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L'Historial de la Grande Guerre de Péronne

Historial de la Grande Guerre de Péronne
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Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Depuis 20 ans, au fil d’une présentation originale et marquante, l’Historial de la Grande Guerre aborde le premier conflit mondial dans toute son ampleur et son humanité ; les visions des trois principales nations belligérantes du front occidental se croisent au fil des témoignages de la guerre vécue sur le front et à l’arrière. Une collection unique de plus de 70 000 objets, montre ainsi la vie quotidienne des soldats, mais aussi celle des civils. Témoignages des souffrances et horreurs de la guerre, les œuvres d’Otto Dix, et de nombreux autres artistes, marquent la fin dramatique d’un monde ancien et l’entrée terrible dans le XXe siècle. L’Historial se prépare à s’inscrire pleinement, avec un projet renouvelé, dans le Centenaire de la Première Guerre mondiale de 2014 à 2018.

L'histoire du musée

L’Historial de la Grande Guerre, inauguré en 1992 et créé à l'initiative du Conseil Général de la Somme, est le premier musée français consacré entièrement à la Première Guerre mondiale traitée sous l’angle international. Son Centre de Recherche étudie et présente une histoire culturelle des sociétés : la culture de guerre, celle des populations civiles et militaires, est développée à travers les trois principaux belligérants du front occidental (Allemagne, Grande-Bretagne, France). Comment évoquer alors les mentalités de ces populations de façon impartiale et rendre compte de la réalité concrète de ceux qui ont vécu le conflit ?

Au moment de l’élaboration du musée, le discours présidant à l’aménagement muséographique imposa de trouver des collections qui devaient illustrer les thèmes définis. Pour les historiens du Centre de Recherche, ce fut « le retour à l’objet » (Stéphane Audoin-Rouzeau), un objet témoin, un objet qui nourrit et documente une réflexion. « L’objet », qu’il soit un document, un objet en trois dimensions, favorise la compréhension de ce conflit, en rappelant quelle expérience traumatisante il fut pour les hommes en guerre.

L’objet, qui doit légitimer le discours des historiens, doit donc faire plus que l’illustrer : il doit expliquer et restituer le contexte. A l’Historial de la Grande Guerre, les collections rendent compte en comparant entre les trois pays retenus, et donnent un éclairage sans figer sur un seul axe de pensée.

L’histoire, qui doit être objective, est mise en application à l’Historial de la Grande Guerre avec des objets qui tous offrent cependant certainement une réalité subjective variable. Outils de connaissance, ils sont chargés pour beaucoup d’évocations et riches du pouvoir émotionnel. A l’Historial de la Grande Guerre, le subjectif et l’objectif sont liés, dans un questionnement et une analyse stimulant l’attention du visiteur.

Le fonds Grande Guerre du musée

Vastes collections

Les collections, constituées à partir de 1987 et comportant 70 000 objets authentiques inventoriés de la période 1900-1930, sont de toute nature. Elles restent soumises à la notion de l’homme en guerre : objets fabriqués par lui de façon artisanale ou industrielle, qu’il a pu porter, avoir contre lui pour se vêtir, se nourrir, communiquer, se soigner, mais aussi pour tuer l’ennemi et survivre dans le cataclysme de la guerre.

Aussi ne trouve-t-on que des objets de dimensions réduites. De tous, c’est le panneau de bois portant l’inscription : « Nicht ärgern, nur wurden » qui est le plus imposant (salle II et qui peut être traduit par : « Ne pas se fâcher, s’étonner seulement » que les troupes allemandes avaient laissé sur l’hôtel de ville de Péronne en 1917 à l’attention des alliés). La muséographie distinguant la vie sur le front (les fosses au niveau du plancher) de celle des civils (vitrines verticales), chaque objet est mis particulièrement en valeur. Dans le premier cas, les objets sont exposés, à même les pieds du visiteur, sans vitre ni artifice ; dans le second, par un éclairage égal, une lecture dynamique sur les trois niveaux permet de comparer pour un même thème l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne.

