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La Première Guerre mondiale et la langue - Approches croisées

Le langage des tranchées
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Dans le panorama des manifestations prévues autour de la Grande Guerre en 2014, une place est légitime pour un colloque réunissant historiens, linguistes et spécialistes de la littérature autour du devenir de la langue française, des parlers et des langues européennes impliquées, pendant la période du conflit. Deux raisons à cela. D’une part le rôle démarcatif que l’on attribue souvent à cet événement historique dans les histoires de la langue française, ce qui pose la question des coïncidences de périodisation entre l’histoire de la langue et l’histoire de la guerre. D’autre part la relative désaffection dont a fait l’objet chez les linguistes, depuis une date déjà a ancienne, l’histoire du français des XIXe et XXe siècles, français jugé trop proche de nous pour qu’un regard historique paraisse nécessaire.

Surtout, la Première Guerre mondiale s’offre comme un laboratoire potentiel passionnant et en grande partie inexploré pour quelques-unes des questions fondamentales que se pose la linguistique aujourd’hui, en particulier depuis l’émergence de la sociolinguistique et de la mise au premier plan de la question des usages. Autant de raisons pour réexaminer à nouveaux frais l’« événement de langage » que fut aussi cette période de drames et d’intense reconfiguration des relations interpersonnelles. À la différence de certains événements plus anciens, la Première Guerre mondiale a laissé un matériau très abondant, essentiellement écrit, mais aussi oral, matériau qui a déjà fait l’objet de soins patrimoniaux et d’études et qui va, à l’occasion du chantier mis en œuvre pour le Centenaire, être exploré de façon beaucoup plus systématique, notamment par le biais de la numérisation. Ainsi, ce sont de véritables corpus qui vont devenir exploitables pour les linguistes. Jusqu’à présent, l’accent a été mis sur les témoignages littéraires, et sur la question de l’« argot » des tranchées en France comme dans les principaux pays belligérants pour lesquels les sources (dictionnaires, lexiques, enquêtes, etc.) sont abondantes mais ne sont pas forcément toutes explorées, notamment dans les pays étrangers. Pour autant, l’éventail des questions linguistiques relatives à la guerre est beaucoup plus vaste.

Le colloque se propose d’ouvrir le champ et d’examiner notamment les thèmes suivants :

  • la question de la périodisation : la Première Guerre mondiale est-elle le moment qui sépare le français du XIXe siècle du français du XXe siècle, et si oui, pourquoi ? Sur quels éléments se fonde-t-on ?
  • la question des parlers ;
  • la question de l’argot et plus largement de la néologie ;
  • la question du contact des langues (apprentissage accéléré de langues étrangères, idiomes véhiculaires, traductions, interprétariat...) ;
  • la question des parlers spécialisés, notamment militaires, plus largement techniques et de leur adaptation aux - réalités de la guerre moderne ;
  • les questions relatives à l’écrit ;
  • les questions d’éducation.

Au total, au travers de l’analyse linguistique de l’événement que constitue la Première Guerre mondiale, le colloque a pour but de montrer que l’étude attentive des questions de langage est à même d’avoir des implications sur l’ensemble des questions historiques et culturelles relatives à cet événement, et d’en renouveler l’approche.
Cette rencontre, qui voudrait viser un public large, entend aussi par ce biais stimuler les rencontres entre historiens et linguistes autour de nouveaux objets.

Programme - Jeudi 12 juin - Université Paris-Sorbonne - Amphi. Guizot, 54 rue Saint-Jacques - 75005 Paris

9h00 : Ouverture du colloque, Allocutions
9h30 : Présentation scientifique du colloque : Gilles Siouffi et Odile Roynette

PREMIÈRE SÉQUENCE : LANGUES, NATIONS ET IDENTITÉS

10h00 - 10h30 : Jean-Jacques Briu (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)

  • « Les sources linguistiques des nationalismes et leurs manifestations lors de la Première Guerre mondiale. Une approche comparatiste France-Allemagne »

10h30 - 11h00 : Yann Lagadec (Université Rennes 2)

  • « La Grande Guerre, début de la fin ou renouveau pour la langue bretonne ? »

11h00 - 11h30 : discussion et pause

Président de séance : Jacques Dürrenmatt (Université Paris-Sorbonne / EA 4509)

11h30-12h00 : Juan García-Bascuñana (Universitat Rovira i Virgili – Tarragone)

  • « La Première Guerre mondiale et son retentissement en Espagne : les rapports des Espagnols avec la France et la langue française pendant le conflit »

12h00-12h30 : Philippe Salson (Université Montpellier III-Paul Valéry)

  • « L’Allemand prononçait Henri, et le Français Heinrich ». Communiquer avec l’ennemi dans la France occupée (1914-1918) »

