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Le Centenaire est lancé dans l’académie de Nancy-Metz

Peinture réalisée le samedi 21 septembre 2013, fruit d'une collaboration entre des professeurs des écoles, des professeurs d'arts plastiques et des lycéens des enseignements arts plastiques (Lycée Chopin Nancy, Poincaré Nancy, Varoquaux Tomblain).
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Mobilisé depuis déjà plusieurs mois sur le front de la préparation du centenaire de la Première Guerre mondiale, l’académie de Nancy-Metz a souhaité lancer officiellement le cycle des commémoration le mercredi 25 septembre 2013 au Centre Régional de Documentation Pédagogique (CRDP) de Nancy en présence d’élèves et d’enseignants.

Organisée sous l’égide de Mme Béatrice Gilles, rectrice d’académie et par M. Borella, référent « mémoire et citoyenneté », cette demi-journée a permis de tracer les grandes lignes de ce que sera le Centenaire dans les établissements des quatre départements de l’académie de Nancy-Metz. Il sera en particulier l’occasion d’une appropriation par les scolaires des mémoires et de l’histoire du conflit. Ces derniers ont d’ailleurs été associés à cette manifestation : des collégiens de Dombasle-sur-Meurthe et Colombey-les-Belles, ainsi que des élèves du lycée Varoquaux de Tomblaine ont ainsi pu assister à l’intégralité de la demi-journée, alors que des enseignants et des représentants de différents corps d’inspection et d’administration s’étaient mobilisés. 

M. la Rectrice ouvre la séance en insistant sur l’engagement bienvenu de l’ensemble de la communauté éducative dans les commémorations du Centenaire et souligne combien elles représentent une occasion unique de revenir sur cette page dramatique et fondatrice de notre histoire commune et partagée. Au-delà de l’inscription familiale dans les mémoires du conflit, c’est bien l’universalité de l’expérience de la guerre qu’il faut aussi interroger. Ce Centenaire et sa préparation, soutenu par la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, pourra mettre en avant la spécificité de l’académie de Nancy-Metz, académie du front et des territoires occupés, qui portent des mémoires plurielles très vives.. 

M. Borella, référent « mémoire et citoyenneté », insiste sur les enjeux civiques et pédagogiques des commémorations du Centenaire. Le thème retenu dans l’académie de Nancy-Metz pour la commémoration de la Première Guerre mondiale : « la guerre d’il y a cent ans : traces, mémoires, frontières », est adapté à la situation particulière de cette académie :

  • Une académie traversée par la ligne de front.
  • Une académie  qui a été le lieu de certaines des batailles les plus emblématiques de cette guerre, notamment Verdun.
  • Une académie frontalière avec l’ennemi d’hier.
  • Une académie composée de territoires qui ont changé de souveraineté avant et après le conflit (La Moselle).

Les trois thématiques proposées se conjuguent entre elles en respectant ces caractéristiques :

  • Les traces : il s’agit de toutes les traces matérielles et mémorielles laissées par le conflit dans notre région, mais aussi les traces des différentes étapes de la commémoration.
  • Les mémoires : il s’agit des différentes mémoires transmises du conflit, des mémoires variées selon la situation des différents territoires.
  • Les frontières : il s’agit de la frontière internationale, différente avant et après le conflit, mais aussi de la frontière sanglante du front. Frontières aujourd’hui en partie effacées ou abolies mais ayant laissé des traces sur le terrain et dans les mémoires.

Cette commémoration se fait en partenariat avec les pays limitrophes de la Grande Région et notamment de la Sarre.

Une centaine d’établissements primaires et secondaires se sont déjà engagés dans un projet de commémoration dans le cadre de la thématique académique.

