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La guerre des tranchées

Une tranchée de première ligne. Carte photographique.
© Bibliothèque de documentation internationale contemporaine
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Repères pour l’enseignant

En novembre 1914, la bataille d’Ypres marque, à l’ouest, la fin de la guerre de mouvement. La guerre de position qui débute alors durera quarante mois, sur une ligne de front continue de la Belgique à la frontière suisse. La guerre défensive ayant été anticipée par leur état-major, les troupes allemandes, obligées de combattre sur deux fronts, reçoivent dès le début du mois de décembre 1914, l’ordre de construire des infrastructures défensives. Elles sont suivies par leurs adversaires : les différents espaces composant le « système des tranchées » apparaissent.

La tranchée de première ligne, au tracé sinueux, parsemée d’abris plus ou moins solides, est surmontée d’un parapet, horizon visuel et symbolique des soldats : élément de protection, ce parapet représente surtout une frontière au-delà de laquelle se trouvent le no man’s land et le risque de mort en cas d’assaut. Dans l’attente angoissée de cet ordre, les combattants sont exposés aux bombardements, avec une intensité variable, car le rythme du front n’est pas homogène. En fonction des évolutions stratégiques, certains secteurs s’avèrent relativement calmes tandis que d’autres sont exposés au « feu roulant » ennemi. La vie quotidienne des soldats est également rendue difficile par les aléas climatiques (le froid, et surtout la pluie et son corollaire honni, la boue).

La tranchée de première ligne est reliée par des « boyaux » aux tranchées de deuxième et troisième lignes. Puis vient le « front-arrière », où se trouvent les cuisines roulantes et les postes de secours. À plusieurs kilomètres se situe l’« arrière-front », où sont installés les cantonnements de repos et les réserves logistiques. Ce système des tranchées est structuré par le rythme de la « relève » : depuis l’arrière-front, les unités gagnent la tranchée de troisième ligne, qu’elles occupent quelques jours avant de relever leurs homologues de deuxième, puis de première ligne. Après trois à cinq jours, en moyenne, les combattants survivants regagnent les cantonnements, avant de répéter ce cycle une nouvelle fois.

Présentation du document

Le Feu, d'Henri Barbusse

Page 256

« C'est alors que le tonnerre est entré : nous avons été lancés violemment les uns sur les autres par le secouement effroyable du sol et des murs. Ce fut comme si la terre qui nous surplombait s'était effondrée et jetée sur nous. Un pan de l'armature de poutres s'écroula, élargissant le trou qui crevait le souterrain. Un autre choc : un autre pan, pulvérisé, s'anéantit en rugissant. Le cadavre du gros sergent infirmier roula comme un tronc d'arbre contre le mur. Toute la charpente en longueur du caveau, ces épaisses vertèbres noires, craquèrent à nous casser les oreilles, et tous les prisonniers de ce cachot firent entendre en même temps une exclamation d'horreur.

D'autres explosions résonnent coup sur coup et nous poussent dans tous les sens. Le bombardement déchiquette et dévore l'asile de secours, le transperce et le rapetisse. Tandis que cette tombée sifflante d'obus martèle et écrase à coups de foudre l'extrémité béante du poste, la lumière du jour y fait irruption par les déchirures. On voit apparaître plus précises et plus surnaturelles - les figures enflammées ou empreintes d'une pâleur mortelle, les yeux qui s'éteignent dans l'agonie ou s'allument dans la fièvre, les corps empaquetés de blanc, rapiécés, les monstrueux bandages. Tout cela, qui se cachait, remonte au jour. Hagards, clignotants, tordus, en face de cette inondation de mitraille et de charbon qu'accompagnent des ouragans de clarté, les blessés se lèvent, s'éparpillent, cherchent à fuir. Toute cette population effarée roule par paquets compacts, à travers la galerie basse, comme dans la cale tanguante d'un grand bateau qui se brise. »

Documents complémentaires

Photographie d'une canne de tranchée

Photographie d'un obusier

Texte de référence

Ministère de l’Éducation nationale, Programmes d’enseignement de l’école primaire, cycle des approfondissements – programme du CE2, du CM1 et du CM2, Bulletin officiel [En ligne], bulletin hors-série n° 3 du 19 juin 2008.

