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3. La "place à gaz" de la forêt de Spincourt : une zone industrielle toxique

Equipe de désobuseurs posant sur une tranchée de brûlage en cours de nettoyage. Noter les obus calcinés au sol et la rangée de plus d’un millier d’obus vides à l’arrière-plan. Trélon, Nord, vers 1920, archives privées de M. Maurice Bruyant d’Anor.
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Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

« There are no proper methods to eliminate ammunition » Francis Norman Pickett (1920).

Rassemblement de munitions chimique en Forêt de Spincourt

Le rassemblement d’obus chimiques entamé dès novembre 1918 dans la région de Spincourt se poursuit en 1919. Le Général Regnier (voir illustration ci-contre), commandant l’artillerie du VIe Corps d’Armée et de la VIe Région militaire, par un courrier daté du 27 mars 1919, transmet une note au S.R.Mu (Service de Récupération des Munitions) concernant la marche à suivre pour l’organisation du désobusage dans la VIe Région.

Cette note fixe notamment les modalités de destruction des munitions1. Le Général ordonne ainsi que les munitions françaises transportables, en bon état de conservation et donc réutilisables, soient regroupées au Camp de Chalons (actuel camp de Mourmelon, dans la Marne) et à Jaulny-Déramée (forts du Rozelier et de Jaulny sur actuel terrain militaire du Rozelier, au sud-est de Verdun).

Par contre, les engins chimiques doivent être rassemblés et expédiés sur un seul site : celui de la ferme de « La Gélinerie », en bordure ouest de la forêt de Spincourt, sur la commune d’Azannes-et-Soumazannes. Une note datée du 5 mai 1920 fait état de la présence à la ferme de la Gélinerie de 28 000 obus « toxiques »2. Le dépôt de munitions principal était situé entre des voies ferrées (voies étroites de 0,6 m) à l’est de l’actuelle ferme. Ce dépôt de 200 m de long, organisé en neufs îlots aurait totalisé entre 300 000 et 400 000 munitions. Les articles de presse (« Le Bulletin Meusien »)3 et les courriers de l’Administration des Eaux-et-Forêt indiquent que des munitions chimiques constituent tout ou partie de ce dépôt.
 
Ainsi le courrier du 16 juillet 1920 du Conservateur des Eaux-et-Forêt4 à la Direction Générale des Eaux et Forêt relate, à propos d’un agent du service forestier «  Guillemin déclare que le 22 juillet , vers 9 heures et demi […] il a ressenti l’effet des gaz toxiques provenant d’obus fuyards de l’ancien dépôt allemand »5. Le 27 juillet 1920, le Capitaine Thomas, Chef du Service des Munitions sollicite l’avis du Conservateur des Eaux & Forêts concernant l’établissement d’« un dépôt provisoire d’obus toxique dans le Bois du Blanc Etoc, aux environs de la Ferme de la Gélinerie, canton de Damville »6, une demande auquel le Conservateur ne va pas s’opposer.
 
Un stock de munitions toxiques initialement positionné à la ferme de la Gélinerie a donc été transféré en 1920 dans le Bois du Blanc d’Etoc, 800 m plus à l’est, en pleine Forêt de Spincourt. Les motivations de cette réorganisation du dépôt de munitions ne sont pas connues.

 

Premières démolitions d’engins de guerre en Forêt de Spincourt

Alors que plus à l’est, autour de Spincourt et Muzeray, des destructions de munitions sont opérées à l’usine Clere & Schwander, des opérations de désobusage sont également engagées sur le dépôt de rassemblement de La Gélinerie. Les obus sont pétardés à un rythme soutenu : « Il reste encore un dépôt d’obus toxiques près de la ferme de la Gélinerie (Azannes) mais on les fait sauter à raison de deux à trois milles par jour »7.

Tout comme à Spincourt, des obus chimiques sont aussi vidés : « Occupé à l’usine de désobusage près de Grémilly, l’ouvrier Eugène Retours a été intoxiqué par les gaz en procédant au vidage d’un obus de 150 contenant du Phosgène. Le malheureux a succombé peu après à l’hôpital de Mangienne »8.

