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Programme Comenius : « Nous écrivons notre histoire commune »

Carte du front roumain, 1916-1917
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Initié en 2009 dans le cadre d’un programme Comenius et conduit par les enseignants et les élèves du lycée B. Palissy d’Agen (47), le projet « Nous écrivons notre histoire européenne » a permis l’élaboration d’un manuel scolaire d’histoire comparée de sept pays de l’Union européenne. Un des chapitres porte sur la Première Guerre mondiale en Roumanie.

Présentation du manuel

Cette œuvre, qui s’inscrit dans le cadre du programme européen Comenius, est le fruit d’un long parcours d’étude et d’enquêtes qu’une centaine de jeunes de cinq nations européennes ont entrepris depuis deux ans, guidés par leurs enseignants et poussés par le défi ambitieux de rechercher dans le passé les racines d’une identité européenne.

Ainsi, des élèves français, italiens, espagnols, roumains et grecs se sont lancés, avec enthousiasme, dans une entreprise qui les a amenés à découvrir le paysage familier de leur territoire, les caractéristiques de l’histoire et du patrimoine local et à comprendre que l’Europe est un puzzle, un caléidoscope formé de nombreuses réalités humaines, culturelle, géographiques et anthropologiques.

À travers ce voyage, ils ont été conduits non seulement à réaliser et à reconnaître les différences qui nous séparent, mais à accomplir aussi un effort pour les comprendre et les expliquer. Poussés par la curiosité intellectuelle, ils ont su confronter leurs idées, échanger leurs points de vue et s’enrichir mutuellement.

Cette expérience leur a permis de comprendre que cette variété, cette différence n’était pas une menace pour l’unité de l’Europe, mais, au contraire, qu’elles en constituaient la richesse, les racines. L’Europe n’est pas un État national, mais une fédération de peuples qui se reconnaissent en une civilisation commune fondée sur le refus de la violence, de la haine et du fanatisme qui ont ensanglanté d’innombrables champs de bataille disséminés sur le continent, de l’Atlantique à l’Oural. Aujourd’hui l’Europe se base sur la coexistence pacifique, la tolérance, l’acceptation des diversités (ethniques, confessionnelles, idéologiques, culturelles), sur la collaboration, la solidarité humaine, le dialogue et la démocratie.

Les regards croisés, la confrontation entre de multiples points de vue, les approches interdisciplinaires et transdisciplinaires, constituent l’originalité de cette œuvre, fruit d’un travail de groupe plurinational, d’une réflexion partagée et d’une écriture commune. Les thèmes de la frontière et des migrations ont été développés en tant que nœuds emblématiques d’une communauté qui s’est formée à travers l’échange, la fusion, la confrontation des cultures, des langues, des idées. Et c’est précisément sur ce processus difficile que s’est attardée l’attention des jeunes rédacteurs du texte. En effet, aujourd’hui l’Europe est devenue un creuset de peuples, qui, sans renoncer à leurs origines, à leurs propres langues et à leurs identités, essaient de trouver des raisons à leur intégration dans un espace commun de civilisation.

C’est à ce défi que ce manuel a voulu offrir une importante contribution. Plus qu’un instrument d’apprentissage, il veut être un outil d’éducation à la citoyenneté européenne. Finalement, l’itinéraire même que ces jeunes ont emprunté à travers les rencontres, les visites d’étude, le travail continu de construction et d’enrichissement d’un site web les a portés à franchir des frontières physiques et des distances mentales, à remettre en cause stéréotypes et préjugés et surtout à quitter leur pays, à parcourir de nouvelles routes, à ouvrir les yeux sur des horizons plus vastes. Ce voyage d’initiation les a portés à découvrir les autres, et, ce faisant, à mieux se connaître eux-mêmes, à retrouver le sens profond de leur identité et de celle d’autrui, à se reconnaître différents et en même temps semblables. Cette aventure les a déjà changés : elle a fait d’eux des jeunes citoyens d’Europe, conscients de faire partie d’une grande communauté en construction qui a vu s’écrouler les antiques barrières qui séparaient leurs peuples et qui aspirent à devenir la vraie patrie de nous tous.

Un manuel d’histoire européenne rédigé par des lycées de 5 pays de l’Union européenne

L’identité de l'Europe : des histoires plurielles vers une mémoire commune

Il s'agissait d'appréhender l'identité européenne dans sa diversité en partant du territoire local afin de saisir en quoi il contribua à l'histoire de l'Europe et pourquoi il en était emblématique. Pour passer du local patrimonial et mémoriel au commun européen, l'histoire a été privilégiée au travers de multiples regards croisés, échangés ou élaborés ensemble. Ce projet reposa sur un travail pluri et transdisciplinaire autour des thèmes de la frontière, des migrations, du patrimoine, de l'écriture de l'histoire et du recueil des mémoires. La relecture de l'histoire de l'Europe à partir de nos ancrages locaux nous semble essentielle pour que l'Europe devienne le territoire de notre identité. Ainsi «  l'unité dans la diversité » a pris corps et sens au travers d'une démarche dialectique entre histoire et mémoire. Le support, le médiateur et le premier produit de ce parcours fut un site internet (www.palissv.org) conçu comme un espace de travail collaboratif. Il est devenu au fil du temps le lieu de la construction individuelle et collective d'une réflexion partagée sur notre identité européenne. Le projet a abouti à la rédaction en commun par les élèves, en groupes internationaux, de ce manuel scolaire d'histoire et de civilisation contemporains de l'Europe pour les classes de Lycée. Nous espérons qu'il sera une invitation à partir à la rencontre de l'Europe et permettra aux élèves de prendre conscience de la réalité de l'identité européenne pour qu'ils deviennent des citoyens et des acteurs critiques de cette construction européenne.

