Espace pédagogique > Ressources Pedagogiques > Premier Degre > La première bataille de la Marne

La première bataille de la Marne

Sermaize-les-Bains. La rue Lombard après la Bataille de la Marne. Carte postale ancienne. A Gauthier, édit. Saint-Dizier.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Repères pour l’enseignant

La première bataille de la Marne

En août 1914, une fois achevée la concentration des troupes, les armées allemandes et françaises appliquent leurs plans de guerre. Tous les deux sont offensifs et fondés sur la croyance en une guerre de courte durée. Le « plan XVII » des Français prévoit des attaques entre les Vosges et les Ardennes. Le « plan Schlieffen » des Allemands s’appuie sur une ambitieuse manœuvre d’encerclement des troupes françaises, en passant par la Belgique.

Les premières confrontations sont des échecs : l’armée française perd 300 000 hommes durant le mois d’août et s’engage alors dans un éprouvant mouvement de retraite. Mais la réussite initiale du plan allemand n’est qu’apparente. Certes, les troupes allemandes s’approchent très près de Paris, mais leur manœuvre d’encerclement prête leur flanc droit à une contre-offensive française qui va constituer, à partir du 6 septembre, l’élément principal de la bataille de la Marne.

On parle souvent, pour qualifier cette bataille, de « miracle » de la Marne. Comment expliquer l’adoption et la pérennité de cette expression de Maurice Barrès ? Ce n’est sans doute pas par la croyance en une intervention divine en faveur de la France, même si les milieux catholiques ont tout fait pour exploiter cette idée. Cette victoire a des explications très rationnelles : la capacité du commandement (dont Joffre, le général en chef) à profiter de la faiblesse de la position allemande, et celle des troupes, pourtant exténuées par les premiers combats et une retraite difficile, à reprendre l’offensive. Au final, l’expression traduit surtout pour les Français l’angoisse de la défaite, que ce premier succès a permis de conjurer.

La poursuite engagée à la suite par les Français et les Britanniques se brise sur la fortification des positions allemandes sur l’Aisne. On creuse les premières tranchées. Et, après l’échec de ce qu’on l’a appelé « la course à la mer », le front se stabilise de la mer du Nord à la frontière suisse. Le conflit change de nature : on entre dans la longue guerre de positions.

Présentation des documents

Missel du miracle de la Marne (édité par P. Mellottee, Limoges, 448 pages. Relié en cuir brun. Doré sur la tranche. Couverture illustrée de filets et rinceaux. Préface de l’abbé Coubé).

Avant 1914, la hiérarchie catholique s’était souvent opposée avec force à la République, notamment autour du vote de la Loi de séparation des Églises et de l’État (1905). Lorsque le conflit éclate, une partie du clergé veut y voir l’opportunité d’une « re-christianisation » de la France. Les combattants sont identifiés au Christ pour leur sacrifice, Jeanne d’Arc intervient sur le champ de bataille pour chasser les Allemands, la victoire de la Marne serait un « miracle », preuve de la réconciliation de la France avec Dieu… Mais la portée de ces représentations ne doit pas être sous-estimée. Car la question de leur appropriation, tant par les civils que par les combattants, et en dehors des milieux catholiques dont elles émanaient, reste posée.

Passage de Sous Verdun de Maurice Genevoix, extrait de Ceux de 14, Paris, Flammarion, 1950, p. 41-44.

Mobilisé comme sous-lieutenant au 106e R.I., Maurice Genevoix part avec son unité dans les premiers jours d’août 1914. Il participe à la bataille des frontières et, après avoir connu la retraite, mène avec ses hommes un combat défensif pendant la bataille de la Marne à Vaux-Marie, près de Verdun.

Galtier-Boissière Jean, La Fleur au fusil, Paris, Baudinière, 1928.

Jean-Galtier-Boissière est un journaliste et écrivain né en 1871 et mort en 1966. Mobilisé au 31e R.I., il participe à la bataille de la Marne. Son récit, construit à partir d’un carnet de route bien tenu, est l’un des meilleurs concernant le début de la guerre. Les extraits choisis révèlent la dureté des combats et l’angoisse de la défaite qui marquait les soldats et l’ensemble de la société française au début du mois de septembre 1914.

Texte de référence

Ministère de l’Éducation nationale, Programmes d’enseignement de l’école primaire, cycle des approfondissements – programme du CE2, du CM1 et du CM2, Bulletin officiel, bulletin hors-série n° 3 du 19 juin 2008.

