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Exploitation pédagogique du documentaire « Rendez-vous au monument aux morts »

Rendez-vous au monument aux morts
© CNRS Images
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

La présence d'un monument aux morts dans la quasi-totalité des communes constitue un lieu de rendez-vous privilégié pour aborder l'histoire, la mémoire et la notion de patrimoine. À chaque niveau d'enseignement, le film Rendez-vous au monument aux morts dans sa globalité présente des opportunités de ressources aussi bien scientifiques que pédagogiques pour les enseignants. Pour un public d'élèves, les quelques extraits constituent des entrées possibles pour aborder l'étude d'un monument en particulier ou, à l'inverse, une mise en perspective autour de quelques thèmes choisis.

Liens avec les différents programmes

Sont exposés ici les liens possibles avec les différents programmes du primaire, du collège, du lycée général et technologique dans lesquels la Première Guerre mondiale représente au mieux trois ou quatre heures d'enseignement.

Primaire cycle 3

La violence du XXe siècle : les deux conflits mondiaux - Pouvoir expliquer pourquoi le premier conflit mondial a été appelé « la Grande Guerre ». [...] - À partir de documents de nature diverse et en particulier d’œuvres d’art, identifier en quoi cette guerre ne ressemble pas aux précédentes. […] - Connaître quelques éléments du bilan dramatique de la guerre [...].

Repères : 1916 - bataille de Verdun ; 11 novembre 1918 - armistice de la Grande Guerre ; 8 mai 1945 - fin de la Seconde Guerre mondiale [...]

Notions de droits et de devoirs : Identifier et comprendre l’importance des valeurs, des textes fondateurs, des symboles de la République française et de l’Union européenne.

Troisième

La Première Guerre mondiale bouleverse les États et les sociétés : elle est caractérisée par une violence de masse [...]

Repères : 1916 - bataille de Verdun ; 11 novembre 1918 - armistice de la Grande Guerre ; 8 mai 1945 - fin de la Seconde Guerre mondiale [...]

Première ES, L et S

Thème 2 – La guerre au XXe siècle – Guerres mondiales et espoirs de paix : la Première Guerre mondiale : l'expérience combattante dans une guerre totale

Thème 4 – Colonisation et décolonisation : la guerre d'Algérie

Série technologique 1e STI2D, STL, STD2A

Thème 3 – Histoire du quotidien : sujet d'étude au choix, vivre et mourir en temps de guerre : On choisit un des grands conflits européens entre les années 1870 et les années 1940. Dans ce cadre chronologique et spatial, on aborde les de guerre dans ses diverses formes et sa répercussion sur les sociétés, les efforts conduits pour atténuer les souffrances et protéger les « Justes » durant le second conflit mondial).

Terminale L et ES

Le thème 1 invite à découvrir le rapport des sociétés à leur passé à travers deux approches :

  • le patrimoine en étudiant les quartiers anciens de Rome, Jérusalem ou Paris ;
  • les mémoires dans le rapport entre l'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale ou de la guerre d'Algérie.

Extraits du film Rendez-vous au monument aux morts

Mais le rendez-vous au monument aux morts est aussi l'occasion de parcours interdisciplinaires, d'une contribution à l'histoire des arts ou à l'éducation civique, de projets de groupe pour une ou des actions éducatives. Les extraits choisis n'ont d'autre ambition que de servir de matériaux pour que chacun modèle son propre questionnement, son propre parcours pédagogique. Deux propositions pédagogiques d'étude d'un monument aux morts ont été publiés sur le site de la Mission du Centenaire :

Extrait nº1 : Pourquoi les monuments aux morts ? (5'51)

Il s'agit ici de comprendre ce que sont devenus les morts de la Grande Guerre. Inhumés loin de leur famille, rassemblés majoritairement dans des nécropoles, les morts restent mobilisés. La réponse des communes est d'ériger un monument avec leurs noms, qui conserve le souvenir des disparus.

En s'arrêtant sur certains plans on peut s'interroger :

  • sur les différentes formes données par les belligérants aux sépultures militaires (stèles britanniques personnalisées, croix allemandes en pierre blanche mais plus souvent en métal noir, croix françaises blanches, stèles pour les musulmans...) ;
  • sur la symbolique du monument de La Souterraine avec un Poilu tenant dans sa main une victoire ailée ;
  • sur les couleurs utilisées pour souligner les noms sur les différents monuments (rouge pour le sang des sacrifiés, noir pour le deuil, bronze doré pour la gloire).

