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Appel à contribution : Naissance des cinémas militaires (1914-1930)

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A l'occasion du Centenaire de la première guerre mondiale, un colloque sur l'essor des services cinématographiques militaires se tiendra à Namur (Belgique) du 29 novembre au 1er décembre 2017. Il s'agira de travailler davantage sur la genèse et l'évolution des structures spécialisées dans la production d'images animées au profit des armées et des Etats que sur les productions et leurs contenus. Les propositions de communication sont à rendre avant le 3 février 2017.

À l'occasion du centenaire de la première guerre mondiale, ce colloque a pour but d'analyser la naissance des services cinématographiques militaires qui éclosent dans le monde au tournant des années 1914-1918. Il s'agira de travailler davantage sur la genèse et l’évolution des structures spécialisées dans la production d'images animées au profit des armées et des États que sur les productions et leurs contenus. En effet, la dimension géopolitique particulière de la guerre a généré des réponses plus ou moins rapides, et plus ou moins engagées, de la part des gouvernements impliqués dans le conflit pour réaliser des campagnes d’information, de propagande ou d'instruction par le cinématographe. L’année 1917 a, en particulier, constitué une césure dans le développement de ces cinémas militaires. Cette « année impossible »[1], marquée par des événements majeurs tels que l’entrée en guerre des États-Unis et la sortie de la Russie, est aussi celle des questionnements après deux ans d’une guerre qui s’enlise. Les services cinématographiques militaires, stratégies de communication des armées et des États pour étayer leur discours, valoriser leur image et légitimer leur action auprès de l’opinion publique, connaissent alors, dans la plupart des pays, une réorganisation profonde afin d’accroître leur efficacité et de raviver la flamme nationale.

Nous proposons de décliner l’histoire de ces Army Film and Press Units selon deux angles d’approche : un premier volet « institutionnel » qui se penchera sur le projet médiatique militaire, ses intentions et ses limites, et un second axe « chronologique » qui propose une étude sur le temps long, 1914-1930, permettant de croiser temps de guerre et temps de paix. À partir de ces deux axes, qui peuvent être combinés, on pourra s'intéresser à la fois à la constitution des services, au sein des armées ou en dehors (quelle est la part d’initiatives laissée aux sociétés privées ? ces services militaires sont-ils créés de toute pièce ou issus d’organisation préexistantes comme l’US Signal Corps ?), mais aussi aux conceptions de la propagande et de l'instruction militaire par le film dans les différents pays. En effet, le cinéma est alors un média tout à fait récent, dont l'engagement au service du pouvoir et/ou de l'armée a pu poser question, créant parfois des débats et ralentissant la mise en œuvre des services. Ces questionnements pourront s’élargir aux services photographiques des armées qui, par leur proximité technique, sont souvent associés aux services cinématographiques. Concernant la période de la guerre, on s'intéressera à la vie des services, à la chaîne de responsabilité civilo-militaire, aux questions de liberté de la presse et de contrôle de l’information, au rôle et au fonctionnement de la propagande (derrière le consensuel « devoir d’information » annoncé par les états-majors militaires, les objectifs ne sont-ils pas avant tout la prise de contrôle des médias et leurs (supposées) retombées propagandistes ?), mais aussi aux relations entre opérateurs, maisons d'actualités filmées, de presse illustrée et ministères. La période des années 1920 sera également intéressante à analyser ; le conflit révolu, et ses éventuelles conséquences tirées, se pose rapidement la question de l’utilité de ces services : que deviennent-ils et comment les conceptions sur le contrôle de l’information, la propagande ou l'instruction militaire sont-elles investies par les gouvernements ou les états-majors ?

Tous les pays impactés par le premier conflit mondial pourront faire l'objet de propositions, du côté de la Triple-Entente (France, Grande-Bretagne, Russie) et de ses alliés (Belgique, Japon, Belgique, Italie, Roumanie, États-Unis), de la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie) et de ses alliés (Empire ottoman, Bulgarie), mais aussi des pays neutres tels que la Suisse ou l’Espagne.

Cette approche internationale et diachronique des services cinématographiques militaires a pour objectif d’affiner l’étude de leur création, de leur évolution, de leurs fonctions et de leurs usages par (et pour) la Défense nationale et/ou l’État. Le focus sur la période 14-18 et ses répercussions dans l’entre-deux-guerres permettra de comprendre l’impact des situations politiques et militaires, des structures socio-économiques, des opinions publiques sur l’évolution de ces services militaires tout en reflétant les disparités et les tensions propres à chaque État et permettant de mieux comprendre l'histoire de la médiatisation des actions guerrières par le film et la photographie.

En amont de ces questions, le colloque entend également s’ouvrir aux approches historiographiques et archivistiques de ces services cinématographiques des armées et de leurs productions. L’année 2017 marquera non seulement  les cinquante ans de la publication du premier ouvrage sur la révolution russe de 1917[2] de Marc Ferro, spécialiste de la Grande Guerre, mais aussi les quarante ans de la parution de son recueil de textes Cinéma et histoire[3], une référence devenue la dénomination même d’une discipline nouvelle. Dans cet important tournant historiographique, où les archives filmiques (et photographiques) sont dorénavant convoquées par l’historien, quelle est la place des images des armées ? Sont-elles cantonnées aux périodes conflictuelles ? Sont-elles les laissées pour compte d’une historiographie n’accordant son attention qu’au panthéon des chefs d’œuvre du septième art ? Ou, au contraire, ces images militaires nous offrent-elles une autre vision de la société ? Se pose, en lien avec cette problématique historiographique, la question de l’archivage de ces documents militaires pendant et après la guerre, de leurs différents supports matériels, de leur accès aux chercheurs ainsi que de leur (ré-)utilisation. Il nous semble intéressant, quelques décennies plus tard, de faire un état des lieux de ces questions et de révéler toute l’historicité des images des armées.

Les propositions de communication (2000 caractères + courte présentation biographique) sont attendues pour le 3 février 2017 aux adresses suivantes : xavier.sene@ecpad.fr; sebastiendenis@free.fr; benedicte.rochet@unamur.be. Les communications pourront être présentées en français et en anglais. Elles seront sélectionnées par le comité scientifique, qui donnera sa réponse le 28 avril 2017.

Comité scientifique

Brett Bowles              Indiana University - États-Unis
Hélène Guillot           Service Historique de la Défense - France
Toby Haggith              Imperial War Museum - Grande-Bretagne
Stéphane Launey         Service Historique de la Défense - France
Alexandre Sumpf        Université de Strasbourg - France
Axel Tixhon                 Université de Namur - Belgique
Laurent Véray             Université Sorbonne-Nouvelle, Paris 3 - France

Comité d’organisation

Sébastien Denis           Université de Picardie Jules Verne - France
Bénédicte Rochet       Université de Namur - Belgique
Xavier Sené                 ECPAD -  France

[1] J-J. BECKER, 1917 en Europe. L’année impossible, Bruxelles, 1997.

[2] M. FERRO, La révolution russe de 1917, Paris, 1967.
[3] M. FERRO, Cinéma et histoire, Paris, 1977.