Espace scientifique > Gens de Savoie

Gens de Savoie

Couverture du livre Poilus savoyards.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

La Guerre Grande a touché toute la société française. Les « gens de Savoie », comme les autres, ont été impliqués dans le conflit. Ils ont laissé des traces écrites de cette expérience partagée souvent par des combattants d’un même village.

En 1981, peu de temps après les Carnets de guerre de Louis Barthas, la collection « Gens de Savoie » publiait la chronique d’une famille de Tarentaise de 1913 à 1918 à travers 320 lettres retrouvées au village de Versoie lors de réparations entreprises à la maison Quey. Parmi les 500 témoins du livre déjà cité, se trouvent Delphin Quey et son voisin, ami et parrain Maurice Marchand, ainsi que huit autres poilus savoyards.

NOM Prénom Naissance Département Profession Arme ou statut
CALLIES Alexis 1870 Haute-Savoie Militaire Artillerie
COUDRAY Honoré 1889 Savoie Menuisier Cavalerie
DELABEYE Benoît 1888 Savoie Commerçant Infanterie
FÉNIX Laurent 1892 Savoie Charpentier Infanterie
GUY Lucien 1890 Haute-Savoie Étudiant en droit Infanterie
MARCHAND Maurice 1884 Savoie Éleveur Infanterie
MARTIN Antoine 1885 Savoie Ouvrier Téléphoniste
PERROUD Marius 1881 Haute-Savoie Métayer Infanterie
QUEY Delphin 1895 Savoie Éleveur Infanterie
VUILLERMET Charles 1890 Haute-Savoie Photographe Infanterie

Les témoignages de ces Savoyards présentent une certaine variété, souvent des lettres et des récits (celui de Laurent Fénix englobe sa jeunesse et les conséquences de la guerre), parfois des dessins et des photos (Charles Vuillermet). Leur édition s’est effectuée parfois dans le cadre associatif ou familial (cas de Marius Perroud). Alexis Callies rejoint l’opinion de Jean Norton Cru quand il écrit : « Je raconte les événements tels que je les ai vus, ou tels qu’ils sont arrivés à ma connaissance, ne garantissant que ma sincérité et non leur vérité objective, car chacun a sa vision propre, plus ou moins déformante. » Dans l’ensemble, nos Savoyards ont fait preuve d’observation et de réflexion, en dehors d’Antoine Martin, téléphoniste qui décrit de manière invraisemblable des combats corps à corps.

Variété des parcours, également. Des soldats, des sous-officiers ayant pris du galon, un officier supérieur (Callies) ; des fantassins et un artilleur ; un musicien-brancardier (Lucien Guy) ; le cas particulier d’un cavalier faisant fonction d’éclaireur d’un bataillon de chasseurs alpins (Honoré Coudray). Quant à Marius Perroud, voulant fuir l’infanterie, il réussit à devenir gendarme. Il n’est pas possible dans ce court résumé de synthèse de donner la liste des secteurs où ils combattirent. On note cependant la présence de la plupart dans la guerre de montagne des Vosges.

La guerre les a marqués dans leur corps. Lucien Guy a été blessé au thorax par un éclat d’obus dès octobre 1914 ; Antoine Martin, Laurent Fénix et Maurice Marchand ont eu une grave blessure à la tête. Ce dernier a écrit : « On m’a ouvert la boîte du crâne, il y avait encore trois petits éclats et des fragments d’os ; paraît-il qu’il était temps de les enlever. » Charles Vuillermet a été tué le 2 juin 1918 ; le frère aîné de Delphin Quey l’avait été le 10 septembre 1914. Laurent Fénix a traîné toute sa vie le traumatisme de la guerre et de sa blessure, et a fini par se suicider.

Plusieurs profèrent les condamnations fréquentes chez les poilus : Honoré Coudray s’en prend à Gustave Hervé et aux journalistes en général ; Laurent Fénix aux profiteurs de la guerre ; Delphin Quey aux patriotes froussards et aux embusqués. Ce dernier se plaint assez souvent de l’insuffisance de la nourriture ; il donne à son jeune frère des conseils de simulation pour échapper à l’armée. Appartenant à des familles paysannes, certains trouvent scandaleux que l’armée ne respecte pas les cultures.

Et cela nous conduit à l’affirmation de l’amour du « pays ». « Rien ne vaut ce pauvre Versoie », écrit Maurice Marchand qui se préoccupe sans cesse de l’état des troupeaux et qui demande des nouvelles de la foire de Bourg-Saint-Maurice. C’est aussi une grande préoccupation de son filleul qui signe une de ses lettres de l’été 1918 : « Votre fils et frère qui voudrait bien faire le berger à votre place. »