Il est important de faire apparaître le rôle joué d'un côté par les cimetières militaires (nécropoles nationales) avec la prise en charge des morts par l'Etat, et de l'autre par les monuments aux morts communaux, les deux étant complémentaires et indispensables.

Extrait nº2 : Les noms des monuments aux morts (2’33)

La question du lien entre un nom inscrit sur un monument et un lieu est subtile et cruciale. Le monument est placé en un lieu référent, le cœur du village pour le monument communal (mairie dans l'extrait) ou le champ de bataille pour le mémorial. Il ancre le souvenir par rapport à une localisation qui est d'une part celle des attaches familiales et affectives, d'autre part celle de leur mort sur le champ de bataille.

Pour les monuments aux morts des communes il est important de comprendre à la fois qui a choisi ces noms et que ces derniers se réfèrent aux lieux de vie (naissance, mariage, résidence) à la notion d' « habiter ». La question des civils et des femmes est l'occasion d'une approche « genrée » mettant en évidence le fait que la société de l'époque reste largement régie par les hommes et que la reconnaissance ne vaut que pour les morts au combat.

Quelques plans permettent de s'arrêter sur la représentation de femmes, soit en allégorie de la République endeuillée avec des symboles forts (lien avec l'extrait nº1 et l'allégorie de la Victoire ailée), soit en épouse et mère (dans un rôle de maternité très « conventionnel » - lien avec l'extrait 3 et la figure de la mère dans les monuments alsaciens et mosellans) en costume d'époque et dans des postures plus naturelles.

Extrait nº3 : Histoires singulières (5'33)

En complément de la diversité des formes des sépultures militaires (extrait 1), celle des hommages dénote une dimension identitaire forte. Les monuments aux morts des départements occupés, des territoires de l'outre-mer font apparaître de singulières différences avec ceux des territoires qui étaient « pleinement français » durant la guerre. L'inventaire des nuances et des ressemblances permet d'expliquer les différents statuts des hommages rendus par les communes.

A travers l'histoires des monuments aux morts, c'est aussi l'histoire de la colonisation et des décolonisations qui se lit à travers la contribution de l'empire colonial à la guerre (cartes postales des monuments d'Indochine et d'Algérie – Mostaganem, Oran et Alger – qu'on peut localiser sur des cartes) mais aussi par les ajouts successifs de noms de soldats (guerres d'Indochine et d'Algérie) aux monuments eux-mêmes. On pourra noter la présence tutélaire récurrente d'une allégorie de la Victoire affirmant à la fois le lien de la métropole reconnaissante mais aussi la dépendance, moins nette pour l'Algérie.

Extrait nº4 : Mémoires et monument aux morts (6'52)

Cet extrait commence par d'intéressantes mise en scènes de personnages féminins qui reprennent plus ou moins les catégories abordées précédemment (allégorie, fille, mère, infirmière, civiles).

La dimension mémorielle est ici centrale et montre comment un monument du souvenir est devenu un lieu de mémoire réinvesti par les guerres suivantes et les commémorations officielles de la République.  Plusieurs mémoires se sont confrontées autour du monument aux morts. La mémoire des anciens combattants de 14-18 restait profondément pacifiste mais la dimension belliciste a rejailli pendant l'occupation allemande ; la mémoire de 39-45 exaltait la contribution à la victoire des Alliés célébrée le 8 mai réactivant une mémoire patriotique et victorieuse ; celle des guerres coloniales a coïncidé avec la contestation des années 1960 et 1970 avec une opposition entre anciens combattants et jeunesse pacifiste ; enfin aujourd'hui le monument aux morts reste un enjeu mémoriel entre la République qui continue à l'utiliser comme pour les commémorations officielles et des habitants qui cherchent à se réapproprier une mémoire apaisée et partagée. Les symboles républicains sont mis à l'honneur lors de ces cérémonies.

Extrait nº5 : Typologie des monuments aux morts (3’14)

Antoine Prost précise différents critères qui permettent de distinguer quelques catégories de monuments privilégiant chacun une tonalité entre :

  • le patriotisme républicain et laïque qui exalte la victoire dans la statuaire (Poilu défenseur de la patrie, coq, aigle terrassé...) ;
  • un patriotisme plus proche du religieux, exaltant davantage le sacrifice et la mort ;
  • un pacifisme de deuil marquant surtout la perte de l'être cher.