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L'Ile Maurice et la Grande Guerre, « Combattre, (sur)vivre, se souvenir »

Affiches des 48 soldats du monument aux morts de Curepipe
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Ce projet a démarré en mai-juin 2014 autour de deux établissements français de l'Ile Maurice : l'Ecole du Centre / collège Pierre Poivre et le Lycée La Bourdonnais.

Son principal objectif était pédagogique : celui de sensibiliser les élèves à un événement majeur de l'histoire récente, la Grande Guerre, tout en ancrant les cours d'histoire dans l'histoire locale avec une ouverture au pays d'accueil : l'Ile Maurice. L'autre objectif fut scientifique. La Première Guerre mondiale est un pan assez méconnu de l'histoire mauricienne (un thème beaucoup moins abordé que la Seconde Guerre mondiale). Les travaux se sont organisés autour du triptyque : "combattre, (sur)vivre, se souvenir" (voir le visuel de l'exposition). Plusieurs approches se croisent donc :

Une approche historique, menée essentiellement par une classe de 1ère L

Dans le cadre de leurs cours d'histoire, les élèves se sont d'abord rendus dès le début d'année (début septembre 2014) au seul lieu de mémoire mauricien entièrement dédié à la Première Guerre mondiale : le monument aux morts de Curepipe. Après une étude architecturale et patrimoniale du monument (voir le questionnaire), chaque élève a choisi deux noms de soldats parmi les 48 noms.

L'année a ensuite été consacrée à une recherche historique essentiellement numérique pour essayer de collecter le maximum d'information sur ces soldats. Le point de départ a été l'ouvrage d'un poète mauricien, Robert-Edwart Hart, écrit en 1919 et intitulé « Les volontaires mauriciens aux armées ». Cet ouvrage, imprimé en peu d'exemplaires et prêté par la Société d'Histoire de l'Ile Maurice, qui se présente sous la forme d'une liste de noms avec annotations, a permi notamment de savoir dans quelle armée chacun des soldats avait servi. Effectivement, l'originalité et la difficulté de ce travail ont été que les 550 volontaires mauriciens se sont engagés dans l'armée britannique -l'Ile Maurice étant une colonie britannique depuis 1815- mais aussi dans l'armée française -par nationalisme ou par nationalité, l'Ile Maurice ayant été une colonie française entre 1710 et 1810-.

Les élèves, guidés par des fiches de recherches et une sitographie, se sont donc initiés à la recherche. Les données ont aussi été croisées avec des articles de journaux trouvés à la Bibliothèque Nationale de Port-Louis.

Une fois ces documents collectés et analysés, un « mur du souvenir » constitué de 48 affiches bachées A3 uniformisées a été réalisé et présenté lors de l'exposition finale. Les élèves ont intitulé leur projet « Ils s'appelaient... ».

Chaque affiche débutait par le nom du soldat, ses prénoms (le dernier étant le prénom courant dans le respect de la tradition mauricienne), l'âge à laquelle il est mort.

En haut à gauche, un oeillet (armée française) ou un coquelicot (armée anglaise) pour montrer l'originalité mauricienne et donner visuellement au lecteur l'armée dans laquelle ce soldat s'était engagé.

La couleur du fond de l'affiche varie pour montrer l'aspect mondial du combat, elle représente le front où le soldat a combattu : bleu pour le front ouest, orange pour le front de Mésopotamie, jaune pour le front des Balkans et vert pour le front africain.

La partie du haut de l'affiche est constituée d'informations personnelles : nom des parents, frères (en insistant sur les frères engagés) et sœurs, études, lieu de résidence, profession...

La partie du bas s'intéresse aux informations militaires : armée, régiment, bataillons, date, bataille et lieu de la mort, lieu de sépulture ou mémorial.

Les illustrations ont été limitée à la photographie de soldat, un document original séparant les deux parties et le blason du bataillon (voir l'illustration de l'article).

Tous les documents de recherches ont été réunis dans des livrets pour les personnes souhaitant plus de détails sur un de ces soldats.

Une approche littéraire

Ce travail historique s'est prolongé par un travail d'écriture mené en collaboration avec le professeur de lettres. Les élèves ont souhaité écrire un recueil de nouvelles autour de leurs soldats ou d'autres soldats fictifs mauriciens. Leurs écrits ont été corrigés à deux reprise avec une phase de réécriture par les deux enseignants (voir le document d'évaluation). Des lettres ont aussi été écrites en anglais par les 1ère de section européenne. Ces documents ont ensuite été rassemblés, mis en page et partiellement illustrés par des CM2 pour être imprimés en 150 exemplaires sous le nom « Il y a cent ans déjà ».

Une approche historique et familiale

Les parents d'élèves ont été sollicités à la recherche de documents de famille et de témoignages exploitables. Cette requête a permis de collecter des documents éparpillés et/ou inédits qui ont été transcrits, annotés et utilisés comme documents d'entrée dans la Première Guerre mondiale avec les CM2.

Les sources mauriciennes obtenues sont :

  • lles lettres et le journal intime de Franck Mayer de Chazal (armée française) sur le front ouest ;
  • les lettres d'Henri Laval (armée britannique) sur le front ouest ;
  • les lettres d'Amédée Rouillard (armée indienne) sur le front de Mésopotamie ;
  • le journal intime de M. et Mme Toulorge restés sur l'île dont les deux fils sont au front ouest et au front des Balkans ;
  • plusieurs correspondances de marraines de guerre mauriciennes avec leurs filleuls ;
  • un article sur une société du drapeau mauricienne.

Ces sources mauriciennes ont ensuite été exploitées par un club d'histoire en collège qui a fait une recherche documentaire préparatoire à la rédaction d'affiches pour l'exposition : 17 affiches A2 bachées ont ainsi été réalisées résumant les données scientifiques pour ces sujets (voir des exemples d'affiches).

Les élèves de CM2 ont ensuite utilisé ces « matériaux » pour créer un court-métrage intitulé « Nous ne les oublierons jamais », 12 planches de bande dessinée et une représentation scénique.

Une approche concrète

Les classes de CM2 se sont penchées sur le quotidien des mauriciens pendant la Grande Guerre. Deux sorties scolaires ont été menées : l'une à la Bibliothèque Nationale de Port-Louis, pour feuilleter les journaux de 1914-1918 à la recherche de publicités et d'événements culturels et l'autre dans une biscuiterie de manioc ouverte en 1917 pour compenser le manque d'importation de blé. Ainsi, les élèves ont pu s'imaginer la vie à Maurice rythmée par les nouvelles d'Europe (la Malle, la presse et les câblogrammes) et perturbée par le manque d'approvisionnement (rationnement, le besoin d'autosuffisance alimentaire). Quelques classes de CM2 ont créé des abécédaires pour retranscrire ce quotidien mauricien entre 1914 et 1918 (voir les abécédaires).

Pour finir, un répertoire de l'ensemble de 2000 noms de soldat mauriciens engagés dans la Grande Guerre a été mis au point, listant les hommes dans l'ordre alphabétique.

L'ensemble de ces travaux a été inauguré et montré lors d'une semaine d'exposition à l'Institut Français de Maurice en mai 2015.

L'exposition a ensuite tourné entre les différents établissements. Elle a déjà été demandée pour être exposée le 11 novembre 2015 autour du monument aux morts de Curepipe et elle sera exposé en décembre à l'Aventure du Sucre, un des principaux musées d'histoire de l'île.

Des articles ont été rédigés sur le site du lycée La Bourdonnais tout au long de l'année sur ce projet.