Programmes 2008 – Objectifs visés

  • Histoire : analyser, interpréter et comprendre des documents : un extrait du roman Le Feu d’Henri Barbusse, la photographie d’une tranchée, d’un obusier et d’une canne de tranchée.
  • Français : lire et comprendre un texte documentaire en activant le lexique étudié, en croisant les informations et en exerçant son esprit critique : Le Feu d’Henri Barbusse, extrait page 256. Produire un texte descriptif.
  • Pratiques artistiques : observer les détails fournis par une photographie pour en comprendre le sens profond.

Notions principales

  • La guerre de position
  • Les tranchées
  • La vie des poilus
  • Les combats sur la ligne de front

Vocabulaire

  • Les tranchées, les poilus, un témoignage, un obus, le cantonnement, le secouement, l’horreur, une explosion, le bombardement, un obus, les déchirures, la mitraille, le caveau, l’agonie.
  • Inhumaine, effroyable, pulvérisé, sifflante, enflammé, monstrueux, effaré, mortel, hagard.
  • La guerre de position, casser les oreilles, le no man’s land.
  • Résonner, déchiqueter, transpercer, marteler.
  • Violemment.

Mise en œuvre pédagogique

Préparer la lecture de l’extrait du Feu d’Henri Barbusse

Découvrir le lexique relatif au texte d’Henri Barbusse afin d’en faciliter ultérieurement la compréhension. Cette découverte se fera en grand groupe ou en groupe de besoin pour les petits lecteurs.

Lire attentivement l’ensemble des mots de la liste suivante. En préciser le sens.

Les noms : le feu, le tonnerre, le secouement, le trou, un choc, l’horreur, une explosion, le bombardement, un obus, la foudre, les déchirures, la mitraille, des ouragans, le cadavre, le caveau, l’agonie, la fièvre, les bandages, les blessés.
Les adjectifs : effroyable, pulvérisé, sifflante, enflammé, monstrueux, effaré, mortel, hagard, tordu.
Les verbes : lancer, effondrer, jeter, s’écrouler, crever, craquer, résonner, déchiqueter, dévorer, transpercer, marteler, écraser, fuir, lancer, effondrer, jeter, crever.
Les adverbes : violemment.
L’expression : casser les oreilles.

Classer ces mots selon les deux critères suivants :

  • Ceux qui renvoient à des « bruits » : le tonnerre, un choc, une explosion, un bombardement, la foudre, la mitraille, sifflante, craquer, résonner, marteler, casser les oreilles ;
  • Ceux qui renvoient à des « destructions » : le secouement, les déchirures, pulvérisé, effondrer, s’écrouler, crever, déchiqueter, transpercer, écraser, effondrer.

Relire les mots écrits en caractères gras. Que décrivent-ils ? Ces mots décrivent l’état physique (les blessés, les morts) et émotionnel (effaré, hagard) des êtres humains après un bombardement.

Henri Barbusse emploie ce vocabulaire dans un extrait de son livre Le Feu. Que nous décrit-il ? Ce texte décrit un effroyable bombardement et ses conséquences sur les hommes et leur environnement.

Mettre en scène la découverte de l’extrait du Feu et de la photographie de la tranchée.

Afficher ou projeter la photographie de la tranchée et lire aux élèves l’extrait du roman Le Feu d’Henri Barbusse.

Analyser et interpréter le texte et la photographie avec ses connaissances et ses représentations

Découvrir les documents

Distribuer l’extrait du texte Le Feu aux élèves organisés en groupes de quatre, ainsi que les quelques éléments d’information sur l’auteur et la photographie de la tranchée.

