En France > Champagne Ardenne > Marne > La Marne dans les collections de l'ECPAD

La Marne dans les collections de l'ECPAD

Région de Perthes, soldats prenant leur repas au fond d'un entonnoir organisé en central téléphonique. 24 mai 1916. Photographe : Dangereux, Georges. Référence : SPA 11 J 1049.
© ECPAD
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Les photographies

Le fonds photographique réalisé par les opérateurs militaires de la Section photographique de l’armée (SPA) au cours de la première guerre mondiale contient de nombreux reportages pris dans la Marne. En effet, le département devient un théâtre d’opération majeur de la Grande Guerre, où des millions de combattants de différentes nationalités sont engagés. Créée au printemps de l’année 1915, la Section dépêche immédiatement des opérateurs photographes dans le département, rapportant ainsi de nombreuses images sur les premiers combats de la guerre des tranchées. L’ensemble des secteurs de ce large front est inspecté par les caméras de la SPA et de la SCA (Section cinématographique de l’armée). De nombreux sujets sont abordés dans les clichés pris par les opérateurs, qu’ils soient réalisés en première ligne ou dans les villes et villages situés à l’arrière du front. Il reste difficile d’en énumérer toute la richesse, mais plusieurs thèmes forts s’en dégagent. Voici les sujets les plus représentatifs.

Le front d’Argonne (printemps 1915 – hiver 1916)

Situé à cheval sur les départements de la Marne et de la Meuse, l’Argonne et son immense forêt sont traversées par le front qui s’immobilise dès l’automne 1914. Les combattants aménagent des kilomètres de réseaux de tranchées. Au printemps 1915, plusieurs opérateurs de la Section sont envoyés sur le front d’Argonne. À partir des villes de Vienne-le-Château et de La Neuville-au-Pont, ils réalisent plusieurs reportages sur la vie quotidienne des soldats français. L’activité photographique se poursuit dans la région durant tout l’été 1915 et jusqu’au début de l’année 1916, débordant vers la plaine en direction de Suippes.

Le secteur de Suippes, Souain-Perthes-lès-Hurlus

Les nombreux villages de la région de Suippes détruits pendant le conflit témoignent de la violence des combats. Les paysages de la région de Suippes, Souain-Perthes-lès-Hurlus, sont irrémédiablement marqués par la guerre. Tout au long du conflit, des opérateurs de l’armée se rendent dans les secteurs dévastés pour y réaliser des reportages témoignant de la vie quotidienne des combattants. Albert Moreau (série M) et Georges Dangereux (série J) réalisent d’importants reportages de plusieurs dizaines de clichés.

La bataille de Champagne, septembre 1915

En septembre 1915, l’état-major du général Joffre décide de lancer une grande attaque dans la plaine de Champagne. Cette offensive doit être précédée du tir intensif de l’artillerie, permettant ainsi de détruire les nombreuses défenses que l’ennemi a construit. Deux photographes se distinguent lors de la bataille. Paul Queste (auteur de la série B) et Albert Moreau (auteur de la série M) sillonnent le front de Champagne, rapportant des vues des combats où captifs, tués et blessés sont pris en photographie. Ces reportages témoignent de l’intensité et de l’horreur des combats, montrant pour la première fois dans l’histoire de la Section photographique de l’armée l’horreur et le désarroi des combattants français et allemands.

Le Four de Paris

Position située aux confins du département de la Marne, au sein de la forêt d’Argonne, le Four de Paris et ses environs sont aménagés par les troupes françaises pour tenir la route de Sainte-Menehould à Verdun. Ce haut lieu de la Grande Guerre est donc plusieurs fois visité et photographié par les opérateurs de l’armée entre 1915 et 1917. Les opérateurs Tétart (auteur de la série T), Albert Samama-Chikli (auteur de la série L) et Pierre Pansier (auteur de la série N) rapportent une grande quantité d’images montrant les conditions difficiles dans lesquelles évoluaient les combattants français engagés dans le secteur.

Le village de Sainte-Menehould

Plus au sud de ce secteur dévasté, le village de Sainte-Menehould devient un lieu important durant le conflit. Situé au sud de la forêt d’Argonne, le village marnais devient un centre de commandement, de soin, de ravitaillement et de repos pour de nombreuses unités qui combattent dans la région. Dans un incessant chassé-croisé d’hommes et de matériels, les opérateurs photographes de l’armée réalisent entre l’été 1915 et le début de l’année 1918 des dizaines des clichés, témoignant de l’importance stratégique de cette ville, déjà ville de garnison avant la guerre.

