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Le caporal et son capitaine

Les Carnets de guerre de Louis Barthas, éditions française, anglaise et espagnole.
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Certains témoignages de la Grande Guerre, par l’authenticité et la force évocatrice de leur contenu, connaissent un succès éditorial qui dépasse les frontières de l’hexagone. Les carnets de guerre de Louis Barthas sont de ceux-là. Retour cette semaine à partir des notices du livre 500 Témoins de la Grande Guerre sur l’invention d’un témoignage essentiel.

Publié pour la première fois en 1978 par François Maspero, le livre Les Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, vient d’atteindre un tirage total de 100 000 exemplaires avec la dernière édition, dite du Centenaire. Il est traduit en néerlandais depuis 1998 ; les traductions en anglais (Yale University Press) et en espagnol (Páginas de espuma) viennent de sortir en 2014 ; le New York Times (21 avril), La Razon (18 juin), El Mundo (20 juin), El País (28 juin) en ont donné des comptes rendus élogieux. Louis Barthas fait partie de la quinzaine de personnages principaux de la série internationale d’Arte en huit épisodes, « 14, des armes et des mots ». Une exposition de photos de Jean-Pierre Bonfort, introduite par Anne Biroleau et Nicolas Offenstadt, intitulée « Sur les pas de Louis Barthas » a été montée à la Bibliothèque nationale de France et va être reprise dans quelques villes.

Ce succès est dû à la valeur du témoignage de ce tonnelier socialiste seulement titulaire du certificat d’études primaires. Son authenticité a été reconnue dès parution. Elle est vérifiée par la consultation des Journaux des Marches et des Opérations des régiments dans lesquels a servi le caporal Barthas, par les témoignages d’autres soldats des mêmes unités, par diverses lettres envoyées par Barthas à des personnalités, notamment au député Brizon pour le remercier de son action en faveur de la paix. Les photos de la collection du capitaine Hudelle viennent encore confirmer l’exactitude des écrits de Barthas.

Autour de Louis Barthas, on peut réunir une dizaine d’hommes présentés dans le livre 500 Témoins de la Grande Guerre.

NOM Prénom Naissance Département Profession Arme ou statut
AZÉMA François 1877 Aude Cordonnier 280e RI
BARTHAS Louis 1879 Aude Tonnelier 280e, puis 296e RI
BLAYAC François 1874 Hérault Grand propriétaire Service de santé
GARRIGUE Marcel 1883 Lot-et-Garonne Serrurier 280e RI
GUILHEM François 1886 Haute-Garonne Manutentionnaire 296e RI
HUDELLE Léon 1881 Aude Journaliste 280e RI
LAPEYRE Louis 1882 Aude Tonnelier Infanterie
NOÉ Léopold 1877 Aude Électricien 280e RI
PESCAY Camille 1885 Tarn-et-Garonne Ouvrier du textile 296e RI
RICHERT Dominik 1893 Alsace Cultivateur Infanterie allemande

Que dire des Carnets de Barthas en peu de lignes ? Je préfère laisser la parole à un ancien combattant de 14-18 et à un ancien président de la République qui était un homme cultivé.

Auguste Bastide : « Celle des tranchées, et d’ailleurs toute la guerre, est décrite d’une façon simple et totalement vraie par Louis Barthas, tonnelier. Ce livre est une merveille, c’est une véritable fresque de 14 à 18 par un poilu qui l’a vécue. Ce livre est tellement beau et tellement vrai que j’ai pleuré à plusieurs reprises en le lisant. »

François Mitterrand : « Ah, les Carnets de Louis Barthas ! Ce livre a une haute valeur historique, et aussi c’est une véritable œuvre littéraire. »

Ami d’enfance de Barthas, journaliste au quotidien toulousain Le Midi socialiste, lieutenant puis capitaine, Léon Hudelle a témoigné sur la Grande Guerre par ses articles signés « Le Poilu » et par la collection de photos qu’il n’a pas prises lui-même, mais qu’il a rassemblées. Dans le décor des villages détruits de l’Artois (Vermelles par exemple) et des tranchées et abris rudimentaires (à la Cuvette, bien décrite par Barthas) Hudelle figure souvent sur les photos, ainsi que plusieurs gradés et soldats dont parle le livre du caporal. Une photo montre Barthas au milieu des hommes de la section du lieutenant Coll dans les ruines de la brasserie de Vermelles.

D’autres soldats du 280e RI ont témoigné : François Azéma, Marcel Garrigue et Léopold Noé ; ceux du 296e RI sont François Guilhem et Camille Pescay ; François Blayac, officier d’administration de l’ambulance 1/66, a vu les choses de plus loin, mais a su évoquer le lac de boue qu’étaient les premières lignes en décembre 1915, le sauvetage par les hommes du 280e RI du général Niessel enlisé, les fraternisations et les désertions. Si Louis Lapeyre, soldat au 44e RI puis au 294e, figure sur le tableau, c’est qu’il était lui-même tonnelier à Peyriac-Minervois et qu’il avait noté l’adresse militaire de Barthas dans son carnet personnel.

Quant au soldat alsacien de l’armée allemande, Dominik Richert, s’il est présenté ici, c’est que son témoignage a beaucoup de points communs avec celui de Louis Barthas, et que les deux hommes se sont trouvés face à face à Vermelles en décembre 1914.