M. Borella a insisté sur cet engagement de l’académie : « Mais l’objectif majeur de ce projet académique de commémoration - au-delà des recherches historiques que vont faire les élèves, au-delà des productions artistiques et littéraires qui vont être réalisées - est que les élèves comprennent le sens de cette commémoration.  Il ne s’agit pas de célébrer la guerre ni l’épouvantable massacre qu’ont été les guerres nationales. Il ne s’agit pas de raviver les causes de la haine entre les peuples, mais il faudra les connaître pour les comprendre et les tenir en respect. Il ne s’agit pas de juger si les morts de la guerre sont morts en héros ou en victimes, en faisant leur devoir ou contraints par la force. Il faut comprendre que si nous, les vivants de 2013, faisons mémoire des morts  de la Première Guerre mondiale, c’est parce que leur mort a contribué à fonder ce que nous sommes aujourd’hui ensemble. Il faut comprendre que cette commémoration concerne tous les Français d’aujourd’hui, quelle que soit leur origine, c’est-à-dire qu’elle concerne évidemment aussi ceux dont les ancêtres n’étaient pas français à l’époque de la guerre. La nation que nous formons ensemble n’est pas seulement fondée sur le sol et sur le sang mais d’abord sur l’esprit. Cela reste la plus belle mission de l’Education Nationale que de transmettre aux jeunes générations non seulement des valeurs et des savoirs universels mais aussi une langue, une culture et une histoire qui leur permettent de savoir qui ils sont, condition indispensable à la rencontre fraternelle de l’autre. Ainsi, loin d’être tournée exclusivement vers le passé, la commémoration nous projette vers l’avenir. Elle contribue à faire de nos élèves de toutes origines des citoyens engagés et responsables, se sachant les héritiers d’une histoire à la fois glorieuse et tragique qui est bien leur histoire même si elle n’était pas celle de leurs aïeux au début du siècle dernier, se reconnaissant débiteurs des sacrifices des générations qui les ont précédés, puisant dans cette prise de conscience l’énergie et la volonté de participer eux-mêmes à la construction d’un monde de paix et de justice. »

Un Centenaire soutenu par des projets pédagogiques remarquables

Dans le cadre du processus de soutien aux projets pédagogiques, vingt-quatre dossiers ont été transmis à la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale en juillet 2013 et dix-neuf d’entre eux ont obtenu le label « Centenaire ». Proposés par l’académie, des établissements du premier degré, collèges, des lycées généraux ou professionnels, tous portent en eux une approche pluridisciplinaire et ouverte de l’histoire de l’événement. Un grand nombre, à l’image de ceux sur lesquels travaillent le CRDP, s’emploie à appréhender le conflit de manière pluridisciplinaire à partir de ses mémoires, en insistant sur l’idée d’appropriation et de transmission aux jeunes générations. Le projet académique « Traces, mémoires, frontières » s’inscrit totalement dans cette dimension et irradie l’ensemble du territoire. Mme Renaudin, IA-IPR d’Arts Plastiques présente d’ailleurs à l’occasion de ce lancement une séquence vidéo portant sur la mobilisation dans ce cadre du collège Jacques Gruber de Colombey-les-Belles. Ce dernier propose de travailler sur la question du camouflage et du mimétisme pendant la guerre à travers l’installation d’une « cabane » au cœur de l’établissement grâce à l’intervention d’un architecte plasticien.

On a retrouvé le soldat Borical

La projection du docufiction On a retrouvé le soldat Borical, coproduit par France Télévisions, suivi d’une discussion avec son réalisateur Barcha Bauer a été le point d’orgue de l’après-midi. Le public a été conquis par l’histoire de ce soldat guyanais dont les restes ont été retrouvés en 2011 aux abords du village disparu de Douaumont. Ils seront rapatriés en Guyane en septembre de la même année. Barcha Bauer a rappelé à l’issu de la projection combien ce destin d’un simple soldat venu d’outre-atlantique défendre un territoire et ses valeurs l’a ému. Par delà les années, le soldat Borical nous interroge sur l’engagement et finalement sur le multiculturalisme bienvenu de notre société moderne. Ce documentaire nous permet également de prendre conscience du deuil massif qui toucha la société française dans l’entre-deux-guerres, de la problématique encore vive des disparus et de la présence des corps sur le champ de bataille cent ans après l’événement. L’archéologie de la Grande Guerre, en plein développement aujourd’hui, offre de ce point de vue un nouveau champ d’investigation pour mieux comprendre le conflit et ses résonances contemporaines.