Les ateliers installés à la Gélinerie ont dû s’arrêter pour une raison inconnue entre les mois de janvier et de juillet 1925 : « Les Allemands avaient installé dans les forêts de Mangiennes et de Billy des dépôts de munitions qui comprenaient des centaines de milliers d'obus. A l'Armistice, il en restait encore des quantités. L'usine de munitions [Clere & Schwander, ndlr] établie à Spincourt en désobusa un certain nombre ; une autre usine établie à la Gélinerie dut fermer ses portes laissant à cette ferme un nombre considérable d'obus et d'explosifs. Des vols de cuivre et de cheddite y furent commis. L'autorité militaire décida alors à y établir un poste de garde composé d’un sergent et de soldats du 22e Tirailleur de Verdun. Une sentinelle aperçu un individu qui rôdait dans une baraque renfermant des perceuses »9.

Cette usine a été exploitée par la Société Alsacienne de Produits Métallurgique qui est un sous-traitant de la Société Lorraine de Produits Industrielles opérant au Bois de l’Hôpital, à l’est de Metz (département de la Moselle), pour la démolition des engins ex-allemands de l’ancien territoire annexé de la Moselle10.

 

Destructions britanniques d’obus allemands selon des méthodes russes

Les activités d’élimination d’engins de guerre reprennent vers 1926. Forget écrit en 1928 « Rappelons que, dans la série domaniale de Grémilly, près de la ferme de la Gélinerie, a été constitué, en 1920, un dépôt considérable de plus de 200 000 obus allemands à gaz toxiques, de tous calibres, dont le désamorçage et la destruction, non encore terminés, sont assurés sur place par un concessionnaire du Ministère de la Guerre »11.

La lettre du Directeur de l’Enregistrement des Domaines et du Timbre à Monsieur le Conservateur des Eaux-et-Forêts, Bar-le-Duc, du 10 avril 1930 permet d’identifier l’entreprise : « Aux termes d’un arrêté préfectoral du 29 septembre 1926, la Firme Pickett et Fils, de Londres, représentée par son mandataire, M. le Capitaine Cecil Darragh à Boulogne-sur-Mer, a été autorisée à occuper une surface de terrain de 1 hectare 86 dans la forêt domaniale de Spincourt, en vue de la destruction d’obus appartenant au Service de l’Artillerie. En outre, par une décision préfectorale du 30 décembre 1926, ladite firme a été autorisée à exploiter une surface de 3 hectare 86 de taillis »12. L’autorisation d’exploiter est donc attribuée à F.N. Pickett  & Fils  moyennant une indemnisation (1 807 francs) aux Eaux & Forêts en compensation des dégâts forestiers occasionnés. F.N. Pickett & Fils récupère donc un stock résiduel d’obus laissé en 1925 par un premier prestataire de désobusage.

F.N. Pickett & Fils est la plus importante des sociétés de désobusage en France dans l’entre-deux-guerres. A sa tête, l’industriel d’Infracombe (Grande-Bretagne) Francis Norman Pickett (voir photographie ci-dessus). Cette société avait été rendue adjudicataire en avril 1920 du premier contrat militaire de désobusage passé en gré-à-gré avec le Ministère de la Guerre pour l’élimination de 25 000 tonnes de munitions allemandes à Trélon dans le département du Nord13.

F.N. Pickett & Fils a mis en œuvre de nouvelles techniques et pour le rebutage industriel, rationnel de munitions et pour la récupération des matières valorisables formant les projectiles: “He is the discoverer of great secrets in the breaking down of hundreds of thousands of tons of ammunition, which was manufactured for the purpose of destroying humanity and civilization, and turning their metals into the avenues of manufacture for the peaceful progress of human requirements14. Ces méthodes ont été développées par l’officier ingénieur russe Michael Kostevitch (cf. Figure 3) et vraisemblablement testée dans la « C-factory » de Trélon. Malgré d’énormes difficultés techniques et une exploitation à perte, F.N. Pickett & Fils convainc le Ministère de la Guerre de l’efficacité de ses méthodes.

F.N. Pickett démontre notamment sa maîtrise de l’élimination des munitions chimiques : « Il convient de noter que vous êtes le seul – à l’exception de la société Clere et Schwander qui exploite dans la Forêt de la Hardt [à l’est de Mulhouse en Alsace, ndlr] à exécuter ce travail si dangereux avec les installations douteuses que vous avez trouvé sur place »15. Le Ministère fera appliquer ces méthodes à d’autres industriels dans l’entre-deux-guerres, dont Clere & Schwander en Meuse.