Avec l’armée russe en Champagne

L’année 1916 marque l’arrivée des contingents de soldats russes. Débarquant en France en avril 1916, des unités russes rejoignent le front de Champagne. Elles participent à la défense du front d’Aubérive, prenant leurs quartiers dans le secteur de Saint-Hilaire-le-Grand. Jusqu’à l’annonce de la révolution russe de 1917, ces troupes participent aux combats de l’offensive du Chemin des Dames dans le secteur marnais des Cavaliers de Courcy, en avril 1917, avant d’être retirées du front. De nombreux clichés pris par les opérateurs de l’armée, notamment de la main du photographe Albert Samama-Chikli (série L) en été 1916, puis de Pierre Pansier en février 1917 (série N), montrent l’engagement des troupes russes sur le front de Champagne.

Mourmelon, camp militaire aux portes du front

Le camp militaire de Mourmelon demeure un lieu imprégné de la présence de l’armée depuis deux siècles. Terrain de manoeuvre, le camp de Mourmelon devient un point majeur de l’activité militaire durant la première guerre mondiale. Situé à l’arrière du front, ce secteur sert de camp d’entrainement aux troupes qui s’apprêtent à partir au combat. De nombreuses images relatent les exercices destinés à l’aguerrissement des troupes à la guerre de tranchée. Un important polygone d’artillerie est également présent, voyant ainsi mis en batterie une grande partie des pièces d’artillerie lourde montées sur voie ferrée (ALVF). Ces canons montés sur voie ferrée jouent un rôle décisif dans la réussite de la bataille des Monts de Champagne, en avril 1917.

Conquête du massif de Moronvilliers, avril à juillet 1917

Moins connue que l’offensive du Chemin des Dames, qui se déroule à la même date, l’attaque des Monts de Champagne n’en demeure pas moins importante. En effet, cette série d’attaques dirigées vers les collines qui dominent la plaine de Champagne doit servir de soutien à l’offensive principale menée sur le Chemin des Dames. Les différents monts sont pilonnés par l’artillerie lourde française cherchant à anéantir les défenses allemandes souterraines, creusées à partir d’octobre 1914. L’infanterie s’élance sur un terrain dévasté par les obus, remportant un succès important. Deux opérateurs, Pierre Pansier (série N) et l’opérateur Guyon (série A), suivent le déroulement de la bataille en réalisant des vues des tranchées écrasées par les obus.

Châlons-sur-Marne, ville de garnison

La ville de Châlons-sur-Marne est une importante ville de garnison, marquée par la présence toute proche des camps de Mourmelon, de Suippes et de Mailly. De nombreux reportages sont réalisés dans la ville et ses alentours. Entièrement mobilisée dans la guerre, la ville devient le siège du quartier général de la 4e armée commandée par le général Gouraud, héros des campagnes militaires d’Afrique et des Dardanelles. À ce titre, beaucoup de reportages sont consacrés aux cérémonies qui se déroulent en cette place, honorant les combattants français et alliés. Nombre de reportages suivent l’installation des infrastructures destinées à l’armée. Routes, voies ferrées, gares, dépôts de matériels et hôpitaux sont autant d’espaces visités et photographiés par les opérateurs de l’armée.

Secteur nord de Reims : des cavaliers de Courcy au village de Cernay-lès-Reims

En automne 1914, le front se fige devant la ville de Reims. Cette dernière est alors soumise aux tirs de l’artillerie allemande, bombardant sans relâche les faubourgs Nord. Plusieurs verrous permettent aux troupes françaises de tenir ce front, l’un installé sur le canal de l’Aisne à la Marne, un autre au village de Bétheny situé au nord et un encore présent devant le village de Cernay. L’ensemble de cette zone est visitée à plusieurs reprises par les opérateurs de l’armée, entre 1915 et 1918. Plusieurs reportages montrent l’installation progressive du front, notamment par les travaux des opérateurs Paul Queste, qui réalise des centaines de vues du secteur durant l’été 1915 (SPA 13 B et SPA 15 B), et Albert Moreau (série M), qui opère également à la même époque (SPA 21 M et SPA 22 M). Entre 1916 et 1917, le secteur reste relativement calme, voyant les combattants occuper leurs positions (série V, IS, et M). De nombreuses visites de diplomates et de correspondants de guerre sont également menées sur cette partie du front. Ce secteur est à nouveau marqué par la guerre de mouvement lors de la contre-offensive générale des Alliés en août 1918, voyant une grande partie de la zone libérée (SPA 14 AD). De nombreuses images témoignent de la vie quotidienne des soldats français présents dans le secteur de la ferme d’Alger (Bilowski, Henri, SPA 3 V).

