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La une des quotidiens : la guerre revue et corrigée

Une du Petit Parisien du 25 octobre 1916.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

La guerre et la séparation des familles créent chez les Français une soif d’informations inédite. Les journaux, bien qu’éprouvés par la pénurie de papier et d’encre et par la mobilisation des journalistes et imprimeurs, voient leur tirage s’envoler : de 5,5 millions d’exemplaires, la presse parisienne atteint un record à 8,3 millions à l’été 1917. Mais la censure, exercée depuis le début de la guerre par un Bureau de presse qui dépend des militaires, pèse sur les rédactions. Soumis à un officier, les articles sont soigneusement expurgés d’informations jugées secrètes et les journaux parfois « caviardés », voire suspendus.

Méthode

Analyser une une d’un quotidien de la Grande Guerre

  • Décrire l’objet journal : le papier utilisé, le format, la pagination, le colonage. Repérer les éléments communs aux unes de l’époque : la manchette (le titre du journal, le slogan…), les oreilles (espaces situés dans les coins supérieurs), le gros titre (le sujet principal du jour), les accroches (des éléments de texte mis en valeur afin d’attirer l’attention du lecteur)... Recenser les illustrations : dessins, photographies, caricatures, cartes… Comparer la composition de la une à celle des unes d’aujourd’hui.
  • Identifier les éléments invariables qui fondent l’identité du journal : le nom du journal et l’éventuel dessin qui lui associé, la typographie (les caractères), l’annonce d’articles, etc. La une (et notamment la manchette, partie visible du quotidien lorsque celui-ci est plié) doit permettre de repérer, puis de reconnaître facilement un journal.
  • Lister les éléments variables en distinguant ceux qui relèvent de la communication écrite (le nombre d’accroches, leur degré d’importance, la place dans la page, un vocabulaire spécifique, des références à certaines valeurs…) et ceux qui relèvent de la communication visuelle (les emplacements des articles, la place des illustrations et leur nature, la proportion entre la surface occupée par le texte et celle de l’image). Les images ajoutent-elles de l’information au message ou au titre ?
  • Relever la fréquence des communiqués (définir ce terme) et la rareté des signatures des articles. Lorsque l’article est signé, quelle est la nature du signataire ?
  • Si des « blancs » apparaissent sur la une, s’interroger sur leur nature et sur les raisons pour lesquelles ils ont été admis.
  • Situer la une dans le contexte historique en relevant la date du journal ou celles qui sont mentionnées dans le texte ; les informations sur des faits qui les replaceraient dans une chronologie. Se documenter sur la période concernée : événements, situation au front, à l’arrière, en Europe, contexte économique ou moral.
  • À la suite d’une lecture attentive des articles de la une, commenter :
    • des informations, des idées ou des mots d’ordre en s’interrogeant sur ce qu’ils révèlent des intentions de leurs auteurs et sur leur portée ;
    • des termes récurrents, des figures de style, des mots ou phrases mises en valeur ;
    • les termes désignant l’ennemi, les Alliés, les soldats…
  • Résumer en quelques lignes le propos général de la une ou de son principal article. Le gros titre employé en une traduit-il le propos général qui a été dégagé ?

Gros plan

On a repris Douaumont ! – la une du Petit Parisien, 25 octobre 1916

Comme le souligne l’exergue du journal, Le Petit Parisien est le plus important quotidien de son époque, avec un tirage moyen supérieur à deux millions d’exemplaires à la fin 1916. Il s’est doté depuis peu d’un emblème : une mappemonde ailée, qui affiche sa dimension internationale. Le numéro du 25 octobre 1916 proclame sur trois colonnes un événement capital : la reprise du fort de Douaumont, clé de voûte du dispositif de défense allemand à Verdun. L’occasion est belle d’exprimer son enthousiasme avec lyrisme : soulignement du nombre impressionnant de prisonniers, anaphore de l’attaque de l’article (« Douaumont… Douaumont… »), lauriers tissés aux artisans de la victoire. Parmi ces derniers, le général Mangin se voit gratifié d’un portrait photographique, image courante dans la presse française, plus rare dans Le Petit Parisien. Le reste de l’article, non-signé, comporte certes des allusions fielleuses aux échecs du Kaiser et de nombreux qualificatifs élogieux adressés aux soldats (« glorieux… héroïques… »). Mais l’article se révèle plutôt factuel et décrit l’offensive française dans sa chronologie ; il prend appui sur l’une de ces cartes qui, au fil du conflit, deviennent de plus en informatives.

International, le quotidien cherche à l’être en accordant, également sur trois colonnes, de l’importance aux événements militaires en Roumanie. L’un des articles est signé du lieutenant-colonel Rousset, chroniqueur dont l’appartenance à l’armée dit le poids que ceux-ci ont, non seulement dans l’interprétation des faits, mais dans la conduite des journaux eux-mêmes : les morasses (premières épreuves) des quotidiens sont en effet visées par des censeurs militaires avant publication. L’armée est d’ailleurs la source d’informations principale (et parfois exclusive) : l’abondance des « communiqués » signalés sur cette une en fait foi. D’une manière générale, les informations sur les événements du front y sont omniprésentes. Seul l’article entamé en bas à droite s’apitoie sur le sort des miséreux de la capitale et laisse entrevoir les difficultés à l’arrière (des grèves se multiplient en effet dans les grandes villes). Il est signé du socialiste Marcel Cachin, futur fondateur du Parti communiste français.

Prolongements

Dans la presse de la Première Guerre mondiale, même la publicité s’adapte à la mentalité de son lectorat et à ses attentes. Seules « rubriques » à échapper à la censure avant mars 1917, les réclames dans les journaux exploitent les souffrances des poilus au front ou multiplient les allusions au contexte guerrier.

Après avoir observé ces réclames, lister les publics qu’elles visent et les moyens qu’elles utilisent pour augmenter les ventes des produits. En vous appuyant sur des exemples, dites en quoi cette publicité exprime les malheurs des soldats dans les tranchées et en quoi elle traduit certaines évolutions de la société française.

 

Cette fiche est extraite de l’ouvrage « Guerre et Médias. De la Grande Guerre à aujourd’hui », écrit par Patrick Eveno, professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et publié par le CANOPÉ-CLEMI.