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Des élèves de Nouvelle-Calédonie sur les traces des Maoris dans la Grande Guerre

Photo prise du groupe autour de Mr Le Consul de Nouvelle Zélande et son attachée Mme Saint-Pierre, le jour de « Dawn Ceremony » ANZAC Day 2017, le 25 Avril 2017.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le collège de Normandie à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) s'est lancé dans un projet d'étude des Maoris dans la Grande Guerre et la constuction de l'identité Nouvelle-Calédonienne depuis 1917.

Un projet pluridisciplinaire et commémoratif

Le projet commémoratif pluriannuel se constitue d’un atelier qui a lieu deux fois par semaine, autour d’un groupe de 15 élèves. Ceux-ci suivent le projet depuis la 6ème et ont été invités à Verdun lors des cérémonies et journées franco-allemandes pour la jeunesse autour du 29 mai 2016. L’année scolaire qui commence mi-février a débuté par la participation au concours « Bulles de Mémoires » organisé par l’ONAC. Les élèves ont travaillé sur la question de la mise en mémoire d’un aspect de la 1ère Guerre mondiale sous forme de planches dessinées -  ils ont imaginé, en manga, la rencontre d’une adolescente avec un cheval néo-zélandais et un soldat noir américain, sur le front en 1917.

Dans le cadre de ce concours, chaque élève a apporté ses idées et transporté son imagination créative cent ans en arrière, en inscrivant la trace américaine dans le monde suite à l’entrée des Etats-Unis dans le conflit, le 6 avril 1917. Puis, ils ont conclu sur la question du devenir des 100.000 chevaux envoyés en guerre depuis la Nouvelle-Zélande. Pour ce concours, l’établissement est arrivé 1er dans la catégorie "collèges et lycées étrangers".

Depuis 2014, le groupe d’élèves qui s’étoffe au fur et mesure des projets, mène les réflexions en miroir avec la Nouvelle-Zélande, pays qui est géographiquement proche et qui a une histoire et une identité récentes. 

Aussi, la célébration de l’ANZAC Day (24 et 25 avril) est le moment où des élèves de la 6e à la 3e s'impliquent dans les commémorations auprès du Consulat de Nouvelle Zélande et de l’O.N.A.C. Ils récitent le poème "In Flanders Fields", déposent des roses sur les tombes des soldats et entonnent les hymnes nationaux. En 2017, lors de la cérémonie du 24 avril au cimetière néo-zélandais de Bourail et de la cérémonie du lever de soleil, le 25, les élèves ont rencontré des officiels, des anciens combattants et des familles néo-zélandaises venues partager leurs émotions. C’était un grand moment dont la solennité a fortement touché les élèves.

Identités en guerre en 1917

La définition des identités en présence en Nouvelle-Calédonie en 1917 a été mise en lumière en visitant le site de Fort Teremba, ancien bagne français construit à partir de 1871 et fermé en 1919, situé dans la commune de Moindou, côte Ouest de la Grande Terre, à 2h de Nouméa. L’aménagement de cette colonie a bénéficié de la main d’œuvre des bagnards : forçats, déportés, relégués.

A ces travailleurs non libres français ou kabyles, s’ajoutent les engagés, Néo-Hébridais, Malabars et Asiatiques, les administrateurs du pénitencier accompagnés de leur famille, et les libérés. Parmi les indigènes Kanak, le grand-chef Mindia, de Houaïlou, lance son appel à la guerre au cours d’un grand rassemblement. Il reprend les formules, les gestes et les paroles d’autrefois pour galvaniser son peuple. Il donne l’exemple aux autres tribus. Le 3 janvier 1916, le 21ème contingent calédonien présente pour la première fois la particularité d’être composé principalement de volontaires autochtones. Le premier bataillon de Tirailleurs Indigènes est créé et se couvre par la suite de lauriers.

Au total, 2113 hommes calédoniens et kanak s'engagent sur les champs de batailles de Barleux, Villers-Carbonel, Verdun, le Chemin des Dames. D’autres sont dans l’armée d’Orient de fin 1915 au milieu de 1917, où ils participent aux combats des Dardanelles et au camp retranché de Salonique. Leurs citations nombreuses fixent leurs actions collectives et leurs actes héroïques individuels. Leur bravoure les auréole de la légende des « combattants du Pacifique ».

Parmi eux, certains meurent aux champs d’honneur ou sont blessés. Beaucoup sont éprouvés par le climat. En Nouvelle-Calédonie, les Calédoniens mobilisés et les volontaires kanak assurent la sécurité et sont prêts à toute éventualité. Les besoins militaires causent un manque de main d’œuvre important et compromet le développement de la colonie où il y a tant à faire. Le contexte de tensions, le code de l’indigénat, les querelles religieuses entre catholiques et protestants, le bétail des colons parcourant les terres indigènes, aboutissent à la révolte de 1917. Elle est un acte de désespoir face aux contraintes très lourdes subies. En 1918-1919, les inspecteurs du ministère des Colonies recensent les causes de la révolte et des mesures sont prises pour éviter que cela ne se reproduise.

Un projet collaboratif et d’actualité

Le projet « 1917 : Identités 2017 » est un projet bilingue qui implique 30 élèves, ainsi que deux établissements néo-zélandais : Wellington Girls’ High School et Wakatane High School. Un déplacement des groupes est prévu en septembre et octobre de cette année. Il s'est déroulé en collaboration avec les élèves et professeur d’Histoire du collège de Dumbéa-sur-mer en Nouvelle-Calédonie. Les questions posées concernent les regards à accorder aux identités en Nouvelle-Calédonie et Nouvelle-Zélande en 1917, la nature des conflits et des révoltes  et la mesure dont elles modifient les identités.

Suite aux réponses apportées, les collégiens du Collège de Normandie rencontrent les collégiens de Dumbéa courant juillet, pour mettre en forme les réflexions communes. Puis, le groupe doit mettre en miroir l’histoire de la Nouvelle-Zélande colonisée et l’impact de l’engagement des Maoris dans la Première Guerre mondiale, l’année 1917 en Nouvelle-Zélande et comment cet engagement se transforme en affirmation d’identité autonome et indépendante.

Avec l’aide des partenaires néo-zélandais, le parcours tracé par les Maoris dans leur citoyenneté jusqu’à aujourd’hui sera défini. Ce projet s’inscrit dans l’actualité, en cette année qui précède le référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie.

Le portail Shared Histories répertorie les différents projets pédagogiques liés autour de la Grande Guerre menés par le collège de Normandie, ainsi que celui de Georges Baudoux, tous deux situés à Nouméa.