Le Ministère de la Guerre écrit à F.N.Pickett le 31 mars 1924 : « Vous me demandez mon opinion concernant la démolition des obus chimiques. Cette démolition constitue un problème pour lequel tout le monde fit erreur. C’est le cas dans tous les pays, alliés comme les autres. Le gaz moutarde craint par tout le monde, grâce à vos expériences, devint extraordinairement simple (à éliminer). Les ajustements de cette méthode ont été perfectionnés entièrement par vos bons soins. Tous les autres « gaz » ont causé des appréhensions les plus graves que vous êtes capable de réduire grâce à votre admirable organisation pour laquelle la question de l’argent ne pèse pas. Nous vous informons que votre société a été rendue officielle dans tous nos chantiers de démantèlement de munitions (Spincourt, Camp de Chalons, etc.) »16.

Fort de cette expérience F.N. Pickett & Fils contractualise avec le Gouvernement belge et exploite le chantier de Poelkapellen («B-Factory ») dans la Flandre occidentale. Enfin, il rachète 330 000 tonnes de munitions au gouvernement britannique présentes dans le nord de la France et signe des contrats pour leur élimination (contrats « des munitions » et « des cylindres »). F.N. Pickett & Fils exploite 14 usines spécialisées entre 1920 et 1925 sur le territoire français. Débutée avec Trélon (Nord) en 1920 l’activité de F.N. Pickett & Fils cesse en France après l’exploitation en forêt de Spincourt en 1928. Le site de la Gélinerie est affiché comme “site en exploitation” sur le papier à entête de la maison F.N. Pickett & Fils en décembre 1926. 

Le site de la Forêt de Spincourt est le seul chantier Pickett connu à ce jour exploité par cet industriel en dehors de la région Hauts-de-France. La présence de F.N. Pickett en Lorraine, sur le territoire de la VIe Région militaire n’est peut être pas indifférent au fait qu’il ait dans son personnel, comme inspecteur général, le général Regnier en retraite, ancien général commandant de l’artillerie de cette région militaire. C’est lui qui, en 1919, a ordonné le rassemblement des munitions chimiques de la VIe Région à La Gélinerie. Ces conflits d’intérêts lui ont valu ultérieurement des poursuites judiciaires.

F.N. Pickett & Fils a démoli les 200 000 projectiles à 1000 m à l’est de l’ancien dépôt de munitions du Bois de Blanc d’Etoc, en pleine Forêt de Spincourt. L’endroit est connu sous le nom de « Place à Gaz ». Il s’agit aujourd’hui d’une clairière de 1 000 m2 dont le sol, noirci, est dépourvu de végétation (voir photographie ci-dessous). L’état de pollution visible est à l’origine d’une médiatisation du site qui a cristallisée sur lui la question de la séquelle environnementale laissée par la Première Guerre mondiale.

 

Les premières études scientifiques de la pollution chimique du site datent de 200717. Les sols de surface et de profondeur, au droit et aux abords de la « Place à gaz » ont fait l’objet d’investigations poussées en 2014 et 2015. La nature des cortèges d’éléments et substances chimiques présents dans les sols et les morceaux de munitions collectées renseignent sur la nature des projectiles éliminés et sur les pratiques de destruction. La surface de la clairière correspond à un dépôt de déchets industriels, pelliculaire, de 15 à 50 cm d’épaisseur, reposant sur le sol naturel. Ce dépôt est exceptionnellement riche en arsenic, en dioxines et furannes, montrant par ailleurs des traces d’acide diphénylarsinique et de produits de décomposition thermique des arsines vomitives.

La découverte de fragment d’obus de 105 mm à Croix bleue ainsi que les nombreuses fioles d’arsine brûlées ne laissent aucun doute sur la nature de l’exploitation de F.N. Pickett & Fils : destruction d’obus à Croix bleue par brûlage. Michael Kostevitch avait développé des techniques de brûlage maîtrisé d’engins chimiques et notamment mis en application sur la « Place à Gaz » celles dédiés aux obus à chargement chimiques solides.

 

