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La Serbie dans les collections de l'ECPAD

Tranchée serbe sur les rives du fleuve Vardar. Macédoine, mai 1916. Photographe : Frédéric Gadmer.
© ECPAD
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Dans sa volonté de réunir l’ensemble des Serbes disséminés de la Croatie à la Macédoine, la Serbie se heurte aux intérêts de l’Autriche-Hongrie depuis le début du XXe siècle. En dix ans, grâce à l’annexion de plusieurs territoires, le pays a doublé sa superficie, ce qui ne suffit pourtant pas aux nationalistes radicaux. Le 28 juin 1914, l’un d’eux, Gavrilo Principe, membre de la Main noire, assassine l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois. L’Autriche trouve là un prétexte pour ouvrir les hostilités, déclenchant ainsi, par le jeu des alliances, le processus de la première guerre mondiale.

Dans les premiers mois, le front austro-serbe fluctue et les Serbes réussissent à contenir l’ennemi jusqu’à l’entrée en guerre de la Bulgarie, un ex-allié, en octobre 1915. L’ouverture de ce nouveau front précipite la déroute de l’armée serbe. En décembre, menacée d’encerclement et de destruction, manquant de tout, elle se replie vers l’Albanie à travers les montagnes. Accompagnée du roi Pierre 1er et de milliers de réfugiés, elle finit par être évacuée à Corfou, aidée par les troupes françaises. Ce n’est qu’en 1918 que la Serbie est libérée par l’armée serbe soutenue par les forces alliées de la triple entente, notamment l’armée française d’Orient. Après avoir perdu 1,2 million d’habitants, elle disparaît en tant qu’État souverain, intégrée à un État des Slaves du sud, la future Yougoslavie.

La contribution de la Serbie au conflit est visible dans les archives photographiques et cinématographiques de l’ECPAD à partir de l’épisode de Corfou, en 1916. Les opérateurs de la SPCA sont présents dans les Balkans pour suivre l’armée française d’Orient dès 1915 et y demeurent jusqu’en 1919. Les photographes et cameramen couvrent essentiellement la présence de la 1re armée serbe reconstituée à Corfou, tout d’abord débarquant à Salonique en 1916 puis menant le combat contre les Bulgares aux côtés des troupes alliées. Durant les affrontements, les Serbes sont enregistrés lors de la prise de Florina et celle de Monastir, en 1916. Le rôle de la Serbie est ensuite souligné dans plusieurs films consacrés aux « batailles décisives » de 1918, qui conduisent à la libération de la Serbie (la Serbie libérée) et à la reddition de l’armée bulgare. Terminant la guerre dans le camp des vainqueurs, les troupes serbes sont invitées à participer au défilé des fêtes de la victoire, le 14 juillet 1919, à Paris, festivités abondamment photographiées et filmées.

Les images mettent principalement en lumière la logistique et l’entraînement de l’armée, ainsi que la vie quotidienne des soldats et les hommes occupés à des travaux divers. Elles ne montrent guère de combats. Les unités représentées sont le régiment du Timok, les divisions de la Drina, de la Morava, de Schoumadia, de Dounovska et du Vardar, les 3e et 4e régiments de cavalerie. Les campements occupés sont ceux de Govino, Moraitika, Maisonghi, Bounardja, Zeitenlick, Ambélonès, Sedhez, Zumbao, Loutra, Djivonian, Vostoran, Véro et Tchema, ainsi que celui de Bizerte, avec l’école des sous-officiers serbes. Les chefs militaires serbes visibles sont les généraux Bojovitch, Michitch, Milissaviovitch, Vasitch et Yankovitch, ainsi que les colonels Neditch et Kalafatovitch.

Les images s’attachent à mettre en valeur l’importance des liens qui unissent Serbes et alliés, en particulier français et russes. Elles mettent en avant les inspections militaires mêlant Serbes et alliés ainsi que les visites du prince héritier Alexandre de Serbie sur le front macédonien, avec les chefs français qui se succèdent à la tête de l’armée d’Orient, les généraux Bailloud, Sarrail, Franchet d’Esperey, Henrys et Guillaumat, mais également sur le front en France (le prince est filmé à Verdun ou à Metz, des détachements serbes sont vus également à Paris ou dans la Meuse). L’entente serbo-russe est notable également avec les troupes serbes filmées en Russie.

L’aspect politique du conflit n’est pas oublié. Les reporters immortalisent, outre le prince héritier, le premier ministre Nicolas Pachitch et les ministres Patelich et Vesnitch participant à des conférences interalliées à Paris. Ils s’intéressent aussi au sort des nombreux réfugiés civils serbes évacués, arrivés par bateau à Toulon et répartis dans des camps du sud et de l’ouest de la France (Marseille, Libourne, Mont-Dauphin, Corse). Dans ces camps, les familles sont regroupées et les enfants reçoivent un enseignement. Dans la série des contretypes (CT), on peut également voir des prisonniers serbes capturés par les Austro-Hongrois.

Enfin, si les opérateurs documentent avant tout l’activité des armées, ils portent également un intérêt pour la culture du peuple serbe et les paysages orientaux. Ils captent ainsi quelques scènes typiques, comme la pratique religieuse, les danses et musiques traditionnelles ou les architectures orthodoxe et musulmane. Deux reportages photographiques particulièrement esthétiques montrent la musique de la garde royale serbe en visite à Paris (SPA 125 M et SPA 30 X).

Les archives de la SPCA sur la Serbie1
Nombre de photographies : 1 042
Nombre de films comportant des séquences montrant des Serbes : 57

Si vous souhaitez recourir aux images de l'ECPAD pour mener à bien vos projets culturels, vous pouvez consulter les images en médiathèque, commander les images ou commander une prestation.

 

Notes

1 Les clichés montrant des comitadjis, miliciens villageois instrumentalisés tantôt par les Serbes, tantôt par les Bulgares, sont inclus dans le présent dossier. Les séries concernant le front d’Orient comportent quelques images qui semblent témoigner des exactions commises par l’ennemi (cadavres de civils et enfants gazés dans le reportage SPA 94 K).