Programmes 2008 – Objectifs visés

  • Histoire : Analyser, interpréter et comprendre un document.
  • Français : Lire et comprendre un texte en activant les connaissances acquises et en exerçant son esprit critique.
  • Pratiques artistiques : Observer les détails fournis par une image pour en comprendre le sens profond. S’approprier des codes de représentation.

Notions principales

  • Les premières batailles entre la France et l’Allemagne ont lieu en août et septembre 1914 dans le Nord de la France.
  • L’armée allemande viole la neutralité de la Belgique pour prendre l’avantage sur son homologue française mais elle est arrêtée sur les bords de la Marne. On parle de « miracle de la Marne ».
  • Des taxis transportent des milliers de soldats français entre Paris et la zone des combats, située sur les bords de la Marne.
  • En creusant les premières tranchées, on entre dans la guerre de positions.
  • La bataille de la Marne, extrêmement meurtrière, a vu la victoire des Français alliés aux Britanniques, contre l’armée allemande.

Vocabulaire

  • Belgique
  • Course à la mer
  • Joffre
  • Miracle de la Marne
  • Marne
  • Offensive/contre-offensive
  • Plan Schlieffen
  • Taxis
  • Tranchées

Mise en œuvre pédagogique

Mettre en scène la découverte des objets

Pour mener cette activité, vous aurez besoin des trois documents cités dans la partie Présentation des documents ainsi que du document pédagogique annexe qui présente le contexte historique de l’événement.

Énoncer aux élèves :

« Nous allons travailler sur quatre documents. Trois d’entre eux constituent des témoignages. Le dernier présente les événements. Vous allez travailler en groupes, chaque groupe aura un des quatre documents. Vous devez attentivement lire les textes ou observer la photographie de l’objet pour répondre aux questions qui l’accompagnent. Un rapporteur dans chaque groupe présentera le résultat de votre travail. Vous pouvez utiliser un dictionnaire ou Internet pour trouver des informations supplémentaires. Ensuite, nous ferons une mise en commun de vos recherches. »

Partager la classe en groupes et distribuer les documents photocopiés.

Prévoir des agrandissements de ces documents pour le retour en grand groupe. Ils serviront à repérer les informations en les codant de façon à pouvoir ensuite les mettre en relation et construire une interprétation croisée de leurs compréhensions.

Questions sur le texte « La bataille de la Marne »

  • En quoi consiste le plan Schlieffen élaboré par le commandement allemand ?
  • Voyant les troupes allemandes arriver près de Paris, que fait le Gouvernement français ?
  • Que décide le général Joffre ? Expliquez son plan.
  • Quelles sont les conséquences de ce plan ?

Questions sur la photographie présentant le Missel du miracle de la Marne

  • Qu’est-ce qu’un missel ?
  • Où et quand se sert-on de ce type d’ouvrage ?
  • Décrivez précisément ce que vous voyez sur la page de gauche ?
  • Quelle est, pour vous, la signification de cette image ?
  • Quel est le titre de ce livre ?
  • En vous servant des informations données par l’image, essayez d’expliquer ce titre ?

Questions sur le texte de Jean Galtier-Boissière

Pour vous aider à répondre aux questions, entourez dans le texte les informations importantes.

  • Qui est l’auteur de ce texte ?
  • De quelle bataille parle-t-il dans cet extrait ?
  • Qu’apprend l’auteur lors de son passage à Waly ?
  • Dans quel état d’esprit sont les soldats lorsqu’ils découvrent les dernières nouvelles sur l’affiche le 5 septembre 1914 ?
  • Qu’apprend-on dans le dernier paragraphe ? (Quelles explications sont données ?)

Questions sur le texte de Maurice Genevoix

  • Que nous raconte ce texte ?
  • Quels sont les soldats qui semblent gagner cet affrontement ?
  • Recherchez dans le texte des mots et expressions qui montrent la dureté des combats (soulignez-les).
  • Quels sont les soldats qui sont obligés de battre en retraite ? Pourquoi ?
  • Quelles impressions vous inspirent ce texte ?

Organiser l’analyse et l’interprétation des documents

Mener un questionnement sur la collecte d’informations réalisée à partir des quatre documents pour les croiser et aider à la compréhension de la situation historique. Présenter chaque document et noter au tableau les informations essentielles qu’il apporte.

L’enseignant devra apporter les informations supplémentaires sur :

  • les plans des armées française et allemande pour expliquer la stratégie française ;
  • la position de l’armée française en déroute (cf. « Repère pour l’enseignant ») ;
  • la dureté des combats (comme le montre le texte de M. Genevoix) ;
  • l’état d’esprit des troupes (texte de Jean Galtier-Boissière) ;
  • la « nécessité » de se rattacher à un élément surnaturel pour espérer une victoire.