Documents et objets y alternent, porteurs de réflexions sur les nécessaires échanges entre le front et l’arrière, entre les trois belligérants, les postes vidéos animant avec leurs images d’archives filmées, aussi bien les vitrines que les fosses.

Diversité des collections

Les objets en volume (trois dimensions) offrent une diversité de thèmes encore plus grande, laissant parfois la frontière entre le domaine civil et le domaine militaire assez discontinue : un appareil photographique, un objet artisanal réalisé à partir de douilles d’obus, un flacon de dentifrice sont des objets qui vont du front à l’arrière et vice versa. Les accessoires du fumeur, les instruments de musique, les appareils, les jeux et jouets sont autant d’éléments propres à restituer une époque et traduire des gestes, des émotions, des habitudes. L’intimité peut être déclinée à travers l’objet relatif au culte, les objets souvenir. Ceux-ci peuvent être des feuilles de chêne gravées au nom de la bien-aimée, des mouchoirs brodés par des prisonniers, aussi bien que les plus ordinaires douilles d’obus gravées.

Vêtements de civils, uniformes et leurs accessoires, en cuir ou en tissu, panoplies de soldats pour enfants, décorations militaires… autant d’ensembles qui constituent les sociétés en guerre et rappellent leur engagement dans un conflit qui s’éternise. L’action de la propagande, à travers les imprimés les plus divers, put néanmoins laisser espérer à chacun l’issue prochaine du conflit, au-delà des sentiments patriotiques que l’on retrouve à travers les objets d’artisanat ou du commerce.

Une riche documentation multiforme

Les documents figurés sont nombreux, dominés par la presse quotidienne ou hebdomadaire nationale et internationale, les imprimés, les correspondances, cartes postales et photographies. Le fonds d’affiches illustrées et de placards est riche de plus de 3.000 pièces ; les dessins, peintures et gravures sont dans ces proportions. Pour la vie militaire, les cartes dites d’Etat-major, les documents officiels ou personnels, rendent compte de l’aspect administratif, de la hiérarchie, du fonctionnement de l’armée.
La dimension humaine du conflit est traduite aussi par les correspondances, lien assuré souvent quotidiennement entre le soldat et son épouse ou sa famille : le fonds Georges Duhamel rend compte de la nécessité de ces échanges pour le maintien du moral de chacun, pour l’espoir des retrouvailles et de la vie future en temps de paix. Du simple soldat qui écrit phonétiquement, à l’intellectuel qui s’exprime sur la vie artistique du moment et entretient ses relations avec la capitale, tous ces témoignages nourrissent la connaissance de la Grande Guerre. Ouvrages publiés pendant la Grande Guerre ou peu après, albums, partitions de musique, almanachs, coupures de presse, journaux de tranchées, tracts, tous permettent de restituer le contexte de l’époque que les carnets intimes complètent avec sensibilité. Vignettes et assiettes patriotiques, pièces et billets de monnaie, disques vinyle, films, les collections sont polymorphes, à l’image des productions de sociétés modernes en guerre liées à la propagande et alimentent ce « laboratoire des violences du XXe siècle ».

Les collections de l’Historial de la Grande Guerre, ont aussi la particularité d’être riches en œuvres d’art, aussi bien celles d’artistes reconnus et attendus, que de jeunes artistes issus de l’étude des Beaux-arts et combattant dans les tranchées. Ceux-ci, souvent avides de traduire leur expérience du feu, témoignent avec un réel souci de précision en référençant leurs dessins quant au lieu et à la date. C’est le cas de Maurice Le Poitevin, soldat au 329e régiment d’infanterie dont le journal corrobore le réalisme des œuvres. Chaque artiste, pourvu qu’il se soit exprimé, au plus près du front et de la scène représentée, peut offrir de précieuses indications par la valeur historique et documentaire de son témoignage. C’est ce vécu intime que l’artiste soldat veut partager, qui devient un « objet » historique à part entière, riche de renseignements sur la micro histoire aussi bien que sur la macro histoire.

localisation

Adresse : Château de Péronne
Péronne
France
Téléphone : (+33) 3 22 83 14 18