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Lycée Jean Mermoz de Dakar : Quand les tirailleurs montent sur les planches

Lycée Jean Mermoz de Dakar, représentation "Une si longue nuit" avec les élèves de Seconde Exploration.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

À l’occasion de la Quinzaine culturelle du lycée Jean Mermoz de Dakar, les classes participant au projet « Histoire et Mémoire, sur le chemin des tirailleurs », ont monté deux spectacles drainant au total près de 500 spectateurs.

Parmi les différentes animations proposées durant cette Quinzaine culturelle du lycée Jean Mermoz (se déroulant fin mai-début juin), deux spectacles mettaient en scène les tirailleurs, preuve que ce projet a pris une place essentielle dans la vie de l’établissement. Plus d’une cinquantaine d’élèves de Première et de Seconde ont contribué au succès de ces deux spectacles.

Le premier, porté par la classe de Première L, intitulé « A Tir’d’L » et encadré par madame Ndao, professeur de Lettres et monsieur Andrieu, professeur d’histoire, est avant tout basé sur la guerre vue de l’arrière, notamment du côté des femmes qui voient partir leurs hommes, entre espoir, désarroi et détresse. Le spectacle, rythmé de musiques et de danses sénégalaises, se passe essentiellement au village et la guerre se rappelle régulièrement à ces femmes seules, par l’intermédiaire de quelques lettres, rares, par le poids de l’absence ou par l’espoir de droits nouveaux. C’est un hommage à des victimes souvent oubliées, les femmes, obligées de remplacer l’homme absent, souvent définitivement absent.

Le deuxième, « Une si longue nuit », porté par les élèves de Seconde exploration option Littérature et société, et encadré par madame Ba, professeur de lettres et monsieur Andrieu, s’inscrit dans la recherche de la perception de la guerre pour des populations enrôlées dans un conflit qui parait pourtant bien lointain. L’appel à la « Force Noire » suscite des réactions antagonistes dans les villages, le tirailleur lui-même est pris entre espoir et doute. Les chants wolof et bambara, rythmant le spectacle, montrent cette division de la population, entre les citoyens des « Quatre communes » et les autres, entre l’espoir pour les uns de nouveaux droits promis par Blaise Diagne et la méfiance voir la révolte pour d’autres : « No ngui dem guedio (…) Vous gens de Dakar, Saint Louis, Gorée, Rufisque, n’avez pas démérité. Quand la guerre fut déclarée, vous fûtes les premiers à vous être levés… ».

Le poème de Guillaume Apollinaire « les soupirs du servant de Dakar » ajoute à la mise en scène force, gravité et mélancolie : « C’est dans la cagnât (…) que je songe au village africain, où l’on dansait, où l’on chantait… Je me souviens du si délicat si inquiétant fétiche… ». Les dialogues, sur le champ de bataille, inspirés de l’épopée de « Demba Diop » et de « Force-Bonté » apportent réalisme et véracité au spectacle.

L’hommage final ne peut que renvoyer à Senghor et se veut solennel : « Vous tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort, qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ? ».

Au vu de l’engouement et de l’implication des acteurs, dans un amphithéâtre souvent bondé et respectueux, on peut affirmer que ces milliers de morts, « Tirailleurs à la peau noire (…) morts pour la France, morts pour la République » ont été tirés de leur « triple enceinte de nuit » et que le lycée Jean Mermoz leur a rendu le plus bel hommage qui pouvait être.

« Aux tirailleurs sénégalais, morts pour la France,
Voici un nouvel hommage.
Nouvel hommage, en ces cent ans de guerre, nouvel hommage pour se rappeler, de votre courage et votre front fier.
Comme Senghor, et bien d’autres avant nous, nous ravivons de douloureux souvenirs, afin que désormais, plus personne n’oublie les tirailleurs sénégalais.
Souvenez-vous du bruit des canons dans le froid pays, des femmes laissées seules sans leur mari, souvenez-vous encore du combat de ces hommes pour notre patrie !
Déchirez les rires Banania sur tous les murs de France, les affiches allemandes et leurs slogans maudits.
Recevez le salut de vos camarades noirs comme blancs, Tirailleurs Sénégalais
Morts pour la République. »
Texte-hommage final de Marie Laplane, élève de 1ère L.