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Faces à la guerre - conter, chanter et danser 1918

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Au printemps 2017, un professeur de Lettres modernes et un professeur d’Histoire-Géographie du lycée André Boulloche de Livry-Gargan (93) ont souhaité réitérer l’expérience pédagogique menée dans le cadre du Concours National de la Résistance et de la Déportation (et qui leur a valu le prix national) pour proposer à une classe de Seconde un projet de film documentaire en rapport avec l’actualité des commémorations nationales du centenaire de la Grande Guerre.

Un projet pluridisciplinaire sur une année

Bien que sans lien avec le programme d’Histoire en Seconde, les enseignants ont pensé qu’il était judicieux de faire travailler les élèves sur l’année 1918. Le thème de la « sortie de guerre » offrait la possibilité d’exploiter l’historiographie actuelle ainsi que des ouvrages littéraires récents. Le cadre horaire fut naturellement celui de l’Accompagnement personnalisé où les équipes enseignantes ont davantage la liberté de s’organiser comme elles le souhaitent. La logique transdisciplinaire et l’esprit de camaraderie exercé dans le courant de l’année scolaire 2016-2017 ont permis de recourir aux services du professeur d’Éducation musicale et celui d’Arts plastiques. Ce même état d’esprit a aidé à reconduire certains des partenariats de l’année précédente et à envisager le même objectif : l’élaboration d’un film « documentaire » de moins de 20 minutes.

Les élèves au cœur du projet

Des groupes de compétence, constitués selon la préférence de chaque élève, ont aidé à la réalisation simultanée de diverses productions : le compositeur Armando Balice employé par le Centre national de création musicale "La Muse en circuit" a accompagné les élèves dans la maîtrise de l’outil informatique de manière à proposer une bande-son et des génériques au moyen d’une miniature électro-acoustique ; l’atelier des Arts plastiques a sollicité le talent artistique d’élèves dessinateurs à l’origine de trois dessins de grandes dimensions censés illustrer les oiseaux de la mélodie pacifiste de Maurice Ravel. Une sculpture collective en plâtre a été produite afin d’illustrer le thème du Golem évoqué par Laurent Gaudé dans son livre Cris. Des masques ont aidé à figurer les gueules cassées. Le mot "cris" servant de titre à l’écrivain Laurent Gaudé a servi d’inspiration à un certain nombre d’illustrations dessinées ou peintes. Le professeur de musique a pris en charge l’atelier des chanteuses soutenues par un élève saxophoniste qui a notamment accompagné les Trois oiseaux du paradis de Maurice Ravel avec des paroles chantées puis déclamées. 

Le souci de relier les éléments de l’histoire au temps présent (celui des élèves) a conduit au choix de la chanson de Camille puis à l’interprétation de la Chanson de Craonne. L’idée était de montrer à quel point la chanson d’hier ou d’aujourd’hui est porteuse de sens, mais les enseignants ont également tenu à révéler la profondeur des liens et les constantes entre ce que l’histoire nous apprend du ressenti des hommes confrontés à l’expérience de la guerre et le ressenti des lycéens d’aujourd’hui. Le professeur d’histoire a dirigé en salle informatique un groupe d’élèves dont la mission était de collecter des documents sur la Première Guerre mondiale dans le but d’illustrer avec le plus de cohérence possible la production finale.

Des professionnels au service du projet pédagogique

Le professeur de lettres avec Frédéric Pougeard, conteur et comédien rattaché à la Maison du Conte, ont encadré un groupe de treize élèves pour la mise en voix de textes inspirés de romans contemporains : La Chambre des officiers de Marc Dugain, Cris de Laurent Gaudé. En lisant ces textes à haute voix, les élèves ont découvert différentes façons de leur donner vie et sens ; les récits, réécrits et oralisés, leur sont devenus moins abstraits, moins lointains, résonant finalement avec leur imaginaire personnel : par la déclamation individuelle ou chorale, allant du chuchotement au cri, les élèves comédiens ont joué sur les variations de rythme, de ton et de volume, entremêlant leurs voix, alternant scènes narrées et scènes théâtralisées. L'accent a été mis sur le travail du naturel pour éviter l'impression de récitation et la mise en espace leur a permis de donner de la substance aux mots. Le parti pris de mise en scène / mise en voix a surtout été déterminé par un souci de sobriété.

Tous les textes déclamés ou joués ont souligné, d'une manière ou d'une autre, les difficultés à sortir de la guerre, même après l'armistice et le retour au foyer des soldats. Ils ont mis en évidence les ravages à la fois physiques et psychologiques provoqués par la guerre des tranchées, en mentionnant des cas de démence, de traumatisme ou de défiguration. Les élèves ont ainsi pu prendre conscience des difficultés à se reconstruire après avoir eu l'esprit ou le corps saccagé par quatre années de combat.

La force de la séquence finale, inspirée du récit polyphonique de Laurent Gaudé, tient à la conjugaison de trois modes d'expression artistique : le récit du déserteur hanté et poursuivi par le cri des tranchées a été oralisé par dix élèves conteurs, imaginé par six plasticiens, mis en espace et en mouvement enfin par six danseuses. Namiko Gahier-Ogawa, chorégraphe de la Compagnie Yumé Arts, a mené en janvier un petit atelier avec des élèves volontaires ; elle les a incitées à créer elles-mêmes à partir de ce texte leur matière chorégraphique et à utiliser pour leur danse les masques de gueules cassées. Les images qui ressortent de cette dernière séquence, filmée au ralenti par Thomas d'Aram, sont vibrantes et témoignent bien de l'engagement profond de ces jeunes gens.

Ce projet pluridisciplinaire a donc été l'occasion de renouveler certaines pratiques mémorielles, engageant à la fois le corps et l'esprit, laissant l'imaginaire s'affirmer à travers le geste, la voix, le rythme, l'espace et le regard. L’optique générale était de faire travailler une classe entière sur toutes les étapes d’élaboration du documentaire, hormis le montage confié aux soins d’un réalisateur professionnel, Thomas d'Aram. Pour le reste, de la musique aux dessins, des chants aux chorégraphies, des documents aux masques, tout a été produit par les élèves eux-mêmes.