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Le patrimoine 14-18 de Vanves revalorisé par des journaux scolaires du collège Michelet

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Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Depuis 2014, dans la cité scolaire Michelet de Vanves, des collégiens de troisième mettent à la une de journaux fictifs ou réels le patrimoine de leur cité scolaire, de leur commune et de leur département pour faire découvrir la Grande Guerre au front et à l’arrière.

A la une de Vanves et des Hauts-de Seine

En septembre 1914, la cité scolaire Michelet de Vanves venait de célébrer le cinquantenaire de son indépendance : l’annexe champêtre du lycée Louis-le-Grand (dotée d’un château tricentenaire) était devenue en 1864 le lycée du Prince impérial. Comme partout, d’anciens élèves et professeurs du lycée – rebaptisé en 1888 « Lycée Michelet » – ont été sensibilisés à la « revanche » à prendre sur la défaite de 1870.  Quels ont été leurs parcours après leur mobilisation, leur engagement volontaire ou lors de leur accession à de hautes responsabilités ? Telles sont les investigations menées grâce au Livre d’or de l’Amicale des anciens élèves et à divers moteurs de recherche (Gallica, Mémoire des hommes, CRID, CICR, Europeana... ). Chaque équipe de collégiens établit peu à peu une fiche sur un ancien élève ou professeur ayant vécu la Grande Guerre.

Le contexte historique, national et local, était indissociable de cette étude. C’est pourquoi la visite de quatre expositions itinérantes ont été effectuées pour contextualiser la guerre : « Ecoles et Ecoliers à la fin du XIXème siècle » et « Les Hauts-de-Seine dans la Grande Guerre » (Archives départementales) ; « Vanves dans la Grande Guerre » (Archives municipales) ; « Dessine-moi la guerre » (Canopé 92). Des questionnaires invitaient les élèves, par binômes, à discerner l’influence du pouvoir politique sur les programmes scolaires, les enjeux du conflit et la vie quotidienne à l’arrière, le rôle des dessinateurs dans la propagande ou la critique de la guerre.

Chaque binôme a ensuite choisi un thème pour l’approfondir sous un angle plus précis grâce à certains livres (Dictionnaire de la Grande Guerre, les Oubliés de la Grande Guerre) et sites (Mission du centenaire, BNF, Canopé, Histoire par l’image, ECPAD...), par exemple : l’école pendant la Grande Guerre ; un camp de prisonniers ; une bataille représentative ou en lien avec le régiment de tel ou tel « ancien » de Michelet ; le général Gallieni et la défense de Paris ; l’Ambulance américaine de Neuilly ou l’hôpital canadien de Saint-Cloud ; la question des réfugiés belges ou serbes ; la correspondance d’un Isséen, les usines et les grèves, les journées de solidarité à Vanves ou dans le département....Ce travail a abouti à un compte rendu (écrit ou oral), avec pour chaque binôme deux analyses d’images (affiches, caricatures, photographies...).

A la une de journaux anciens ou actuels

Dès septembre 2014, Jocelyne Grandiau, agrégée de lettres classiques, mais aussi membre de l’Amicale des anciens élèves et animatrice des Journées du Patrimoine, avait proposé à deux classes de troisième un objectif journalistique à ces activités de recherches et d’analyses, qui devaient intégrer tous les impératifs du programme de français.

L’étude des expositions itinérantes, la pratique des techniques de l’information et de la communication, l’approche de nombreuses formes de presse (à disposition au CDI et en ligne sur la BNF) ainsi que l’acquisition d’un vocabulaire spécifique ont été effectuées grâce à la constante collaboration de Véronique Haziza, professeur documentaliste du collège. Ses assistants, Yann Gilbert et Anaïs Hamm ont contribué à l’encadrement des élèves et à la préparation des expositions.

En 2014-2015, des éditoriaux ont rendu compte du quotidien vanvéen. Des fiches ont offert un aperçu sur des écrivains combattants, en France, en Europe et aux Etats-Unis, tel le philosophe Emile-Chartier, dit Alain, ancien élève et professeur du lycée.

En 2015-2016, de grands quotidiens nationaux, parfois régionaux, ont privilégié quelques personnalités issues de Michelet, tel Alexandre Millerand, ministre de la guerre avant d’être Président de la République en 1920. La finalisation a permis aux groupes de deux classes différentes de fusionner pour le montage final qui a juxtaposé événements nationaux et locaux.

