Espace pédagogique > Des orphelins de guerre réhabilités par des collégiens de Cholet

Des orphelins de guerre réhabilités par des collégiens de Cholet

Joseph Peneau, mort au combat le 28 octobre 1914, laissant son fils Raymond pupille de la Nation.
© Collège Trémolieres de Cholet
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Depuis 2013, des élèves du collège Trémolières de Cholet (Maine et Loire) se sont engagés dans un travail de mémoire autour de la Grande Guerre. Après avoir réalisé une exposition dans l’enceinte du collège sur la mémoire familiale de la Première Guerre mondiale puis la découverte de l’expérience combattante des footballeurs du Club Olympique Choletais et celle des prisonniers de guerre à Cholet, ils se sont intéressés à une autre catégorie de victimes du conflit : les orphelins de guerre.

Adopter la démarche de l’historien

Les quatre classes engagées dans ce travail -  deux classes de quatrième et deux classes de troisième – se sont rendues aux Archives Municipales de Cholet, où elles ont pu travailler sur des documents originaux présentés par Nathalie Lucas, responsable du service éducatif.

Ces documents concernent le recensement de 1913, les registres matricules, les actes d’état civil, les articles de presse et affiches. Cette étude, menée par les élèves, a été complétée par les sources repérées dans les archives familiales privées. Elle a été nourrie par le croisement de ses sources et des questionnements posés.

Histoires parallèles

La première étape du projet a permis de découvrir les destins des pères et leurs parcours individuels pendant la Première Guerre mondiale, tel celui de Joseph Peneau, soldat du 77ème Régiment d’Infanterie de Cholet tué à Zonnebeke en Belgique le 28 octobre 1914. La veille de sa mort, il avait envoyé une lettre à sa femme Rose et à son fils Raymond en leur demandant de ne pas s’inquiéter. Après la rédaction de portraits de pères morts pour la France, les élèves se sont intéressés à leurs enfants, devenus orphelins.

La République protège les orphelins

Sur les actes de naissance de Marthe, d’Eugène, de Raymond, de Roland, de Madeleine, d’Henri et de tant d’autres, les élèves ont relevé la mention « Adopté(e) par la Nation  ». Ils se sont alors penchés sur les mesures prises pour aider ces orphelins : la loi de juillet 1917 et la question concernant les cartes d’identité de pupilles de la Nation.

En outre, les élèves ont lu une sélection d’articles de la presse locale à partir de laquelle ils ont pu constater que des initiatives privées d’aide aux orphelins de guerre s’ajoutaient à cette aide de l’Etat, comme des ventes de charité ou des spectacles mais, aussi, ils ont pu constater que des Américains via la Fraternité américaine apportaient une aide à un petit choletais orphelin de guerre,  René Le Névé.

Ce travail a été poursuivi en classe et en lien avec le cours d’informatique au sein duquel les élèves ont rédigé des articles, disponibles en ligne sur le site Cholet et la Première Guerre mondiale et sous forme de livre numérique.

Grandir dans l’ombre d’un héros absent

Avec Cathy Karzasi, infirmière scolaire du collège, les élèves ont abordé la notion plus sensible du deuil et plusieurs questions ont été posées. Quel pouvait être l’état d’esprit de ces orphelins qui pour certains n’avaient pas connu leur père? Peut-on faire son deuil quand tous les ans des cérémonies officielles au monument aux morts rappellent le statut d’orphelin ? Comment se construire dans la mémoire de ce père « Mort pour la France » ? Un moment d’échanges en classe, beaucoup de questions et pas toujours de réponses. Les élèves de 3ème ont alors suivi le parcours d’Henri Cousseau, orphelin de guerre à neuf ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage en 1941 dans la Résistance à l’occupation allemande et va connaitre de nombreux camps et prisons en France avant d’être déporté au camp de Buchenwald en Allemagne. Lorsqu’il revient à Cholet en mai 1945, il ne pèse plus que trente-cinq kilos. Selon Yvonne Raguier, sa fille, le choix de la Résistance d’Henri Cousseau, a été notamment motivé par la mort de son père sur les champs de bataille de l’Aisne en 1915.

Ainsi, comme son père, Henri Cousseau s’est engagé pour la patrie. Le 12 décembre 2016, en présence de sa famille, une rue à son nom a été inaugurée à Cholet. Il est devenu lui aussi un héros.