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Et si nous parlions des chevaux…

Le hussard Xavier Chaïla représenté sur un timbre émis pour le moulin à papier de Brousses (Aude) / Vue d'une ambulance à cheval chargé de l'approvisionnement stationnée devant l'usine Poiret à Saleux, fonds Berthelé, Archives municipales de Toulouse.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

La mobilisation des hommes fut aussi celle des animaux entre 1914 et 1918. Rémy Cazals présente ici de quelle manière les chevaux sont évoqués par les 500 témoins de la Grande Guerre.

D’après l’ouvrage classique de Michel Augé-Laribé (Le paysan français après la guerre, Garnier, 1923), il y avait en France 3 222 080 chevaux en 1913, et seulement 2 232 930 en 1918. Les pertes se montaient presque à un million de ces animaux indispensables à la fois pour le travail du paysan et pour l’armée : cavalerie ; traction des canons et de toutes sortes de voitures ; montures des officiers. La plupart des témoignages de 1914-1918 signalent leur présence. Dans le livre 500 Témoins de la Grande Guerre, quelques hommes font état de souvenirs personnels précis.

Lors de la mobilisation générale, Louis Duchesne, cultivateur dans l’Oise, décrit le départ des hommes et celui des chevaux réquisitionnés : « Les pauvres bêtes, elles vont aussi collaborer à la défense de la France. Le pauvre Bouleau part, bon pour le service, et c’est en pleurant que ses maîtres lui donnent le dernier morceau de sucre. »

Le papetier Xavier Chaïla rejoint son régiment de hussards à Tarbes où la guerre commence par une grande cavalcade dans les rues de la ville de Lourdes, déclenchant des manifestations religieuses. Envoyé sur le front, Chaïla et ses camarades alternent périodes à cheval et périodes de combat à pied dans les tranchées.

Le carnet personnel de Pierre Émile Boutant, ravitailleur dans l’artillerie, contient à de nombreuses dates la mention « soins aux chevaux ». Il remarque qu’ils souffrent de la faim plus que les hommes : d’abord ils semblent moins résistants ; ensuite ils n’ont pas la possibilité de mettre la main au porte-monnaie pour se payer un repas quand l’intendance ne suit pas.

Discutable sur plusieurs points, le témoignage de Paul Mencier est cependant précieux lorsqu’il décrit les malheurs des chevaux. Ils s’épuisent à tirer les pièces sur des chemins embourbés. Au début, le bruit du canon ne trouble pas les chevaux « militaires professionnels » (si on peut parler ainsi) qui s’y sont habitués pendant les exercices du temps de paix, mais on a l’impression qu’ils supportent mal de voir mourir leurs congénères. Mencier décrit des situations pitoyables : « Ils ressemblent à des squelettes, dans la boue jusqu’au ventre et le dos recouvert de neige. Nous n’osons plus les soigner tellement les os leur font mal. » Sous le feu, à Verdun, fin février 1916 : « Nos pauvres bêtes tremblent sur leurs jambes et, dès que nous les approchons, elles sont toutes heureuses de se frotter la tête contre nous. Elles semblent nous dire que le moment a été dur. »

Durs moments aussi en 1914 et 1915 lorsque cavaliers et chevaux sont lancés contre les mitrailleuses ennemies et/ou dans les réseaux de barbelés, et subissent les pertes considérables décrites par le dragon Lucien Cocordan par exemple.

Nom, prénom Naissance Département Profession Arme
Boutant P. Emile 1879 Charente Cultivateur Artillerie
Chaïla Xavier 1886 Aude Artisan Cavalerie
Cocordan Lucien 1893 Paris Commerçant Cavalerie
Duchesne Louis 1894 Oise Cultivateur Infanterie
Mencier Paul 1892 Meurthe et Moselle Ouvrier Artillerie