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Académie de Nancy-Metz : carte de vœux réalisée par les élèves autour du Centenaire

Elément de la carte retenue pour les vœux de l’académie de Nancy-Metz.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

À l’initiative de Béatrice Gille, rectrice de l’académie de Nancy-Metz, et dans le cadre de la commémoration du Centenaire de la Première Guerre mondiale, des élèves et professeurs des collèges et lycées de Lorraine ont participé depuis la rentrée à la réalisation de projets pour la carte de vœux 2014 de l’académie, avec le soutien de Sophie Renaudin, IA-IPR d’arts plastiques.

Le jury a pu apprécier la qualité plastique des images ainsi que le lien entre histoire et mémoire de la Première Guerre mondiale (passé – présent – avenir). L’ouverture vers les thématiques de la paix et de la fraternité renvoie particulièrement à la réconciliation avec l’Allemagne. Les textes présentant la réflexion des élèves ont permis de valoriser la pertinence du projet proposé.

La réflexion menée dans ce cadre conforte l’importance des projets pluridisciplinaires engagés dans le cadre du projet académique « trace, mémoire et frontière ».

La carte retenue pour les vœux de l’académie est une carte animée, conçue par Loriane Dieu-Rémy, élève en terminale dans une option spécifique « art du numérique » ouverte aux filières L et S. Ce choix valorise l’implication des arts plastiques dans la construction des compétences numériques et dans l’action pédagogique liée aux commémorations de la Première Guerre mondiale et de son Centenaire. 

 Esquisses de la carte de vœux :

Esquisses de la carte de voeux.

 

La carte de vœux (cliquer pour voir la carte animée) :

La carte de voeux.

 

 

 

 

 

 

 

Entretien avec Loriane Dieu-Rémy, élève en terminale lauréate

Comment vous êtes vous emparée de cette commande ?

Mon animation passe d’une image de la guerre à l’espoir d’une nouvelle année, 2014. Je connaissais les tranchées, l’uniforme bleu des soldats sans protection. J’ai fait des recherches sur internet. Les photographies de l’époque sont en noir et blanc et un peu floues car la technique était en développement. Ce sont de bons documents pour témoigner de la guerre 14-18. J’ai discuté avec des amis et ma famille. Je trouve la cruauté triste. J’ai choisi de m’intéresser à l’humanité, à la solitude des hommes en temps de guerre.

Vous proposez un dessin d’animation. Pouvez-vous préciser les raisons ?

Je pense que le dessin transmet une émotion plus sûrement que la 3D qui cherche à rendre une réalité comme dans certains jeux vidéo. Je m’intéresse énormément aux films d’animation japonais, tel que Hayao Miyazaki, réalisateur du « Mon voisin Totoro », pour le plus connu. Dans les années 70/80, sont apparus des dessins animés japonais dans les émissions pour les enfants. Mais déjà à l’époque des Impressionnistes, les échanges entre les deux cultures étaient importants. Je me souviens clairement d’un portrait où, par quelques lignes pertinentes, un artiste français évoque un visage au lieu de chercher à reproduire l’ensemble des traits, s’inspirant ainsi des pratiques asiatiques traditionnelles. Grâce à Internet, je regarde maintenant de nombreux courts métrages quelques jours après leur sortie au Japon. J’analyse le dessin et j’essaie de le reprendre dans mes animations. J’ai, de plus, progressé en japonais et souhaite me rendre dans ce pays. J’aimerai devenir mangaka, métier qui nécessite des talents d’écrivain et de dessinateur. Cela tient fortement à cœur, certes, mais ce n'est pas mon rêve absolu. Pour travailler dans l'animation, il n'est nul besoin d'écrire, car nous reproduisons des histoires déjà écrites par des mangaka. Le domaine de l'animation est donc un domaine qui me passionne, m’intéresse, mais n'est pas ma priorité, car je préfère avant tout le dessin papier, et être auteur de ma propre histoire.

Comment avez-vous choisi d’impliquer le spectateur ?

Dans cette animation, on a de la peine pour ce soldat car il est seul dans sa tranchée, sûrement le seul survivant de sa troupe, seul dans sa tête. Il est représenté à côté de son fusil, chose qui a retiré et retire encore la vie. Le ciel noir, les nuages sombres évoquent la tristesse et la confusion de l’esprit du soldat. En fonçant les couleurs, le spectateur aurait été davantage dérangé. Il s’agissait de se concentrer sur la solitude. Je n’ai pas souhaité montrer les traits du visage afin que ce soldat reste anonyme. Le choix du point de vue place le spectateur au niveau du soldat. Il est emprisonné dans la tranchée, entouré de barbelés. On ne reste pas longtemps sur cette image pour passer au rêve, à l’espoir. Le cadrage se resserre sur la colombe. Puis, le spectateur se retrouve en point de vue subjectif : il devient la colombe, comme dans un rêve. Le soldat et le spectateur, unis, se retrouvent dans un ciel bleu, paisible et lumineux.

Comment avez-vous articulé les techniques virtuelles et matérielles dans ce projet ?

J’ai d’abord dessiné sur papier, deux dessins par plans. Sur papier, je maitrise mieux le trait. J’ai ensuite scanné et travaillé à la tablette le passage d’un plan à l’autre. Les couleurs sont réalisées sur l’ordinateur. Cela  me permet une maîtrise de la couleur exacte, à l’opposé d’un mélange de peinture qui me parait toujours imparfait. J’ai aussi la possibilité de multiplier les essais et de revenir en arrière si nécessaire. 

Pouvez-vous évoquer quelques uns de ces essais ?

J’ai consacré du temps à la réalisation de cette vidéo. Ainsi, pour rendre l’envol de la colombe, j’ai observé des vidéos d’oiseaux. Je n’étais pas satisfaite de mes dessins. J’ai même passé du temps à regarder les pigeons s’envoler en pleine ville ! Cela montre l’importance du regard, de l’observation chez les plasticiens. La réalisation des rayons de lumière était également complexe. J’ai cherché des représentations de lumière en dessin. J’ai réalisé beaucoup d’essais : des rayons jaunes autour de 2014, d’autres blancs, nets, des rayons qui apparaissaient et disparaissaient… La proposition finale s’appuie sur ces recherches : des rayons blancs, bleutés, de longueurs et d’épaisseurs inégales, floutés et partant du dessus de l’image. Je les fais apparaitre petit à petit en opacité à l’aide du logiciel.

Quelques mots de conclusion ?

J’ai commencé par une tranchée qui montre l’horreur de la guerre et imaginé une transition vers la colombe qui évoque la paix et vers la lumière. Commémorer la guerre, c’est rappeler à notre génération de ne pas oublier l’horreur et la souffrance qui y sont liées. Les images de guerre sont très présentes dans les jeux vidéos actuels mais dans la réalité, on n’a qu’une seule vie, on ne peut pas réapparaitre à un « autre endroit de la map ». Il est essentiel de ne pas oublier, de ne pas reproduire ces atrocités. À travers cette animation, je souhaite rappeler que même lors des difficultés, l’espérance est toujours présente.