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A la recherche des anciens élèves du lycée Vauvenargues, morts durant la Grande Guerre

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Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Une classe de 1ère ES du lycée Vauvenargues d'Aix-en-Provence a fait des recherches sur les anciens élèves de leur établissement morts durant la Première Guerre mondiale. Très engagés dans ce travail d'histoire et de mémoire, les élèves impliqués ont rédigé un recueil évoquant le quotidien dans le civil et au front de ces jeunes d'autrefois.

Origine du projet

Le lycée Vauvenargues d'Aix-en-Provence a ouvert ses portes en 1909, cinq ans avant le déclenchement de la Grande Guerre. Il possède près de sa cour un immense rocher où se trouve gravée l’inscription « aux anciens élèves du lycée morts pour la France », accompagnée d’une croix de guerre en bronze incrustée dans ce mégalithe. Mais aucun nom n’y figure. Deux anciens enseignants retraités de l'établissement, souhaitant combler ce manque, ont proposé de travailler avec une classe pour retrouver leur trace. Le projet a été très soutenu par la direction de l'établissement. La première étape, la plus fastidieuse (et effectuée par un des anciens collègues), a été de retrouver systématiquement tous les noms des élèves inscrits au lycée depuis l’année 1909 jusqu’en 1916 (car au-delà on sort des classes mobilisables) dans la base de données Mémoires des hommes.

A partir de la liste établie, une classe de première ES a travaillé à rédiger la biographie civile et militaire de chacun des 32 poilus répertoriés.

Déroulement du projet

Les recherches se sont inscrites dans la continuité du programme d’Histoire de 1ère ES : « Histoire économique et sociale depuis 1850, l’expérience combattante durant la Première Guerre mondiale. »

En amont du projet, le champ des investigations avait été listé : besoin de connaître où habitaient les hommes engagés, leur origine sociale, leur niveau d'études et éventuellement le métier exercé par la suite, leur régiment d’incorporation et leur parcours militaire. A la première séance, les élèves ont joué au serious game « Gueule d’Ange », réalisé par les Archives départementales des Yvelines. Le jeu, qui consiste à retrouver le parcours de combattants de la Grande Guerre, propose une liste de sites internet et de documents que les élèves ont pu utiliser pour obtenir des renseignements généalogiques et, ainsi, faire revivre la vie d'un Poilu. Les registres matricules et d’état civil ont été numérisés et mis en ligne sur le site des archives départementales. Les journaux de marches et opérations (JMO) pour le quotidien des régiments au front sont disponibles sur "Mémoire des Hommes". Quant au site Geneanet, il apporte des renseignements sur les lieux de sépulture, parfois des photos de poilus et leur généalogie. Enfin, le site Delcampe a permis aux élèves de retrouver images et cartes postales anciennes, ainsi que le fonds iconographique de la Cité du Livre à Aix en Provence.

Chaque élève a été libre de la forme de la biographie rédigée ; certains se sont appropriés leur avatar et ont écrit à la première personne, d’autres ont préféré un style impersonnel. Les travaux sont de longueur inégale, au gré de la fortune des renseignements glanés.

Dans un deuxième temps, il a fallu classer ces biographies, approfondir le cadre historique local, rechercher les métiers de l’époque, les régiments du début du siècle dernier comme celui d’artillerie hippomobile. Le professeur d'histoire a travaillé de concert avec la documentaliste du lycée sur le dispositif transverse d’accompagnement personnalisé et parfois de cours en classe entière.

Le résultat
  • Les élèves ont été très motivés, impatients, enthousiastes, avec de l’émulation entre eux : c’est un projet qui a vraiment accroché les élèves quel que soit leur sexe et leur « niveau ».
  • Pour les élèves, le travail a porté sur trois mois (novembre à fin janvier)
  • Un recueil de 88 pages présente le fruit de leur travail d’histoire, une plaque gravée de 32 noms sur le rocher témoigne pour longtemps de leur travail de mémoire.

Une cérémonie d’inauguration de la stèle et de remise des recueils a été organisée pour clôturer ce projet.

Bilan de cette expérience pédagogique

Les élèves ont fait des liens entre les savoirs savants et une recherche personnelle sur un cas concret. Cela a donné sens à leur apprentissage. Ils ont eu des remarques du genre « c’est comme on a vu en cours ». Le ressenti est un peu différent selon le sexe : les garçons évoquent des sacrifices, les filles la souffrance au front.

Le professeur a essayé de transmettre le goût de la recherche historique, pousser les investigations le plus loin possible, avoir le plaisir de faire « revivre » le passé, de faire des découvertes. C’est un peu l’essence même de la vocation d'enseignant en histoire.  Une frustration : la difficulté non surmontée de retrouver des photos, mais aussi des descendants forcément collatéraux pour les informer de ce travail de recherche effectué sur un arrière grand-oncle mort jeune à la guerre.