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La commémoration de la Bataille de la Marne à Vitry-le-François

Renault type ES utilisée par le Général Joffre.
© D.R.
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Vitry-le-François est l’un des centres des commémorations de la Bataille de la Marne avec, notamment, une exposition sur l’évolution de la médecine militaire de 1914 à 1918. Par ailleurs, c’est à Vitry-le-François que le général Joffre avait installé son quartier-général en août 1914.

L’exposition « La souffrance des hommes » a été organisée avec le concours du Service de Santé des Armées. Elle réunit plus de 400 objets, des instruments et des scènes reconstituées, la plupart inédits, et qui offrent un panorama complet de la médecine de guerre en 14-18.

Vitry-le-François, en raison de sa proximité immédiate du front, est en effet devenue entre 1914 et 1919 une ville-hôpital, première étape pour les blessés de l’Argonne et de Verdun, et qui accueillait jusqu’à 2 à 3 000 blessés lors des grandes offensives.

L’exposition présente également la tente d’un Hôpital Médicochirurgical (HMC) identique à celles que l’armée française déploie actuellement sur ses différents théâtres d’opération.

Enfin, au début de la guerre, Vitry-le-François et son territoire fut au cœur de la bataille, notamment lors des combats acharnés autour du Mont Moret. Le souvenir du passage du Général Joffre dans la ville est évoqué par la présentation de la voiture, une Renault type ES, dont il se servait à l’époque.

Une exposition témoin des grandes évolutions chirurgicales

Ville-hôpital durant la Grande Guerre, Vitry-le-François montre dans une exposition comment, face aux innombrables blessés de ce premier conflit d'ampleur industrielle, la médecine a dû trouver des techniques chirurgicales inédites et faire ainsi un grand bond en avant.

Conçue en partenariat avec le Musée du service de Santé des Armées, l'exposition intitulée Vitry-le-François, ville- hôpital ou la souffrance des hommes conduit le public dans la médecine de guerre de 1914 au travers de plusieurs reconstitutions: table d'opération, cabinet dentaire, carriole de radiologie, unité de plâtrage ou encore tisanerie, avec une présentation de près de 500 objets d'époque.

"Vitry-le-François accueillait en permanence près de 3 500 blessés soignés dans une dizaine de structures médicales plus ou moins improvisées", explique l'historien Bernard Sartori, qui a conçu une partie de l'exposition en mettant à disposition de la ville nombre d'objets de sa collection.

"La ville était idéalement située à quelques kilomètres des fronts de Champagne, d'Argonne et de Verdun et les routes, les canaux et le chemin de fer en faisait un carrefour parfait pour accueillir, trier et évacuer les soldats blessés", précise-t-il.

La collection d'objets exposés jusqu'au 28 septembre dans la salle du Manège de la ville permet de découvrir des stéthoscopes en bois, toute une série de scies et de couteaux à amputation, le matériel ophtalmologique de campagne, des stérilisateurs, un inhalateur à éther d'anesthésie, un casque maxilo-facial pour maintenir la mâchoire brisée ou encore une bassine destinée à la désinfection des plaies du siège.

"La médecine a fait un grand bond en avant en 1914, les médecins confrontés à un nombre considérable de blessés ont dû inventer des techniques chirurgicales notamment maxilo- faciales et des logistiques de prises en charge des victimes", remarque le colonel Isabelle Dauphin, pharmacien en chef de l'établissement sanitaire des Armées, partenaire de l'exposition.

Nouvelle chirurgie réparatrice

Selon elle, au début de la guerre beaucoup de blessés mourraient de gangrène après des délais d'évacuation trop longs, les ordres étant de les rapatrier vers des hôpitaux de leur région d'origine.

"Nul n'ignore que depuis le début des hostilités nos malheureux soldats sont morts par milliers faute de soins immédiats, les uns d’hémorragie, les autres de plaies viscérales, le plus grand nombre d'accidents infectieux. Pour ceux qui ont survécu (...) l'examen impartial des faits démontre que plus de 50% des amputations et des infirmités permanentes auraient pu être évitées", écrivait en 1915 Eugène Louis Doyen, célèbre chirurgien de l'époque, dans un rapport sur la médecine militaire.

"Après les premiers mois très meurtriers, des hôpitaux militaires ont été créés (en avant-poste) avec des médecins qui intervenaient en premières lignes pour les premiers soins et le tri des blessés, un concept toujours en vigueur dans les zones de guerre actuelle", précise le colonel Dauphin.

"Même si l’antibiothérapie n'existait pas encore, les progrès de l’asepsie opératoire avec la stérilisation systématique, le port des gants chirurgicaux ou l'invention de l'eau de Dakin ont limité de plus en plus la mortalité des blessés tout au long de la guerre", ajoute-t-elle.

L’afflux dans les hôpitaux de soldats touchés à la face avec des blessures inédites ont également permis aux médecins d'expérimenter les premières techniques de chirurgie réparatrice avec des auto-greffes de tissus ou d'os et la fabrication de prothèses de mâchoire ou de nez.

"La psychiatrie aussi a connu un large progrès avec l'étude des traumatismes psychiques de soldats tétanisés par les pluies d'obus qui s’abattaient continuellement sur eux, même si la prise en charge demeurait encore sommaire", poursuit- elle.

En France, le conflit a fait 3,5 millions de blessés dont 500 000 "gueules cassées" et plus d'un million d'invalides permanents.

(Source : AFP)