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Médecins des ambulances

Couverture du livre de François Perrin / Prosper Viguier (2e à partir de la gauche) et son équipe chirurgicale.
© D.R.
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L’épaisseur sociale de l’expérience combattante se double d’expériences professionnelles liées à l’identité des témoins combattants. Les médecins du front, ont pu exprimer leur ressenti face aux souffrances des soldats. Rémy Cazals revient cette semaine sur le parcours de certains d’entre eux.

Ce sont évidemment les médecins confirmés qui opèrent dans les ambulances, installées dans l’arrière-front, à 8 ou 10 kilomètres des lignes. On trouve une description précise de l’ambulance et de son fonctionnement dans une conférence donnée par Prosper Viguier à son personnel : cette unité de soins regroupe six médecins, une quarantaine d’infirmiers et deux officiers gestionnaires, avec le matériel chirurgical et les voitures pour transporter les blessés. L’ambulance reçoit les blessés venant des postes de secours ; elle évacue vers l’arrière ceux qui peuvent l’être et elle opère sur place les intransportables. Les JMO des ambulances sont consultables aux Archives du Val de Grâce à Paris.

NOM Prénom Naissance Département Profession Arme ou statut
EVRARD Georges 1877 Aube Médecin Ambulance
FALEUR Georges 1876 Aisne Médecin Ambulance
JOUHAUD Léon 1874 Haute-Vienne Médecin puis artiste Ambulance
LAVAL Édouard 1871 Paris Médecin Ambulance
MARTIN Albert 1866 Seine-Maritime Chirurgien Ambulance
MORISSE Emmanuel 1878 Gers Médecin Ambulance
PERRIN François 1875 Doubs Médecin militaire Ambulance
VIGUIER Prosper 1872 Tarn-et-Garonne Médecin militaire Ambulance

Ces médecins pouvaient avoir des sentiments personnels divers – les uns très catholiques, d’autres critiquant la propagande religieuse dans les hôpitaux – ils avaient un premier point commun : la fierté de remplir leur rôle de soigner, de réparer dans la mesure du possible les dégâts causés par la guerre. Chacun le dit dans son témoignage. Retenons la phrase de François Perrin à propos de son métier : « Il n’en est pas où l’on puisse, en faisant consciencieusement son devoir, éprouver autant de satisfactions morales. »

On peut noter entre eux des relations directes (Georges Faleur et François Perrin dans la même ambulance), la présence de l’écrivain Georges Duhamel dans l’équipe d’Albert Martin, l’étroite ressemblance entre deux des plus anciens, Albert Martin et Prosper Viguier dans leur souci permanent de s’informer, d’améliorer les installations, de former le personnel durant les périodes calmes. Car tous ont montré l’alternance de terribles moments où l’ambulance est submergée de blessés, où il faut opérer sans interruption 18 heures sur 24, et de longues périodes de calme et d’inactivité presque totale.

Les médecins nous renseignent sur les causes des blessures. Les éclats d’obus provoquent deux fois plus de blessures que les balles, et elles sont plus mauvaises à cause des risques d’infection. Les blessures à l’arme blanche sont en nombre infime. Les blessures à la tête et à l’abdomen sont souvent suivies du décès. Français et Allemands sont soignés de la même manière. L’ambulance du docteur Martin finit par garder dans son personnel un blessé allemand guéri qui rend beaucoup de services. Léon Jouhaud décrit des fraternisations entre blessés français et allemands. François Perrin également, et il en présente aussi entre combattants, par exemple à Noël 1915. Car ces médecins compatissent à la misère des poilus ; ils les comprennent. François Perrin ne dénonce pas les automutilations ; Prosper Viguier ne se réfugie pas dans le diagnostic sommaire de simulation quand il rencontre un traumatisme psychologique.

Pour être complet sur les ambulances, il faudrait aussi considérer ce qu’en disent les combattants qui y ont reçu des soins. Le cas des officiers gestionnaires qui leur sont attachés sera examiné dans la prochaine chronique.