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L'Insurrection de Pâques à Dublin : un champ de bataille de la Première Guerre mondiale

Eamon de Valera, futur dirigeant de la République d'Irlande, prisonnier
© Coll. privée - B. Cudennec / C. Gallagher
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Du 25 mars (vendredi saint) au 2 avril 2016, l'Irlande célébrera le centenaire de l'Easter Rising (Insurrection de Pâques 1916), élément fondateur de la République. Comme le souligne l'historien nord-irlandais Keith Jeffery, la Première Guerre mondiale a donné l'opportunité aux Séparatistes de frapper en plein coeur l'Empire britannique et de s'imposer à l'échelle politique alors qu'ils étaient minoritaires au sein de l'opinion.

L'Irlande face à la Grande Guerre

Dès septembre 1914, alors qu'il existe déjà de vives tensions au sein de l'île concernant l'application de la Home Rule, un débat envenime les rangs des nationalistes irlandais. Il vise à autoriser l'autonomie interne de l'Irlande, tout en restant sous la tutelle de la couronne britannique. Tous s'interrogent : le combat contre les puissances centrales est-il juste et par conséquent doit-on s'engager aux côtés de Londres ? La question de la Home Rule est reportée à la fin du conflit. Sensible aux conséquences de l'invasion de la Belgique par les troupes allemandes et désireux de faire bonne figure face à Londres, le député modéré John Redmond du Irish Parliamentary Party s'engage avec les Britanniques pour créer deux divisions irlandaises (la 10e et la 16e). Au sein de ces unités sous uniforme britannique, des nationalistes irlandais combattent à Gallipoli, en Palestine et dans la Somme sans qu'il y est la moindre conscription en Irlande et cela tout le long de la guerre.

D'autres du Irish Republican Brotherhood (Ancêtre de l'RA) restent hostiles à la politique anglaise et se mettent d'accord pour accepter toute aide allemande qui permettrait d'obtenir l'indépendance de l'Irlande.

« Une Irlande soumise ne sera jamais en paix », Patrick Pearse, 1915

Avec la forte mobilisation qu'entraîne la guerre, la présence militaire anglaise se réduit progressivement en Irlande. Pour les partisans du IRB, le moment de frapper est arrivé. En janvier 1916, une insurrection est planifiée avec d'autres groupes armés, comme celui du socialiste James Connolly, pour le lundi de Pâques à Dublin. La date est symbolique et souligne le caractère catholique de l'insurrection (même si certains rebelles sont de religions différentes voire athées). L'issue d'une telle action est connue de tous. Elle est anéantie par les troupes britanniques mais la notion de sacrifice est en fait volontaire. L'écrivain et leader nationaliste Patrick Pearse souhaite se voir comme un martyr catholique qui, comme le Christ, accepte la mort comme une passion. Il écrit « l'effusion de sang purifie et sanctifie. La nation qui voit cela comme l'horreur ultime a quant à elle perdu sa virilité ».

Plus de 20 000 armes sont livrées par l'Allemagne (mais pas d'artillerie !) et par souci de légitimité, des uniformes vert foncé, boutons d'or avec harpe celtique comme effigie, casquettes et des chapeaux de type australien sont confectionnés. Le lundi 24 avril, 1 250 rebelles (dont une brigade féminine menée par la comtesse Markievicz) prennent position dans le centre ville de Dublin. Les premiers combats engagent uniquement des régiments irlandais et les forces de police. La poste centrale de Dublin est prise d'assaut et deviendra le quartier général des rebelles durant toute l'insurrection. C'est à proximité de ce lieu même que Patrick Pearse, en tant que président, lit à haute voix la proclamation de la République, événement fondateur dans l'histoire de l'Irlande. Tout Irlandais et Irlandaise doit à présent prêter allégeance.

D'autres positions sont tenues notamment à la Cour de justice et au parc de Stephen's Green. Des barricades sont installées et des tireurs dont la Comtesse Markievicz s'installent en haut des immeubles afin de défendre les principales artères de la ville. Des incidents ont également lieu avec des civils hostiles aux insurgés. Il est en effet clair que, durant les événements, la population n'est pas favorable à une révolte armée. 

Au fil des jours, des renforts de troupes anglaises et australiennes arrivées par bateau depuis la Grande-Bretagne ont pour mission d'écraser les rebelles au plus vite. Les combats continuent dans les rues de Dublin jusqu'au 29 avril. On compte plusieurs centaines de morts mais le choc est avant tout psychologique. Une ville si loin des fronts est devenue le théâtre d'affrontements sans précédent. La reddition sans condition est finalement signée le 29 avril.

Pour la première fois depuis le début du conflit, l'Empire britannique est attaqué dans son propre territoire. Afin de répondre à un tel acte de guerre, le gouvernement de Londres décide d'être impitoyable. Les principaux leaders de l'insurrection sont exécutés en l'espace de quelques jours. Grièvement blessé durant les combats, le socialiste et commandant en chef de l'insurrection James Connolly est fusillé attaché à une chaise. Joseph Mary Plunkett, quelques heures avant son exécution, se marie avec sa fiancée dans sa cellule. Des images fortes qui restent comme de forts éléments de mobilisation républicaine. La Comtesse Markievicz est quant à elle graciée, la peine de mort n'étant pas appliquée aux femmes. La loi martiale est instaurée sur l'ensemble de l'Irlande.

L'insurrection de Pâques, élément fondateur de la République d'Irlande

La réponse sévère des Anglais va en fait renforcer la cause des rebelles et décrédibiliser celles des nationalistes modérés. Alors que la population ne soutenait pas l'insurrection, l'événement est mythifié et trouve peu à peu un certain écho au sein d'une partie des Irlandais. Les martyrs que célèbre aujourd'hui l'Irlande sont ceux qui ont décidé de prendre les armes et les survivants tels Eamon de Valera et Michael Collins, bien que divisés, continueront le combat. La Comtesse Markievicz devient la première femme à être élue au Parlement britannique. L'interminable débat sur l'application de la Home Rule et le succès aux élections législatives des indépendantistes entraînent en 1919 la Guerre anglo-irlandaise puis la création de l’État libre d'Irlande en 1922 et par conséquent la division de l'île. L'influence des nationalistes de l'Easter Rising s'est également propagée au sein de l'Empire britannique, notamment en Inde et en Egypte.

Aujourd'hui encore, l'ensemble des partis d'Irlande rendent hommage à cette insurrection de Pâques, autre champ de bataille de la Première Guerre mondiale. Pendant la semaine de l'Easter Rising, près de 1 200 Irlandais ont été tués en Irlande mais aussi sur d'autres fronts comme dans le Nord de la France, en Mésopotamie ou en Salonique. Le monument aux morts de Dublin indique que 49 400 soldats sont morts durant la Grande Guerre. Si on incluait les Irlandais qui se sont engagés dans les unités américaines, australiennes ou canadiennes, les chiffres seraient encore bien plus élevés.