Espace pédagogique > Ressources Pedagogiques > Premier Degre > Enseigner l'offensive du Chemin des Dames

Enseigner l'offensive du Chemin des Dames

Craonnelle, le chemin des Dames, carte postale.
© Caverne du dragon
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Repères pour l'enseignant

16 avril 1917. L’aube se lève sur le plateau du Chemin des Dames qui surplombe le village de Craonne (Aisne), tenu par les Allemands depuis 1914. L’offensive qui débute, a-t-on assuré aux soldats français et britanniques massés en contrebas, réalisera la « percée décisive » tant espérée. L’artillerie lourde anéantira les abris ennemis. Les chars français Schneider protégeront l’infanterie. Les soldats ont déjà entendu ce type de prévisions optimistes et connu autant de déceptions. Mais le général en chef Joffre a été remplacé en décembre 1916 par le général Nivelle. L’espoir renaît chez certains hommes, qui veulent croire à une tactique nouvelle fondée sur l’artillerie.

Au signal, les soldats s’élancent sur un terrain boueux, à forte déclivité. L’ascension est lente et exténuante. Les chars s’embourbent et s’immobilisent rapidement. Les nids de mitrailleuses allemands, profondément enterrés sous la colline, sont presque intacts. Le soir venu, le désastre est patent : 40 000 pertes sont à déplorer dans le camp franco-britannique. L’avancée maximale est de quatre kilomètres.

L’offensive se poursuit pourtant jusqu’au 9 mai 1917. Les pertes totales avoisinent les 200 000 hommes dans chaque camp, sans réel gain territorial. Le moral est au plus bas. Philippe Pétain devient général en chef le 15 mai. Cette décision apparaît comme l’aveu public du désastre. Elle contribue à accentuer la colère des soldats. Les cas de refus d’obéissance s’accumulent. Sans quitter leur poste, les hommes refusent de participer à de nouvelles attaques sans garantie d’une tactique moins coûteuse en vies humaines. Ces mutineries peuvent être vues comme des révoltes, ou des « grèves », considérées par les soldats citoyens comme des modes légitimes de revendication. Ce mouvement prend de l’ampleur jusqu’en juillet 1917, impliquant au total 80 000 hommes. Une cinquantaine d’entre eux sont condamnés par les tribunaux militaires et exécutés, mais les mutineries contraignent bel et bien l’état-major à redéfinir ses tactiques dans le sens souhaité par les combattants.

Présentation du document

Carte postale du village de Vaudesson, Chemin des Dames, Aisne.

Le secteur du Chemin des Dames demeure l’un des symboles des destructions engendrées par la guerre industrielle. Occupée par l’armée allemande de septembre 1914 à mai 1917, puis à nouveau de mai à octobre 1918, cette partie du front ouest fut le siège de violents bombardements qui entraînèrent la destruction totale de nombreux villages, tel Vaudesson, ravagé lors de la bataille de la Malmaison (octobre 1918). La Chanson de Craonne – dont le texte fut initialement élaboré en 1915, sous le titre Chanson de Lorette, par des poilus anonymes ayant pris pour base une célèbre chanson populaire (Bonsoir m’amour, 1911) – évoque explicitement la lassitude et la résignation des soldats devant la répétition des offensives meurtrières et le plus souvent inefficaces.

Documents complémentaires

La chanson de Craonne

Carte postale de Craonelle, Chemin des Dames, Aisne

Texte de référence

Ministère de l’Éducation nationale, Programmes d’enseignement de l’école primaire, cycle des approfondissements – programme du CE2, du CM1 et du CM2, Bulletin officiel, bulletin hors-série n° 3 du 19 juin 2008.

Programmes 2008 – Objectifs visés

  • Histoire : analyser, interpréter et comprendre des documents : la carte postale « Chemin des Dames – Le village de Vaudesson » et La Chanson de Craonne.
  • Géographie : se repérer sur une carte.
  • Français : lire et comprendre un texte documentaire en croisant les connaissances acquises et en exerçant son esprit critique. Écrire selon plusieurs points de vue.
  • Pratiques artistiques : observer les détails fournis par une image pour en comprendre le sens profond.

Notions principales

  • Le Chemin des Dames, un grand champ de bataille.
  • Une mutinerie historique.
  • L’antimilitarisme.