En 2016-2017, outre quelques mensuels alto-séquanais, des périodiques ont fait sortir de l’anonymat des soldats dont les noms sont gravés en 1920 sur le monument aux morts du lycée, sculpté par Hector Guimard. Sur le modèle d’hebdomadaires anciens pour la jeunesse, une classe a illustré des textes par des montages de vignettes. Pour les journaux de tranchées ou de camps de prisonniers, imaginés par l’autre classe, le travail interdisciplinaire avec Eric Giraud, professeur d’arts plastiques, a été déterminant puisqu’il s’agissait d’intégrer un dessin dans la manchette de chaque journal de poilu pour faire écho au titre du mensuel et au registre que donnait l’article : une opportunité parfois pour certains élèves en difficulté à l’écrit de montrer leur inventivité et leurs dons artistiques.

A la une des compétences scolaires

De leur aveu même, les collégiens ont mieux compris, à la lumière de leur patrimoine, cette période étudiée en cours d’histoire. Ils ont réfléchi à partir d’anthologies pour le collège, que ce soit des récits ou des passages argumentatifs d’autobiographies, romans, poèmes... d’écrivains combattants : Genevoix, Remarque, Apollinaire... (trois exemples parmi une quinzaine) et de documents d’archives (Journal des instituteurs ; Carnets de Gaston Marillier, père d’un membre de l’Amicale des anciens élèves, combattant puis prisonnier dans différents camps ; Octave Longuet, une autoédition de Michel Delannoy dotée de photographies inédites). L’histoire des arts a été une composante essentielle : les peintres des armées (comparaison Bouchor/Valotton/Bonnard) ; séquence filmique de La Grande Illusion ; les albums de Tardi.... En                confrontant ces œuvres à des articles de presse d’hier et d’aujourd’hui (collectés par le CDI ou rassemblés dans des ouvrages comme celui de L’Illustration), les élèves ont croisé les points de vue – partisan, objectif et/ou critique ; ils ont repéré et pratiqué différents registres. Les compétences informatiques se sont consolidées avec la pratique des logiciels (traitement de textes et d’images), les fichiers mis en ligne et les médias. En binômes, puis en équipes, ils ont acquis autonomie, organisation et écoute.

Recherches, lectures, analyses... tout concourt au travail d’écriture qui s’est effectué uniquement en classe : éditoriaux, lettres, récits, pastiches...  d’abord individuels sur des sujets au choix, puis au sein d’un groupe thématique, chacun corrigeant et complétant les trouvailles d’un autre rédacteur, guidé par de nouvelles consignes. Tout texte devait réutiliser ce qui était étudié mais avec originalité (style journalistique, transposition d’une œuvre d’art en procédés stylistiques ...), rigueur (évaluation de la part d’invention possible dans le respect des données historiques) et sensibilité (s’approprier les émotions et/ou les arguments pour persuader et/ou convaincre).  Des notices explicatives devaient préciser la démarche de chaque équipe tout en fournissant des informations complémentaires.

Les travaux que les élèves n’ont pas eu le temps de mettre à la une ont été exploités d’une classe à l’autre ou d’une année à l’autre. Ainsi, en 2016-2017, chacune des deux classes s'est approprié les textes écrits par d’autres collégiens afin de les intégrer à une bande dessinée ou à un journal de poilu.

A la une de la mémoire collective

Un tel projet, conçu pour toute la durée du centenaire, offre encore de nombreuses pistes, y compris pour les lycéens (probablement sollicités l’année prochaine), grâce à plusieurs partenaires : l’Amicale des anciens élèves, qui a soutenu l’initiative par ses archives et sa contribution financière ; une librairie de quartier qui a présenté les rentrées littéraires sur la Grande Guerre ; les Archives municipales de Vanves, dont le partenariat est plus informel mais très régulier.

Des magazines spécialisés ont pu se conjuguer avec l’exercice oral de présenter à la une d’un web-radio deux destins croisés (célèbre et anonyme), un lieu, un fait archéologique, un livre, un chant, un tableau, un monument, une œuvre artisanale, une découverte scientifique... à la manière de : «  A côté de la plaque », « Un livre, un jour », « D’art d’art »...toujours en lien avec le patrimoine local. Par ailleurs, une sortie pédagogique a été réalisée le 18 mai pour étudier « Les chemins de la mémoire » dans les Hauts-de-Seine.

> Les réalisations des élèves sont accessibles sur le portail du lycée.
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