La nécessité de dépasser nos frontières

Nos régions furent par le passé des territoires à forte identité et au rayonnement important liés à leur position frontière. Elles furent aussi du milieu du XIXe s. au milieu des années 1970 (et pour notre partenaire roumain jusqu'à aujourd'hui) des terres d'émigration dans un contexte de sous-développement économique, de surpopulation ou de crise politique. Elles devinrent des terres de déracinement, car terres d'accueil, ou de départ voire les deux. Leur intégration dans l'espace européen provoqua et provoque des bouleversements considérables. A des degrés divers le développement économique s'est accompagné d'une urbanisation forte, d'une tertiarisation croissante et d'une élévation spectaculaire du niveau de vie. Ceci a débouché sur une perte des repères traditionnels. Aujourd'hui nos régions sont devenues des lieux de brassage, de migration à l'identité de plus en plus floue alors que des populations venues d'autres régions nationales, d'autres pays européens mais aussi de pays extra-européens continuent à s'installer. L’intégration est d'autant plus difficile qu'en réaction, les populations de souche tendent à s'accrocher à leur identité minoritaire et à leur langue particulière. Le tout, dans un contexte de vieillissement. Le repli identitaire est devenu une réalité d'autant que la crise de la famille traditionnelle accentue la perte de repères. Le problème identitaire est un enjeu majeur. Il faut reconstruire une identité en redécouvrant les racines locales et en reconnaissant celles de ceux qui viennent d'ailleurs. Il faut que nos lieux de vie redeviennent des terres d'enracinement pour favoriser la construction européenne.

Une démarche progressive du local vers l'Europe

Au travers de voyages de découverte, d'échanges, de rencontres, de travail en commun et de confrontations, plus d'une centaine d'élèves et une trentaine de professeurs espagnols, français, grecs, italiens et roumains ont participé à cette aventure Comenius. Nous avons emboités les échelles et télescopés les temps pour écrire ensemble notre histoire européenne.

La démarche fut la suivante :

  • «  Je retrouve mon patrimoine local » : chaque élève a présenté un lieu (ou autre) qu'il jugeait représentatif de son identité. Ce fut l'occasion de mieux appréhender l'Histoire de son territoire et en mesurer ainsi toute la richesse. De plus, la découverte du patrimoine des pays partenaires a permis de faire de nombreux parallèles avec « son chez-soi ».
  • «  Je décris mon paysage familier » : le point de vue a été soit géographique, soit plus subjectif. Pour beaucoup d'élèves l'activité permit de porter un autre regard sur leur environnement. Raconter à d'autres ce que l'on voit tous les jours a permis de s'approprier un territoire en lui donnant du sens.
  • Je raconte «  Ils sont venus chez nous » : avec la démarche de la micro-histoire les élèves, en groupe, ont travaillé sur un personnage célèbre ou non qui est passé ou s'est installé « chez nous ». Le but était de retracer l'itinéraire singulier des individus comme emblématique de l'Histoire européenne. Au fil du temps l'Europe s'est construite par un brassage interne permanent des populations et par des apports réguliers venus de l'extérieur. Si aujourd'hui l'Europe est avant tout une terre d'accueil, elle fut pendant très longtemps une terre de départ.
  • Je découvre dans un autre pays « un lieu de mémoire emblématique de l'histoire européenne »: en se déplaçant à l'étranger les travaux ont porté sur le rapport entre Histoire et Mémoire pour comprendre en quoi l'histoire particulière d'une région était emblématique de l'Histoire européenne en général ; donc un cas particulier appréhendé dans une logique globale.
  • Je découvre « des personnages clefs, emblématiques de notre territoire, de notre histoire » : ce fut l'occasion de découvrir des personnages et ainsi d'acquérir une fierté «  locale ». Mais surtout au travers d'un travail historique rigoureux les élèves ont manipulé les matériaux de l'histoire. Souvent l'histoire locale a fait échos à la Grande histoire et a permis de retrouver des respirations européennes. Les élèves ont pris conscience que l'histoire des hommes s'inscrivait dans des territoires, dont le leur.
  • « Je retrouve les traces de ma famille » : l'itinéraire familial et singulier s'inscrivait dans une dynamique et une logique plus large. Le raconter permettait de remonter aux sources et d'interroger la famille et les proches. Échanges, découvertes et questionnement.
  • « Ma géographie migratoire » : à partir de cartes muettes les élèves ont cartographié et illustré les itinéraires familiaux au fil des générations.
  • « Comment dans mon pays écrit-on, comment enseigne-t-on l'histoire ? » : travail critique sur les manuels scolaires qui a permis de comprendre que l'Histoire scolaire était aussi un « catéchisme » national.
  • « Je te raconte ton histoire »: un épisode de l'histoire nationale d'un pays partenaire a été traité en le rattachant à l'Histoire européenne. Changement de point de vue, changement de paradigme pour un regard croisé enrichi.