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Guerre et propagande, la collection de cartes postales d'Eraldo Baldini

© Musée Francesco Baracca
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le Musée Baracca et la Bibliothèque Municipale « Trisi » de Lugo ont acquis une impressionnante collection de cartes postales de propagande de guerre, publiées entre 1914 et 1918, et prévoient d'en présenter un certain nombre à travers différentes expositions.

La collection Baldini

Lugo est une jolie petite ville dans la province de Ravenne, Emilie-Romagne. Depuis presque un siècle elle est bien connue dans tout l'Italie parce qu’y naquît Francesco Baracca, le plus grand et le plus célèbre As de l'aviation italienne pendant la Première Guerre mondiale. Pour en garder sa mémoire, la municipalité a mis en place en 1926 un Musée qui, avec le temps, est devenu un important centre d'exposition et de coordination pour les études qui concernent la guerre aérienne. La Municipalité de Lugo a souhaité en parallèle depuis plusieurs années s’investir dans l’étude de la Grande Guerre, comme un passage central de l'histoire contemporaine italienne, soit directement, soit par l’intermédiaire d’institutions culturelles (le Musée et la Bibliothèque). Le Musée a été soutenu par l'Institut de l'histoire de la Résistance et de l'Époque Contemporaine de la province de Ravenne et par l'Institut du Patrimoine Culturel (I.B.C.) de la Région Emilie-Romagne.

Grâce aussi à ces institutions, la municipalité a pu acquérir une collection de 2906 cartes postales de propagande de guerre publiées entre 1914 et 1918, recueillies par le collectionneur Eraldo Baldini et par son grand père Enrico. Il s’agit de conserver et protéger cette collection, numériser et classer chaque carte, publier l’ensemble de ces sources sur le portail Internet du catalogue du patrimoine de l'Emilie-Romagne pour en garantir la plus vaste utilisation. Les originaux sont conservés et rendus accessibles aux utilisateurs et aux chercheurs à la Bibliothèque Municipale « Trisi » de Lugo qui, avec le Musée Baracca, prévoit d'en présenter un certain nombre à travers plusieurs expositions, accompagné de fichiers explicatifs et d'une publication ad hoc sur le total des dépôts. Le 5 avril 2014 une première initiative a été organisée pour présenter aux citoyens la collection et le projet.

La collection Baldini est l'une des plus grandes qui existent en Italie et, étant consacrée à le seule thème de la propagande, propose un cadre très représentatif du travail de propagande de guerre, parmi les troupes et dans le Pays, à travers les médias certainement plus répandus pendant le conflit : les cartes postales. Le collectionneur n'a pas pris en considération les textes écris par les expéditeurs (seule une minorité de spécimens a été effectivement envoyée), mais se concentre sur les messages véhiculés par les images et les textes imprimés. Mais les utilisateurs du fonds ont accès églament aux écrits lorsqu’ils existent.

Le développement de la propagande de guerre dans les cartes postales

Le corpus impressionnant de correspondances militaires, étudié en Italie depuis les années 1980 par Antonio Gibelli et par les groupes des Archives d'écriture populaire ligures et nationaux, était principalement constitué de cartes postales.

La collection rassemble ici des exemples de toutes les typologies de cartes postales, de celles en franchise données aux soldats directement par l'Armée Royale à celles distribuées gratuitement par les organisations italiennes (comités pour les invalides, orphelins, veuves, handicapés) et étrangères (YMCA chez les maisons du soldat et les points de rafraîchissement pour les troupes), jusqu'à celles vendues dans le circuit commercial normal.

Le matériel de la collection Baldini comprend toutes les techniques d’illustration : dessin, bichromie ou polychromie, aquarelle, encre, photos, collage de nombreuses techniques. Un élément important est la présence de plusieurs séries, avec un certain nombre de sujets plus ou moins larges (on part de quelques échantillons jusqu'à la centaine de pièces de la série « Les horreurs de la guerre » par Louis Raemaekers en édition italienne).

La collection comporte des œuvres de dessinateurs et de graphistes peu connus, mais aussi d'artistes célèbres en Italie, tels que Plinio Nomellini, Tommaso Cascella, Achille Luciano Mauzan, Umberto Brunelleschi, Antonio Rubino, Plinio Codognato. Il ne manque pas du matériel produit à l'étranger et traduit et réimprimé en Italie.

Il s'agit donc d'une collection qui représente un intérêt certain à la fois dans l'aspect de l'art et de la technique, mais également en ce qui concerne le développement de la propagande de guerre, et ses itinéraires transfrontaliers. Pour ce deuxième aspect, la collection permet d'embrasser l'ensemble de la période de cinq ans à partir de 1914 (neutralité italienne et campagne interventionniste) au 1919 (conférence de Versailles). Le matériel montre que le ton général de la propagande a rencontré une évolution, à partir des arguments et des techniques de réalisation les plus traditionnels, jusqu'au sujets plus liés à la vie quotidienne au front et dans le Pays et à des techniques d'exécution marquées par l'expérience des avant-gardes artistiques.

Le fonds recèle des pièces très modernes, réalisées au cours des  premières années et de l'autre – jusqu'à la fin du conflit – des spécimens techniquement arriérés, très rhétoriques dans les images et dans les textes et marqués par des valeurs idéologiques et religieuses de moule profondément traditionnelle.

Les cartes qui se réfèrent aux autres pays impliqués dans la guerre apportent de nombreux éléments de réflexion. Elle font référence à la Belgique et aux atrocités, réelles ou présumées, accomplies dans ce pays par l'Armée allemande. Aussi fréquentes sont les exemples de solidarité entre les nations de l'Entente, et le grande nombre des armées engagées contre les Puissances  Centrales. La collection explore également le thème de la « déshumanisation » de l'ennemi : les soldats autrichiens et allemands, comme leurs chefs, sont généralement représentés avec traits monstrueux ou animaliers.

Rendre la collection accessible

L'acquisition d'une collection privée par un organisme public montre le rôle essentiel que doivent jouer les autorités publiques dans la conservation et promotion du patrimoine culturel. Une administration culturelle attentive et courageuse est capable d'empêcher la dispersion de collections importantes du point de vue de l'art et de l'histoire, les rendant accessibles aux chercheurs mais surtout aux citoyens, pour les informer plus efficacement sur des événements historiques.

Dans ce cas, à l'approche du Centenaire, qui aura lieu en Italie en 2015, le grand public peut évaluer « sur pièces » l'impact de la propagande en termes de création et de manipulation du consentement, en rapport avec une expérience réelle de la guerre contre laquelle s’était manifestée la majorité de classes populaires italiennes.