12h00-12h45 : discussion

DEUXIÈME SÉQUENCE : LANGUES ET PRATIQUES DE L’ÉCRIT EN TEMPS DE GUERRE

Président de séance : Gabriel Bergounioux (Université d’Orléans)

14h00-14h30 : Agnès Steuckardt et l’équipe « Corpus 14 » (Université Montpellier III-Paul Valéry)

  • « La rencontre de l’écrit. Correspondances de poilus peu lettrés »

14h30-15h00 : Sonia Branca-Rosoff (Université Sorbonne Nouvelle-Paris III)

  • « Lire des lettres de 14-18 : analyse linguistique et discursive »

15h00-15h30 : Carita Klippi (Université de Tampere, Finlande)

  • « Pour une archéologie de l’idiolecte d’un poilu peu-lettré (1915-1918). L’historicité d’une langue maternelle »

15h30-16h30 : discussion et pause

16H30 - TABLE RONDE : FICTIONS DE LA GRANDE GUERRE : COMMENT FAIRE PARLER LES PERSONNAGES ?

18h30 : cocktail, Club des Enseignants, Université Paris-Sorbonne

Programme -Vendredi 13 juin - Centre d’histoire de Sciences-Po - Salle de conférences, 56 rue Jacob - 75006 Paris

TROISIÈME SÉQUENCE : CRÉATIONS LEXICALES ET NÉOLOGIE EN TEMPS DE GUERRE

Présidente de séance : Sonia Branca-Rosoff (Université Sorbonne Nouvelle)

9h30-10h00 : Jean-François Sablayrolles (Université Paris-Nord)

  • « Les néologismes de la Grande Guerre d’après les indications du Petit Robert »

10h00-10h30 : Patricia Kottelat (Université de Turin)

  • « La première inscription de la Grande Guerre dans un discours lexicographique : le Larousse Universel de 1922 »

10h30-11h00 : discussion et pause

Président de séance : Jean-François Chanet (École nationale des Sciences Politiques)

11h00-11h30 : Christophe Gérard (Université de Strasbourg) et Charlotte Lacoste (Université de Lorraine)

  • « Étude comparée de la création lexicale dans les romans et les témoignages de la Première Guerre mondiale »

11h30-12h00 : Julien Sorez (Centre d’Histoire de Sciences Po)

  • « Quand faire du sport, c’est faire la guerre. Fonction performative et enjeux sociaux de la métaphore sportive en temps de guerre »

12h00-12h30 : discussion

QUATRIÈME SÉQUENCE : ÉCHANGES, TRANSFERTS, CONTACTS

Présidente de séance : Carine Trévisan (Université Paris VII-Denis Diderot)

14h00-14h30 : Franziska Heimburger (École des Hautes Études en Sciences Sociales)

  • « “Schoolboy French”, “Tommy French” et d'autres modes de communication – L'armée britannique et les civils dans le nord de la France pendant la Première Guerre mondiale »

14h30-15h00 : Cécile Van den Avenne (ENS de Lyon)

  • « Quelle(s) langue(s) pour les tirailleurs sénégalais ? La politique linguistique militaire pendant la Première Guerre Mondiale. Tensions entre pratiques et idéologie »

15h00-15h30 : discussion et pause

CINQUIÈME SÉQUENCE : CRÉATION LITTÉRAIRE ET LANGUE EN TEMPS DE GUERRE

Présidente de séance : Annette Becker (Université Paris Ouest-Nanterre La Défense / IUF)

15h30-16h00 : Clémence Jacquot (Université Lumière Lyon II)

  • « “J’ai tant aimé les Arts que je suis artilleur” : la syntaxe poétique d’Apollinaire “change-t-elle de front” pendant la guerre ? »

16h00-16h30 : Thomas Guillemin (Université d’Angers)

  • « Quatre années de guerre au prisme de la langue : la correspondance de Jacques Vaché, soldat, interprète, et poète d’avant-garde »

16h30-16h45 : discussion

16h45 : Conclusions du colloque : Sonia Branca-Rosoff

 

Comité d’organisation :

  • Odile Roynette (Université de Franche-Comté, Centre Jacques Petit / Centre d’histoire, Sciences-Po) ;
  • Gilles Siouffi (Université Paris-Sorbonne) ;
  • Stéphanie Smadja (Université Paris VII -Denis Diderot) ;
  • Agnès Steuckardt (Université Montpellier III - Paul Valéry)

Avec le soutien de l’équipe Sens Texte Informatique Histoire (EA 4509), de l’école doctorale Concepts et langages (ED 0433), du Conseil scientifique de l’Université Paris-Sorbonne, du Centre d’Histoire de Sciences Po (EA 113), de Centre d’étude et de recherche interdisciplinaire de l’UFR LAC (EA 4410), du Centre Jacques Petit (EA 4661), de Praxiling (UMR 5267), du Conseil scientifique de l’Université Paul-Valéry, de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), du label Centenaire et de la région Ile-de-France.