Vocabulaire

  • Une mutinerie, un mutin, les belligérants
  • Antimilitariste
  • Le Chemin des Dames, La Chanson de Craonne

Mise en œuvre pédagogique

Mettre en scène la découverte de la carte postale et de la chanson

  • Afficher ou projeter la carte postale intitulée « Chemin des Dames – Le village de Vaudesson ».
  • Observer en silence cette photo pendant quelques secondes.
  • Parallèlement, lire ou diffuser (enregistrement accessible sur Internet) La Chanson de Craonne.
  • Accueillir les réactions et les commentaires des élèves.
  • Encourager les échanges entre pairs.

Analyser et interpréter les deux documents avec ses connaissances et ses représentations

Découvrir les documents

  • Organiser les élèves en petits groupes avec pour consigne de lire le texte suivant :
Le plateau du Chemin des Dames s’étend entre la vallée de l’Aisne, située au sud, et celle de l’Ailette, située au nord. C’est l’un des grands champs de bataille de la Grande Guerre. En novembre 1914, les Allemands restent maîtres des plateaux, qui connaissent de nombreux bombardements jusqu’en avril 1917, provoquant la mort de dizaines de milliers de soldats dans les deux camps sans qu’aucun des belligérants (= des combattants) ne parvienne à percer le front adverse.
  • Situer sur une carte : la vallée de l’Aisne, celle de l’Ailette, les villages de Vaudesson et de Craonne.
  • Procéder à l’analyse de la carte postale.
  • Découvrir et comprendre les paroles écrites de La Chanson de Craonne en réalisant la Fiche élève 1.

Comprendre les documents et leur fonction

  • Que présente la carte postale ?
    Cette carte postale présente la photographie du village de Vaudesson après un ou plusieurs bombardements.
  • À quoi sert un tel document ?
    Cette photographie témoigne d’un événement relatif à la Grande Guerre.

Texte d’apport

Situé sur la ligne de front, Vaudesson est un lieu d’affrontements entre les troupes alliées et les Allemands. En 1918, à la fin des combats, ce village ayant été la scène de nombreux affrontements n’est plus que ruines, comme en témoigne la photographie de la carte postale.
  • Décrivez cette photographie.
    Vaudesson est situé en contrebas du plateau du Chemin des Dames, comme on a pu le visualiser sur la carte. Plus une maison, plus un édifice ne tient debout. Le village est totalement détruit. Les maisons ne sont plus que des tas de pierres. On ne voit plus âme qui vive. La route ne mène plus nulle part.
  • Quel document atteste du mécontentement des poilus ?
    Il s’agit de « La Chanson de Craonne ».

Procéder à la correction de la Fiche élève 1.

  • Pourquoi les soldats se sont-ils révoltés ?
    Les affrontements qui ont eu lieu de 1914 à 1917 ont été nombreux et très meurtriers, sans que la situation évolue de façon significative sur le terrain. Vivant dans des conditions difficiles tant sur le plan physique que psychologique, les poilus ont décidé de ne plus obéir aux ordres donnés.

Texte d’apport

Sans doute écrite dès 1915 par un ou plusieurs soldats anonymes au fond de leur tranchée, La Chanson de Craonne dénonce les stratégies militaires et politiques du moment : les soldats français montent à l’assaut du plateau du Chemin des Dames sans parvenir à percer le front allemand. La plupart d’entre eux y meurent ou sont grièvement blessés. L’arrivée du général Nivelle fin 1916 leur redonne espoir. Ils partent aux combats d’autant plus confiants de réussir à percer le front ennemi que les chars Schneider doivent les protéger lors de l’assaut. Malheureusement, au soir du 16 avril 1917, on dénombre 40 000 morts côté alliés et une faible avancée sur le terrain, ce qui déclenche la colère des soldats.

Condamné par les autorités militaires qui auraient bien voulu en connaître l(es)’auteur(s) afin de le(s) sanctionner, ce chant antimilitariste s’est propagé dans les tranchées et a contribué aux mutineries de 80 000 soldats. Une cinquantaine de mutins ont été condamnés à mort et exécutés.

Cette mutinerie a amené l’état-major à changer de tactique.

Prolongements

Écouter puis lire les paroles des deux chansons antimilitaristes suivantes. Les comparer à celles composées sur le Chemin des Dames :

  • Quand un soldat, de Francis Lemarque (1953) ;
  • Le Déserteur, de Boris Vian (1954).

> Télécharger les deux fiches d'activités.