie est faite pour éclairer, reconnaître, en avant garde, mais aussi pour couvrir des retraites. L’artillerie est surtout là pour accompagner le mouvement de l’infanterie. Cette dernière demeure la « reine des batailles », selon l’expression consacrée. Elle a vu sa puissance de feu décuplée depuis la guerre de 1870 par des innovations majeures dans les armes individuelles (fusils à répétition) ou collectives (mitrailleuses).

En 1914, 67 % des troupes françaises sont des fantassins. Or, le blocage du front sur plus de 700 kilomètres par ce que j’ai proposé d’appeler le « système-tranchées » vient totalement remettre en question ces tactiques. Les offensives très meurtrières des années 1915, 1916 et 1917 ont montré qu’il était inutile d’envoyer l’infanterie à la mort sans que l’artillerie ait pu, auparavant, procéder à des destructions importantes dans la profondeur du front ennemi. Désormais, il ne s’agit pas seulement de s’en prendre aux tranchées de premières lignes, mais bien d’atteindre également les zones de ravitaillement et de concentration des troupes de l’adversaire, situées jusqu’à une dizaine de kilomètres en arrière des secteurs d’attaque.

C’est ainsi l’artillerie - surtout la lourde - qui est chargée de conquérir le terrain en empêchant toute résistance possible de l’ennemi. L’infanterie accompagne donc le barrage roulant inventé par les Français qui progresse, comme à Verdun en octobre 1916 de 200 mètres toutes les trois minutes, afin d’occuper le terrain bouleversé par l’artillerie. En 1918, les fantassins ne représentent plus que 47 % de l’ensemble de l’armée française.

Utiliser rationnellement les hommes

L’utilisation rationnelle des hommes s’appuie sur les très lourdes pertes des années 1914 et 1915. Désormais la chair humaine se fait rare. Les Allemands souffrent encore plus que les Français de la raréfaction des hommes par l’énormité des taux de mortalité, à compter de l’été 1918. Les hommes sont appelés à la guerre par anticipation, avec souvent une année d’avance sur l’envoi au front prévu dans leur vingtième année. En Allemagne la situation est pire et l’on voit, en 1918, des jeunes dans leur dix-septième année arriver au front.

Dans le même temps, afin d’éviter des pertes importantes, les techniques de combat de l’infanterie se sont profondément modifiées depuis 1914. Plus d’assaut en grandes vagues, par bataillons ou régiments entiers qui offraient des cibles de choix aux mitrailleuses de l’ennemi. Désormais, les unités d’infanterie ont été réduites en taille, mais disposent d’une puissance de feu bien supérieure à celle de 1914. Un bataillon français ne fait plus qu’environ 700 hommes en 1918, au lieu de 1100 hommes en 1914, mais il dispose de 108 mitrailleuses au lieu de 24 en 1914. Il est doté de 24 fusils-mitrailleurs, arme qui n’existait pas du tout en 1914. Les mortiers de 81, les canons de 37 mm sont venus encore accroître la puissance de feu des unités sur le terrain.

L’utilisation rationnelle des hommes passent désormais par des techniques d’infiltration de petites unités supérieurement équipées. Ce sont les Allemands qui innovent le plus dans le registre, mettant au point des troupes d’assaut (Strumtruppen ou Stosstruppen) chargés de tester le dispositif ennemi et de s’infiltrer le plus loin possible là où la résistance est la plus faible, laissant aux troupes classiques qui les suivent le soin de réduire les points de résistance.

Les gros effectifs de 1914 sont désormais devenus des effectifs réduits mais spécialisés et suréquipés en matériels performants.

Coordonner les différentes armes

Des armes nouvelles sont apparues tout au long de la guerre. L’aviation, encore balbutiante en 1914 s’est spécialisée en aviation d’observation, de chasse et de bombardement. Les matériels ont été radicalement transformés. Un avion de chasse vole à 100 km/h en 1914 et à près de 300 en 1918. Il est désormais armé de lance-bombes et de mitrailleuses synchronisées. La verticalité de l’avion lui permet en 1918 d’empêcher l’ennemi de se fixer aux sols dans des tranchées profondes comme durant les trois premières années de guerre.

Les tranchées de 1918, constituent des fortifications de campagne plus éphémères et moins sophistiquées que leurs prédécesseurs de 1914 à 1917. Au sol, le char - avant tout franchisseur de tranchées - est apparu et en train de changer la face du champ de bataille. Désormais la mobilité est un facteur de victoire. Les gaz, les lance-flammes ont également changé le visage du combat.

Il s’agit maintenant pour les chefs de coordonner toutes les armes mises à sa disposition. Pour cela, le travail méconnu des états-majors est fondamental. La mise au point du commandement unifié confié à Ferdinand Foch en mars, fait de l’année 1918 la matrice de tous les grands combats interarmes et interarmées qui se succèdent jusqu’à nos jours.