Le fort de la Pompelle et la ferme d’Alger

Autre point majeur dans la défense de la ville de Reims, le fort de la Pompelle devient durant tout le conflit un lieu où se déroulent de nombreux combats. Entre 1915 et 1918, plusieurs opérateurs se succèdent dans le fort, en grande partie détruit par les bombardements de l’artillerie allemande. Le fort demeure donc un point de résistance, d’où s’engagent également les troupes russes arrivées en France à l’été 1916 (opérateur Darsy, SPA 27 A). L’opérateur Samama-Chikli réalise plusieurs vues en février 1918 (SPA 65 L), car le fort connaît plusieurs tentatives adverses pour le faire tomber.

Tout près du fort se trouve la position de la ferme d’Alger. Ce secteur situé devant le fort de la Pompelle est le théâtre de violents combats lors de l’année 1915. Tout au long de la guerre, la position sera le poste d’observation et d’attaque qui permet aux défenseurs du fort de la Pompelle de tenir (SPA 3 V).

Seconde bataille de la Marne, été 1918

Une grande série de reportages photographiques est également réalisée lors de la seconde bataille de la Marne. Entre les 15 et 31 juillet 1918, les forces alliées menées par les 10e et 6e armées françaises repoussent les troupes allemandes qui étaient parvenues à enfoncer le front français et allié dans la région de Fismes, à Dormans. Plus de quarante mille soldats allemands sont mis hors de combat lors de cette offensive, qui interdit définitivement l’accès de la route de Paris aux troupes allemandes. Une trentaine de reportages réalisés par les opérateurs de l’armée témoignent des destructions et de l’intensité des combats menés pour repousser les armées ennemies. Durant tout l’été, les troupes alliées talonnent les forces allemandes, conquérant de nombreux villages de la Marne anciennement occupés. Dans la région de Fismes, à l’ouest de Reims, Français et Américains participent à une série de combats où sont également présents des opérateurs (opérateur Porcher, SPA 1 PO, et SPA 13 AD, opérateur Daniau).

Les autochromes dans la Marne

La collection des cinq cent soixante-deux autochromes conservés par l’ECPAD contient un peu moins d’une centaine d’images couleurs réalisées entre 1915 et 1918. Ces photographies sont principalement l’oeuvre des photographes Paul Castelnau et Fernand Cuville, missionnés par la fondation Albert Kahn mais enrôlés dans la Section photographique et cinématographique de l’armée (SPCA). Une grande partie de la production d’autochromes Lumière est consacrée à la ville de Reims (se reporter à la fiche « Ville de Reims pendant la Grande Guerre »). Une petite dizaine de documents ont été réalisés dans le département de la Marne, notamment à l’occasion de l’arrivée des soldats russes sur le front en juillet 1916. L’opérateur Albert Samama-Chikli prend une vue du général commandant les brigades russes engagées dans les tranchées du secteur d’Aubérive, près de Reims.

Les films

La collection cinématographique conservée par l’ECPAD possède plus de deux mille titres de films. Cent quatre-vingt-quatorze films concernent le département de la Marne, ses villes et les secteurs du front. La collection cinématographique réalisée pendant les années de guerre contient trois types de documents. Il existe dans un premier temps les documents réalisés avant 1917, date de la fusion de la Section photographique (SPA) et de la Section cinématographique de l’Armée (SCA). Ces films, réalisés en partenariat avec les grandes firmes de cinéma alors en activité (Pathé, Gaumont, Éclair et Éclipse), témoignent, entre le printemps 1915 et la fin de l’année 1916, de l’activité militaire dans la région, avec pour principal lieu d’action l’offensive de Champagne en septembre 1915 (14.18 B 399) et les combats dans la forêt d’Argonne (14.18 B 355 et B 351).

À l’instar de la collection photographique, le fonds film sur la Marne reprend à quelques exceptions près les thématiques énumérées précédemment. En effet, caméramans et photographes de la Section opéraient ensemble sur le terrain, rapportant sur leurs supports respectifs des images à peu près identiques. Cette réalité est d’autant plus forte à partir de l’année 1917, lorsque les deux sections (photographique et cinématographique) se rejoignent pour en former une seule : la SPCA (Section photographique et cinématographique de l’armée). À compter de cette date, c’est-à-dire janvier 1917, le fonds cinéma possède des films d’actualités publiés par l’armée à destination de tous (civils et militaires) sous le titre Annales de la Guerre, ainsi que les épreuves de tournage qui ont permis de constituer ces bandes d’actualité.

Les archives de la SPCA sur la Marne 1915-1919
Nombre de reportages : 369
Nombre de films : 194
Nombre d’autochromes : 97

Si vous souhaitez recourir aux images de l'ECPAD pour mener à bien vos projets culturels, vous pouvez consulter les images en médiathèque, commander les images ou commander une prestation.