Engagé volontaire en 1914, Henri Barbusse a passé près de deux années dans les tranchées (= des souterrains). Durant l’année 1915, il rédige un carnet de guerre relatant ses expériences du front et les expressions des poilus (= nom donné aux combattants).

Hospitalisé, il doit ensuite se reposer et en profite pour écrire « Le Feu, Journal d’une escouade » à partir des notes de son carnet de guerre. Ce roman, considéré comme un chef-d’œuvre littéraire mondial sur La Grande Guerre, lui permet d’obtenir le prix Goncourt en 1916.

Analyser les trois documents (la photographie, le texte du Feu et les informations sur Henri Barbusse).

  • Souligner les mots et expressions inconnus dans le texte.
  • Encourager la réflexion et les échanges à l’intérieur des groupes et intergroupes afin qu’émergent les représentations et un début de compréhension.
  • Procéder à un échange collectif.

Comprendre les documents et leur fonction

  • En quoi le texte Le Feu et la photographie de la tranchée sont-ils complémentaires ?

Correction : ces documents sont des témoignages de la grande guerre.

  • Le texte de Henri Barbusse décrit l’horreur d’un bombardement d’obus qui s’est produit dans la tranchée où il se trouve, et les conséquences sur les poilus.
  • La photo présente une tranchée renforcée par des rondins de bois (« un pan de l’armature de poutre », « toute la charpente », écrit l’auteur dans Le Feu) certainement semblable à celle où se cachent Henri Barbusse et ses camarades. Au premier plan, elle semble avoir subi quelques dommages. L’air fatigué et anxieux, deux soldats français fixent l’objectif. Ils portent une barbe et une moustache épaisses, ce qui explique probablement leur surnom de poilus. Au fond de la tranchée, on aperçoit un autre soldat casqué, armé d’un fusil qu’il tient en joue.

Texte d’apport pour l’enseignant

En novembre 1914, la guerre de mouvement prend fin et la guerre de position débute, qui durera 40 mois. Les troupes allemandes et franco-britanniques s’enterrent face à face dans des tranchées. L’espace situé entre les deux lignes de front ennemies est appelé le no man’s land. La ligne de front s’étend de la Belgique à la frontière suisse – la situer sur une carte.

Les tranchées sont de longs fossés organisés en réseaux dans lesquels vivent et combattent les soldats. Le plus souvent construites sur trois ou quatre lignes, ces tranchées sont reliées entre elles par des « boyaux », sortes de tunnels qui permettent de passer de l’une à l’autre. Les tranchées ont un tracé sinueux afin d’empêcher l’adversaire de tirer sur toute la ligne s’il parvenait à s’emparer d’une partie de la tranchée. La première ligne de tranchée est renforcée par un réseau de fils de fer barbelés et surmontée de sacs de terre et de planches de bois pour freiner l’avancée de l’ennemi. Les tranchées à l’air libre sont dotées de quelques abris le plus souvent précaires.

À l’arrière des tranchées se trouvent le poste de commandement, le service de ravitaillement, le service infirmier et les hôpitaux de campagne, ainsi que le cantonnement où viennent se reposer à tour de rôle les soldats qui sont en première ligne.
Les combattants de la Première Guerre mondiale sont familièrement appelés des poilus. On trouve deux origines à ce nom :

  • en langage très familier de l’époque, un « poilu » désigne un homme courageux, viril ;
  • la légende populaire affirme que les hommes n’ont pas les moyens de se raser dans les tranchées et reviennent à leur cantonnement tout barbus et moustachus, ce qui expliquerait leur surnom.

Les obus sont des projectiles creux qui explosent après leur chute, provoquant des dommages importants. Ils sont envoyés par des obusiers. Montrer la photo de l’obusier.

> Télécharger la photographie de l'obusier

  • Quels mots Henri Barbusse utilise-t-il pour parler des tranchées ?

