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Hommage à Bretagne 14-18

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Le dictionnaire des 500 Témoins de la Grande Guerre a bénéficié de l’implication de nombreux acteurs de la mémoire. Ces derniers œuvrent depuis de nombreuses années à découvrir et rendre public des témoignages de soldats d’origine populaire. Aujourd’hui, Rémy Cazals évoque le travail de l’association Bretagne 14-18.

L’Association de recherches et d’études historiques sur la vie des Bretons dans la Grande Guerre a déployé une intense activité de publication de témoignages et d’articles bien documentés, commencée bien avant le Centenaire. Contact : Bretagne 14-18, Bel Horizon, 22330 Plessala et Bretagne.14.18@wanadoo.fr

Son président, René Richard, a donné les notices de 11 Bretons au livre 500 Témoins de la Grande Guerre. Ils sont présentés ci-dessous ; ils ne sont pas les seuls Bretons du livre. Des autres, il sera question plus tard.

NOM Prénom Naissance Département Profession Arme ou statut
AUBERT Frédéric 1897 Côtes-d’Armor Étudiant Infanterie
AUBRY Victor 1882 Morbihan Cultivateur Artillerie
BATAILLE Jules 1895 Ille-et-Vilaine Cheminot Génie
BELLEIL Jean-Baptiste 1877 Loire-Atlantique Militaire Artillerie
BILLON Pierre 1893 ? Ille-et-Vilaine Cultivateur Infanterie puis Artillerie
CADORET Louis 1892 Côtes-d’Armor ? Infanterie
LACHIVER Jules 1891 Côtes-d’Armor Instituteur Infanterie
LE NOAN Eugène 1893 ? Côtes-d’Armor Cultivateur Infanterie
MAHÉ Charles 1875 Paris Militaire Infanterie
POULERIGUEN François 1888 Morbihan Cultivateur Infanterie
PRÉAUCHAT Élie 1876 Côtes-d’Armor Cultivateur Territorial

Ces 11 témoins bretons ont décrit de façon très simple les diverses situations de guerre dans lesquelles ils ont été plongés. Le témoignage de Louis Cadoret ne porte que sur l’été 1914, et l’auteur a disparu en février 1915 aux Éparges. Celui d’Eugène Le Noan concerne également les combats de 1914, dans la Somme. Le capitaine Mahé montre (et déplore) le passage de la guerre de mouvement à l’enlisement dans les tranchées ; l’offensive de mai 1915 lui est fatale, de même qu’au soldat Jules Lachiver. Victor Aubry est tué à Massiges lors de l’offensive de septembre de la même année. Pour François Pouleriguen, c’est le Verdun de 1916 qui demeure la plus dure des épreuves, suivie du Chemin des Dames en 1917. Plus jeune, Frédéric Aubert a surtout décrit les combats de juillet-août 1918. Pour Pierre Billon, passer de l’infanterie à l’artillerie, c’est en avoir fini avec la vraie guerre, mais Jean-Baptiste Belleil, dans un grand souci pédagogique, donne tous les détails pour comprendre l’action d’une batterie de 75. Jules Bataille, pionnier du Génie, a fait partie de l’armée d’Orient, en Macédoine d’où il a été évacué pour dysenterie comme beaucoup d’autres combattants français. Élie Préauchat a été capturé par les Allemands lors d’une attaque au gaz, le 22 avril 1915 ; cultivateur, il a vécu dans une ferme avec des patrons qui sont restés en rapport épistolaire avec lui jusqu’à sa mort en 1935.

Leurs lettres et carnets constituent aussi de précieux documents pour une réflexion sur l’acte d’écrire ainsi que sur l’importance des liens familiaux. « Écrivez-moi souvent », demande Jules Lachiver à ses parents dans sa dernière lettre. Élie Préauchat a perdu ses notes pendant les combats, mais il reprend son récit en captivité sur un carnet allemand avec le souci qu’il soit envoyé à sa famille en cas de décès : « Si la mort venait à me frapper pendant ma captivité, je prie celui de mes camarades ou autres de faire parvenir ce petit récit à ma famille. » Le petit carnet de Victor Aubry a été envoyé à sa veuve, pratique bien attestée par ailleurs et décrite, par exemple, dans les Carnets de guerre de Louis Barthas. Celui de Charles Mahé a été restitué à sa famille après la guerre par les Allemands. Familier de l’écriture, Frédéric Aubert est un cas particulier parmi les 11 témoins bretons, mais il n’avait pas publié ses notes de guerre ; après sa mort au combat en mai 1940, son père a voulu les éditer en hommage à son fils, tirage confidentiel, repris par Bretagne 14-18 en 2011. Enfin, Jean-Baptiste Belleil n’a mis en forme ses notes de guerre qu’en 1964, à l’âge de 87 ans.