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L'exposition « 1914, la mort des poètes »

Guy Braun, La marche, aquatinte (détail).
© D.R.
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La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNU) présente, du 22 novembre 2014 au 1er février 2015, une exposition consacrée à trois poètes européens de renom tombés sur les champs de bataille de la Grande Guerre : le Français Charles Péguy, l’Allemand Ernst Stadler et l’Anglais Wilfred Owen.

Le 5 septembre 1914, près de Villeroy, le poète français Charles Péguy s’effondre aux premiers jours de la bataille de l’Ourcq, touché d’une balle au front. Quelques semaines plus tard, le 30 octobre, Ernst Stadler, Allemand né en Alsace, lui-même poète et premier traducteur de Péguy en allemand, est tué près d’Ypres, dans les Flandres, par un obus anglais. C’est à travers le destin symbolique de ces deux poètes – dont la guerre brisa la relation naissante et qui tombèrent à quelques jours d’intervalle de part et d’autre du front – que l’exposition entend commémorer la Grande Guerre. Un regard singulier sur la guerre, donc, celui des poètes qui, comme le notait Péguy, ont une relation particulière – intime, familière – avec la mort, et sont de ce fait peut-être plus à même que d’autres de dire l’ineffable de la guerre, de nous en faire comprendre le sens – ou le non-sens – profonds.

Au prisme d’oeuvres majeures (manuscrits, éditions originales, gravures, revues illustrées, photos) provenant des collections de la BNU ou empruntées à des institutions culturelles de renom – notamment aux Archives littéraires allemandes de Marbach et à la Bibliothèque bodléienne d’Oxford, partenaires du projet –, l’exposition soulignera les bouleversements, les déflagrations, que la menace grandissante du conflit, puis les premiers combats, produisirent dans l’oeuvre de ces poètes. Quel dialogue poétique et artistique naissant vint alors brutalement prendre fin ? Quels échos, quels accords, quelles connivences, manifestes ou secrètes, traversent leurs oeuvres ? Quels réseaux, quels mouvements esquissaient alors la carte d’une Europe des lettres et des esprits que la guerre balaya ? Quel monde aurait pu naître là, que la guerre engloutit ? Et comment leurs oeuvres réagirent-elles à l’approche de la guerre et d’une mort qu’ils pressentaient ? Comment cette menace en modifia-t-elle les lignes de force ? Quelles dissensions, quels antagonismes, quelles fractures s’y faisaient déjà jour, reflets du conflit qui les emporta ?

Péguy et Stadler furent tués dès les premiers mois de la guerre, sans avoir pris conscience de l’impitoyable cruauté de la guerre de tranchées. Quatre ans plus tard, à quelques jours de l’armistice, le poète anglais Wilfred Owen tombait à la tête de ses hommes près d’Ors. Enrôlé en octobre 1915, il avait vécu plusieurs années durant les horreurs quotidiennes de la guerre, qu’il avait consignées dans des poésies de guerre restées célèbres. Son oeuvre poétique émouvante, faite de colère et de pitié, viendra apporter – grâce aux collections de la Bibliothèque bodléienne d’Oxford – un contrepoint essentiel à la vision parfois encore idéaliste de Péguy et Stadler, et – au-delà du face à face franco-allemand – restituer la dimension proprement européenne et mondiale du conflit.

Bien sûr, de nombreux autres poètes et artistes furent fauchés par la guerre : Alain-Fournier, Franz Marc, Georg Trakl, August Macke, etc. Si les oeuvres de Péguy, Stadler et Owen forment le coeur de l’exposition, d’autres créateurs sont aussi évoqués, pour peu que tel ou tel aspect de leur oeuvre entre en résonance et en dialogue avec celle des premiers. Ils contribuent ainsi à dessiner l’horizon de l’exposition, celui d’une Europe littéraire et artistique en gestation, anéantie par la guerre.

localisation

Adresse : 6, place de la République
Strasbourg
France