Il s’agit de faire comprendre que le Missel du miracle de la Marne tend à donner une coloration « surnaturelle » à la victoire (voir la présentation du document). Pourtant ce sont deux autres éléments qui ont permis la victoire. D’abord, la capacité du commandement français (notamment le général en chef Joffre) à réagir pour exploiter la faiblesse de la position occupée par les troupes allemandes. Ensuite le courage des soldats qui ont été capables, en pleine retraite, de reprendre les combats, malgré leur âpreté.

La bataille de la Marne

Les mois d’août et de septembre 1914 voient les premiers combats opposant l’Allemagne à la France. Les Allemands tentent d’appliquer le plan Schlieffen, qui doit leur permettre de battre leur ennemi en seulement quelques mois. L’idée est de venir encercler l’armée française dans un mouvement large allant d’est en ouest dans le Nord de la France, avant de conquérir Paris. Pour cela, dès le début du mois d’août, ils attaquent la Belgique, pensant la traverser rapidement et surprendre la France. Mais la résistance de l’armée belge parvient à les retarder. Les troupes françaises ont ensuite du mal à les contenir et ils parviennent en peu de temps non loin de Paris, sur les bords de la Marne. La défaite est toute proche, le Gouvernement est replié à Bordeaux… Pourtant, avec l’aide de son allié Britannique, l’armée française va parvenir à repousser l’ennemi.

Au début de septembre, le général Joffre décide de lancer une contre-offensive. Pour cela, il fait parvenir très rapidement plus de cent mille soldats en renfort sur les bords de la Marne. Certains arrivent en train, d’autres en camion. Six mille d’entre eux viennent même de Paris en taxi !

Alors que les Allemands pensent avoir obtenu une victoire décisive, les armées française et britannique reprennent le combat. Rapidement, elles parviennent à ouvrir une brèche dans les rangs de l’ennemi qui a dû laisser plus de cent mille hommes en Belgique, et le font reculer. Paris est sauvé. Les Français poursuivent les Allemands dans l’espoir de les renvoyer chez eux, au-delà du Rhin, et de mettre fin à une guerre victorieuse pour eux, mais la fatigue créée par les combats est trop grande, d’autant plus que les Allemands ont été prévoyants : avant même les combats, ils ont construit derrière leur armée des abris très solides dans lesquels ils peuvent désormais attendre l’ennemi. Les Français sont incapables de les en déloger et chaque camp construit des tranchées. La guerre devient alors une guerre de positions qui durera de longues années. C’est pourquoi un officier français, le général Chambe, dit après la bataille de la Marne : « Ce fut une bataille gagnée mais une victoire perdue. »

Lexique

  • Belgique : pays situé entre la France et une partie de l’Allemagne. En 1914, la Belgique était neutre. L’armée allemande n’avait donc pas le droit de la traverser.
  • Joffre : général commandant en chef de l’armée française durant la Première Guerre mondiale. Il sera nommé Maréchal de France en 1916.
  • Contre-offensive : contre-attaque.
  • Tranchée : fossé creusé par les armées combattantes afin de se protéger des tirs ennemis.
  • Guerre de positions : dans une guerre de positions, les armées ennemies se font face tout en essayant de rester protégées. Elles lancent des attaques à partir de leur camp. Contraire : guerre de mouvement.
  • Texte et lexique : Jean-Louis Jouanneaud

Prolongements

Connaître un événement symbolique lié à la bataille de la Marne : les taxis de la Marne.

Si les taxis de la Marne n’ont finalement transporté « que » six mille soldats et, donc, pris qu’une petite part à la victoire, ils n’en demeurent pas moins symboliques de l’esprit de résistance du général Joffre et de l’armée française… et d’un talent certain pour l’improvisation ! Cet épisode médiatisé témoigne d’une mise en scène de la mobilisation et de la construction du « mythe » de la Grande Guerre. La vidéo suivante mène vers un document d’époque colorisé, qui montre le départ des taxis vers le front.

> Voir la vidéo

Pour plus de renseignements, on pourra s’orienter vers un livre accompagné d’un DVD. Par exemple : La Première Guerre mondiale, de Jean-Pierre Verney, aux éditions Fleurus, qui consacre un chapitre à l’événement.

> Télécharger les fiches d'activités sur la première bataille de la Marne