Le brûlage des obus chimiques à Croix bleue 

« Les aires de brûlage doivent être préparées comme suit: des tranchées de 30 cm de profondeur, 60 cm de large au fond pour 90 cm en surface, et de 14 m de long doivent être ouvertes. On place au fond de ces tranchées une couche de calcaire de 4 cm d’épaisseur avant chaque brûlage. Les obus de 77 mm, après que la fusée a été retirée et que l’œil des engins a été obstrué par un bouchon conique en bois, sont placés dès leur arrivée aux tranchées, les uns à côté des autres, aux bords des tranchées, l’ogive inclinée de 10° vers le bas. Quatre rangées d’obus de ce type sont superposées en veillant à ce que les têtes des obus soient bien alignées. Pour les projectiles de 105 et 150 mm, l’agencement est le même mais les obus sont séparés les uns des autres par une distance équivalente à deux fois le calibre afin d’éviter, en cas de détonation, les explosions sympathiques [induite par l’onde de choc d’une detonation proche, ndlr]. Il ne doit y avoir dans ce cas qu’une seule rangée d’obus. La tranchée est ensuite comblée avec du bois de chauffage qui doit dépasser d’au moins un mètre des extrémités de la rangée d’obus et la hauteur de la couche de bois est le double de celle du tas d’obus. Les résidus [d’explosif, comme le TNT, non valorisable, ndlr] provenant des installations de vidage par l’eau chaude, tout comme certaines quantités d’acide picrique énergétique, sont à asperger sur le bois en quantité telle que le feu puisse prendre. Le feu doit être allumé par un cordon de sécurité d’au moins cinq mètres. Juste avant que la tranchée ait été comblée de bois, les bouchons en bois sont retirés des ogives des obus et placés dans une caisse spéciale réservée en dehors du chantier. Le contremaître et ses assistants, avant d’allumer le cordon de sécurité Bickford doivent s’assurer que plus personne n’est présent sur l’aire de brûlage. La mise à feu de telle manière à ce que le feu brûle contre le vent. Le contremaître doit alors se retirer immédiatement. Comme règle, on retient que le brûlage ne doit pas être commencé tant que tous les travaux dans l’usine soient achevés185. Bien que les opérations de brûlage ne durent pas plus de deux heures, personne ne doit approcher l’aire de brûlage avant que le travail ait repris dans l’usine. Le lendemain matin, en arrivant sur le lieu du brûlage, les représentants du Département de l’inspection des obus vides doivent, après avoir mis des gants spéciaux, des masques, etc. s’assurer que le contenu de chaque obus a bien été détruit et que les projectiles sont vides. Au cas où un obus ne serait pas vide, ou si une fiole n’aurait pas été brisée, ce dernier est à boucher et réserver pour la prochaine opération de brûlage. Après que tous les obus vides ont été évacués, les tranchées doivent être méticuleusement nettoyées, et s’il persiste de l’explosif non brûlé, au cas où (ceci dit, ce qui reste extrêmement rare), il est récupéré et placé dans une caisse en bois avec couvercle et détruit le lendemain matin sur l’aire de brûlage. Le gas contenu dans les obus à Croix bleue de 210 mm est renfermé dans un réservoir en tôle ondulée. En conséquence, du toxique peut subsister dans ce dernier après la première combustion. Ainsi pour être certain de la complète dissipation du toxique, les obus en question doivent être soumis à un processus particulier de brûlage à répéter huit fois. Le procédé consiste, après la première combustion, à boucher de façon lâche les obus dans la tranchée. Pour ces aires de brûlage spéciales, les obus à Croix bleu de 210 mm doivent être placés de part et d’autre de bombes allemandes de 250 mm de sorte que la chaleur dégagée par le feu et les mines chauffe le contenu des obus chimiques »18.

Il faut imaginer la montée progressive en température de ces tas d’obus au début du brûlage et le nuage chargé d’arsenic qui devait s’en dégager. Un témoignage de F.N. Pickett est à ce titre particulièrement éloquent, voire amusant : « On s’est lancé un grand défi en brûlant et vidant les obus chimiques allemands, en particulier ceux contenant de l’arsenic. Le toxique allemand sternutatoire ne pouvait être éliminé que de cette sorte. Toutefois, la combustion n’était pas toujours complète. Un des tours favoris du contremaître du chantier de brûlage est de faire tomber l’intensité du feu, juste avant l’arrivée de visiteurs, afin qu’ils aient une petite expérience de ce que à quoi ressemble l’ arsenic gas. Un des gentlemen qui a inspecté notre usine de Belgique, sur injonction de la Cour, dans l’intention d’un procès, s’est tellement approché des obus en combustion qu’il s’est mis à éternuer à un tel point que sa fausse dent a sauté de sa bouche dans le brassier et à lentement disparue »19.

Des photographies d’archives prises aux alentours de 1921 sur les chantiers de F.N. Pickett & Fils à Trélon (Nord) et Poelkapelen (Flandre, Belgique) montrent l’organisation des tranchées et rangées de brûlage d’obus (voir les deux photographies ci-dessus Figure 5 et Figure 6). Kostevitch a développé des designs de dispositifs de brûlage adaptés et spécifiques à chaque type ou famille de projectiles (voir schéma ci-dessous).