Henri Barbusse ne prononce pas le mot « tranchée » mais parle de « souterrain », de « caveau » et de « cachot ». Mener un questionnement sur l’utilisation de ces mots en lien avec le type d’abri, le risque de mort et l’obligation de se battre sous peine d’être fusillé. Confrontés à la mort et au danger permanent, exposés aux bombardements, les poilus vivent dans la peur et l’angoisse et trouvent difficilement le sommeil.

  • Quelle pouvait être la vie des poilus dans les tranchées ?

Les poilus vivent dans des conditions difficiles. Ils subissent le froid, la pluie et la chaleur et sont également exposés aux bêtes. Ils ne peuvent pas facilement se laver et dorment mal car ils risquent à tout moment d’être attaqués par l’ennemi.

Texte d’apport

« Les poilus survivent dans des conditions inhumaines tant au plan physique que moral. Ils souffrent du froid, de l’humidité, de la boue épaisse très présente dans les tranchées qui entrave leurs déplacements, des rats et de la vermine (poux, puces, gales…). Ils développent de nombreuses maladies (notamment pulmonaires).

Les soldats du front sont régulièrement relevés et se retirent à l’arrière, dans le cantonnement, pour se reposer et s’entraîner au combat. »

Proposition de résumé du texte d’apport

Après l’échec de la guerre de mouvement, encore appelée « la course à la mer », un nouveau type de guerre apparaît à la fin de 1914 : la guerre de position. Les soldats des deux camps creusent des tranchées et s’y enterrent ; ces fossés deviennent leur lieu de vie et de combat. La ligne de front s’étend alors de la Belgique à la frontière suisse.

Les soldats, qui sont appelés les poilus, vivent dans des conditions inhumaines. Ils subissent les assauts d’hivers rigoureux et des bombardements massifs à répétition. Ils se livrent à des combats d’une grande violence au cours desquels les pertes sont nombreuses et les blessures profondes.

Les armées s’enlisent plusieurs mois durant dans des attaques meurtrières sans parvenir à percer les lignes ennemies.

Prolongements

  • Découvrir la canne de tranchée : accessoire d’élégance des bourgeois et des aristocrates français au début du XXe siècle, la canne est aussi utilisée par les paysans lors de leurs déplacements à pied. Au cours de la Grande Guerre, les officiers comme les simples soldats utilisent des cannes, sculptées ou non, pour progresser plus aisément sur le terrain ou à l’intérieur des tranchées.

> Télécharger la photographie de la canne de tranchée
 

  • Sur lesite.tv, visionner La Guerre des tranchées (Producteur : Anthony, Educathèmes, Réalisateur : TLT, 2009). Proposition de résumé du film La Guerre des tranchées : les premières tranchées sont des trous isolés dans la terre. Elles sont construites généralement sur quatre lignes et sont disposées en zigzag afin de contenir l’explosion des obus ennemis et d’empêcher que l’adversaire, s’il s’emparait d’une partie de la tranchée, ne puisse tirer sur toute la ligne. Cet extrait, fait d’images d’archives et de reconstitutions, montre comment vivent les poilus sur le front et de quelle manière la vie s’organise à l’arrière.
     
  • Lire le roman La Trêve de Noël, de Michaël Morpugo, illustré par Michaël Foreman, Gallimard Jeunesse, 2005. Roman sur la fraternisation dédié par l’auteur « À tous ceux qui, d’un côté comme de l’autre, participèrent à la trêve de Noël 1914 ».
     
  • Lire l’album documentaire Horreur dans les tranchées. 1914-1918, de Terry Deary, illustré par Martin Brown, Milan, coll. « Quelle histoire ! », juin 2003 (à partir de 8 ans). Présentation de la collection : la collection « Quelle histoire ! » aborde la Première Guerre mondiale sous un angle humoristique, pari difficile à relever avec un tel sujet. La guerre est évoquée avec réalisme. Le texte foisonne d’anecdotes sur le quotidien des soldats et des civils : l’enrôlement, les conditions de vie dans les tranchées, dénonçant par là même l’horreur de cette guerre.

> Télécharger les fiches d'activités sur la guerre des tranchées