Espace pédagogique > Pistes Pedagogiques > Piste 5 - Novembre 1918, la fin de la guerre – le silence

Piste 5 - Novembre 1918, la fin de la guerre – le silence

La légende du coup de poignard dans le dos - carte postale éditée en 1919 à Vienne (éditions National-Socialistes)
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

La fin de la guerre s’accompagne d’un silence des écrivains contemporains sur le sujet, ainsi que d’une désaffection du public pour les récits de guerre (ainsi, le prix Goncourt de 1919 récompense À L’Ombre des jeunes filles en fleur, et non pas Les Croix de bois qui était pourtant donné favori).

En Allemagne, la défaite est incompréhensible, et partant inacceptable : elle est reniée par les écrivains : très peu de textes allemands évoquent directement les événements de 1918, tous semblent s’arrêter en chemin. À cet égard, il est éclairant de constater que le roman Orages d’acier de E. Jünger, publié en 1920, s’achève en septembre 1918, sur une victoire personnelle (le narrateur est décoré). De même, À l’ouest rien de nouveau, pourtant largement autobiographique et écrit en 1928, est interrompu par la mort du narrateur en octobre 1918. Et ce silence va laisser toute sa place à la légende du « coup de poignard dans le dos ».

En France, même mouvement de raréfaction – même s’il est moins brutal - de la parole sur le sujet, pour d’autres raisons : le décalage entre l’avant et l’arrière (deux mondes étanches), la volonté d’oublier.

Textes supports

  • Tristan Tzara, « Manifeste Dada 1918 », revue Dada3, Zurich, Décembre 1918, depuis « Que chaque homme crie… » jusqu’à la fin du manifeste, réédition Jean-Michel Place, 1981, p. 144.
  • Roland Dorgelès, Les Croix de bois, le ch. XVI depuis « Oui, madame Quignon, je vous dis que c’est une ordure, cette femme-là » jusqu’à « Sulphart découpa l’article et le rangea dans son calepin. » ou depuis « Il arriva à Paris avec seulement sept francs en poche… » jusqu’à « ça fait longtemps que je n’ai fumé que du gros. » (Amputé de deux doigts, le soldat Sulphart a été démobilisé ; encore marqué par la mort de nombreux compagnons, il tente de se réadapter à la vie civile, mais sa femme l’a quitté et il se heurte à l’indifférence de l’arrière.)
  • Raymond Radiguet, Le Diable au corps (1923), Grasset, réédition folio, p. 171-172, depuis « Je n’avais plus à essuyer… » jusqu’à « …comme une sainte-Catherine ». (Lycéen épris d’une jeune femme dont le mari est au front, François – « Est-ce ma faute si j’eus douze ans quelques mois avant la déclaration de la guerre ? » - est finalement séparé de sa maîtresse enceinte de leur union et réintègre sa famille).
  • Roger Martin du Gard, Les Thibault, III, « Épilogue » (1936), p. 373-375 depuis « Avant de monter dans la voiture… » jusqu’à « …accompli des prodiges, depuis quatre ans ! ».
  • Aragon, Pour expliquer ce que j’étais (manuscrit de 1942), édition posthume Gallimard, 1989, p. 34 à 37, depuis « Mais enfin j’étais de ceux qui achevèrent leurs études… » jusqu’à « …du bien-fondé de notre défi ».
  • Alice Ferney, Dans la guerre (2003), Actes Sud, chapitre X, « Armistice », p. 479-480.

Textes complémentaires

  • Excipit des Croix de bois de Dorgelès (1919), réédition p. 284-285 depuis « Mes morts, mes pauvres morts… » jusqu’à «  …un pipeau dans le bois de vos croix ».

Compléments et contrepoints

  • 22 septembre 1918 : excipit d’Orages d’acier de Ernst Jünger p. 378-380 depuis « Nous parvînmes enfin à un poste de secours… » jusqu’à « …mes félicitations ».
  • Erich-Maria Remarque, À l’Ouest, rien de nouveau (1928), excipit, de « C’est l’automne » jusqu’à « comme un consentement de ce que cela s’était ainsi terminé. »

Images

André Mare, Carnets de guerre 1914-1918, éditions Herscher, 1996.

Images : la légende du « coup de poignard dans le dos »

La légende du « coup de poignard dans le dos »La légende du « coup de poignard dans le dos » - carte postale éditée en 1919 à Vienne (éditions National-Socialistes), in La Carte postale antisémite de Gérard Silvain et Joël Kotek, Berg International Editeurs, 2005