Le chargement solide des obus à Croix bleue n’autorise pas le vidage par percement comme pour les obus à chargement liquide ou gazeux. Cette particularité des obus à Croix bleue, et les difficultés techniques inhérentes à leur démolition, expliquent certainement pourquoi F.N. Pickett & Fils a récupéré en Forêt de Spincourt le stock résiduel de 200 000 engins majoritairement à Croix bleue d’un dépôt initial de 400 000 coups : il s’agit des munitions que le premier prestataire n’était pas en mesure techniquement de détruire ou de la faire selon des voies qui lui auraient été profitables.  

L’entreprise a aussi éliminé par brûlage d’autres types d’engins chimiques en Forêt de Spincourt. Des résidus comblant une  fosse périphérique sont riches en brome et en composés hydrocarbonés bromés typiques d’agents lacrymogènes allemands de la Grande Guerre (« T-stoff » à base de bromure de benzyl et de xylyle) et en plomb, formant le réservoir des engins chimiques à chargement agressif.

Une fusée d’artillerie EHZ 17 marquée par une croix frappée à froid ayant équipé les obus chimiques allemands à Croix jaune (ypérite) et verte (phosgène, diphosgène) et la présence de traces de chlorobenzène, le solvant de l’ypérite, témoignent de la destruction de projectiles vésicants et/ou suffocants.  Les fusées de ces engins ont été éliminées par brûlage sur une autre zone située à 50 m plus au nord.

Le quotidien L’Est Républicain insère dans ses colonnes du 14 août 1927 une publicité concernant une vente d’un important outillage et matériel au dépôt de La Gélinerie, prévue le jeudi 18 août 192720. Cette annonce montre que F.N. Pickett & Fils a achevé son chantier meusien à cette date-là et liquide son matériel. Un courrier du Commandant du Parc d’Artillerie Régional de Metz à Monsieur le Ministre des Finances daté du 13 mars 1928 conservés au Centre des Archives de l’Economie et des Finances (CAEF), précise que les éléments issus des démolitions des munitions du dépôt de La Gélinerie reste propriétaire de l‘adjudicataire10. Les dates et modalités de cessation de l’activité de F.N. Pickett & Fils en Forêt de Spincourt restent donc incertaines. L’entreprise est encore enregistrée en France en 193013

Suite du dossier : « 4. La pollution des sols après la Grande Guerre : quelles conséquences aujourd'hui ? ».

 

Notes

1 Archives départementales de la Meuse. Cote 10 R 82. Note pour la destruction des Projectiles. Ministère de Guerre. Paris, le 27 mars 1919.
2 Cote 10 R 82. Ministère des Régions Libérées. Département de la Meuse. Direction Générale des Services Techniques de Reconstitution. Note n°2570 à Monsieur le Prefêt de la Meuse. Bar-le-Duc, le 5 mai 1920.
3 Bibliothèque Nationale de France.
4 Archives Départementales de la Meuse. Archives départementales de la Meuse. Cote 1184 W 696.
5 Bibliothèque Nationale de France.
6 Archives départementales de la Meuse. Cote 1184 W 696.
7 Bibliothèque Nationale de France. Le Bulletin Meusien, 20 octobre 1923.
8 Bibliothèque Nationale de France. Le Bulletin Meusien, 17 janvier 1925.
9 Bibliothèque Nationale de France. Le Bulletin Meusien, 18 juillet 1925.
10 Centre des Archives Economiques et Financières. Cote B 30035.
11 Forget, J. (1928): La reconstitution forestière de la zone rouge dans la Meuse. Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-Duc et du Musée de Géographie: 121-131.
12 Archives Départementales de la Meuse. Cote 1184 W 696.
13 Service Historique de la Défense. Site de Vincennes. Cote 8 N 120.
14 Mayfair n°329, vol.26. September 1921.
15 National Archive, Kew gardens, Londres. Cote TS 36/227. 28 C.
16 Idem.
17 Bausinger, T., Bonnaire, E., Preuss J. Exposure assessment of a burning ground for chemical ammunition on the Great War battlefields of Verdun. Science of The Total Environment, Volume 382, Issues 2–3, 1 Septembre 2007, Pages 259-271.
18 Kostevitch, M. (1926): Burning out filled projectiles. The Coast Artillery Journal 65: 463-473.
19 Anonym: Man who „cleaned-up «France: how shells and poison gas were rendered harmless. The Daily Graphic vom 26.07.1923.
20 Bibliothèque Nationale de France. L'Est Républicain, 14 Août 1927.