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N’oublions pas les russes en Champagne !

Chapelle russe de Saint-Hilaire (Marne)
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Trois lycées de Champagne-Ardenne s’associent cette année pour mettre en œuvre un projet centré sur l’engagement des soldats russes en Champagne pendant la Grande Guerre. Deux brigades d’infanterie russes et environ 40 000 hommes ont été envoyés en France à la fin de 1915. Ces soldats ont combattu en Champagne puis dans le secteur Sud du Chemin des Dames  avant d’être dispersés à la suite de la Révolution Russe entre Légion Russe au front et travailleurs civils en France et en Algérie à l’arrière.

Un projet labellisé pour réhabiliter une mémoire oubliée

Ces combattants ont bien laissé des traces concrètes au cimetière russe de Saint-Hilaire-le-Grand et au fort de la Pompelle, mais malheureusement ils ont été largement oubliés dans les mémoires collectives en France et en Russie. Les lycées Chagall, Jaurès ainsi que le collège Schuman de Reims ont donc décidé de mettre sur pied un projet pour réhabiliter cette mémoire.

Près de 120 élèves issus des trois établissements rémois sont réunis pour commémorer cet engagement méconnu de la quasi-totalité des Français et des Russes aujourd’hui. Il s’agit de faire travailler des élèves de niveaux et d’horizons divers sur des faits, des lieux et des documents qui nécessitent une maîtrise approfondie de la situation politique, militaire et sociale en France et en Russie pendant la guerre. Enfin, ce travail doit permettre de concilier des points de vue mémoriels contemporains parfois sensibles, sur le sens, le déroulement et les conséquences de l’engagement russe en France.

Labellisé Centenaire, ce projet doit déboucher sur une exposition au Musée Saint Remi en juin 2014. L’office de Tourisme de la ville de Reims s’est également montré intéressé par cette exposition. Le lycée Marc Chagall souhaite réaliser des tableaux, Jean Jaurès quant à lui met en place une animation numérique. L’ensemble des productions devrait être disponible en ligne.

La mise en œuvre d’un projet interdisciplinaire, inter-degrés et inter-établissements

Cimetière russe de Saint-Hilaire le Grand

Un premier temps a amené les élèves à travailler sur le site de l’historien champardennais Jean-Pierre Husson Histoire et mémoire des deux guerres mondiales, notamment sur les pages portant sur le cimetière militaire russe de Saint Hilaire le Grand et l’engagement des brigades spéciales au fort de la Pompelle. Les classes concernées ont ainsi pu découvrir cette présence ignorée de la totalité des élèves.

Dans un second temps, les élèves ont effectué des recherches sur le contexte politique et social : les systèmes d’alliance à la veille de la guerre, le régime tsariste en 1914, les conditions de vie dans les tranchées, les batailles de Champagne et du Chemin des Dames, les mutineries de 1917… Chaque thème a donné lieu à la réalisation d’une synthèse, ensuite partagée à l’intégralité des élèves afin de servir de base de connaissance pour les recherches à venir.

Au collège, la problématique est différente puisque les élèves en 4e ne sont pas encore familiers de la Première Guerre mondiale, abordée dans le programme de 3e. Il est donc nécessaire de poser des éléments très concrets. Le collège Schuman a donc abordé la question par une étude comparative de deux régions à la veille de la guerre : la Champagne et l’Oural. Les élèves « russisants » étudient l’Oural, les autres travaillent sur notre région. L’objectif étant également de mettre en place une exposition vivante avec des objets, des scènes de vie quotidienne, des chants enregistrés au collège (berceuses russes)…

Les temps forts d’un projet d’ampleur

Ces étapes préparatoires réalisées, il est devenu indispensable de matérialiser vis-à-vis des élèves cet engagement russe. Un premier temps fort a donc eu lieu le 12 novembre 2013. La totalité des élèves concernés, collégiens et lycéens se sont déplacés au centre d’interprétation Marne 14-18 de Suippes, au cimetière russe de Saint-Hilaire le Grand et au fort de la Pompelle et aux tranchées de Massiges. Parallèlement à la découverte de ces lieux emblématique des combats en Champagne s’est déroulée une rencontre entre les professeurs français porteurs du projet et les enseignants russes venus d’Iekaterinbourg (Russie), centre de recrutement d’une des deux brigades russes engagées en France. M. Husson assistait à cette rencontre.

Au retour de cette sortie, les classes de Chagall se sont lancées dans l’analyse d’images extraites pour l’essentiel de journaux de la Première Guerre Mondiale, comme Le Miroir, L’Illustration mais aussi de recueils de photographies d’époque, dont une très belle galerie est disponible sur le site de l’ECPAD et témoigne de l’engagement conjoint des Français et des Russes. Ces photos prises entre 1916 et 1919 par le service cinématographique et photographique de l’armée française nous emmène du Sud de la France à la Sibérie.1

Il est prévu prochainement que deux enfants d’un soldat russe engagé en Champagne rencontrent les élèves des établissements concernés. Ces enfants, dépositaires des archives familiales, permettront d’illustrer par des témoignages plus concrets l’engagement des troupes russes sur notre sol. L’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONAC-VG) devrait s’associer à cette visite afin de présenter son action sur le département.

Le travail sera clos cette année par la réalisation de panneaux portant sur quelques thèmes clés de la question mémorielle, qui approfondiront les sujets déjà défrichés : la mémoire de la présence russe après la Première Guerre mondiale (dans la presse, dans les lieux de mémoire…), les traces de la présence russe en Champagne, les Russes en France après la guerre, les enjeux de mémoire autour de l’engagement russe…

1 Le livre tiré du travail de l’ECPAD : Images des Russes et des Français dans la Grande Guerre, soteca/ecpad, 2010, 192 pages.