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La guerre des esprits / Krieg der Geister

Ernst Borkowsky, Unser heiliger Krieg (Notre guerre sainte), Weimar, Gustav Kiepenheuer Verlag, 1914.
© Klassik Stiftung Weimar
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Entre 1900 et 1918, la ville allemande de Weimar a joué pleinement son rôle spécifique de « lieu d’identification de la culture allemande ». Elle a concentré les confrontations esthétiques et culturelles d’artistes et intellectuels qui se sont mobilisés ensuite pour une guerre idéologique, où la culture allemande devait être exaltée. A l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, l’exposition Krieg der Geister. Weimar als Symbolort der deutschen Kultur vor und während des Ersten Weltkriegs  (Guerre des esprits. Weimar comme lieu symbolique de la culture allemande avant et pendant la Première Guerre mondiale), proposée par la fondation weimarienne Klassik Stiftung, va mettre en lumière, à travers ce sujet, un aspect de l’histoire culturelle de l’Europe.

Weimar, lieu où s’est préparée la « guerre des esprits »

La Klassik Stiftung de Weimar travaille à la confluence de deux sujets : le classicisme weimarien, mouvement littéraire allemand de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, et la modernité classique (Klassische Moderne), qui englobe des mouvements artistiques et littéraires de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. La Klassik Stiftung s’attache aussi à analyser les répercussions et réceptions de ces mouvements artistiques. Ainsi, dans les années 1990, un projet de recherche avait exploré l’instrumentalisation du classicisme weimarien par le national-socialisme. L’exposition réalisée à l’occasion du centenaire du déclenchement de la guerre se concentre au contraire sur le « réarmement » intellectuel de l’élite culturelle allemande dans le Reich wilhelminien, dans lequel Weimar, lieu symbolique et fécond de la culture allemande, joua un rôle central. Ceci se constata à l’extérieur de la ville, par l’évocation en Allemagne de ses grands esprits (Goethe et Schiller) et de la supériorité de la culture allemande, mais aussi entre ses murs, à travers les artistes, écrivains et intellectuels actifs à Weimar, qui ont chargé le mythe du « peuple des poètes et des penseurs » et l’esprit de conversion qui y était lié.

Un projet à portée internationale

L’exposition se concentrera moins sur l’horrible et inhumaine réalité de la guerre mondiale que sur le fait qu’il s’agissait aussi d’une guerre culturelle européenne. Avec le début de la guerre, une euphorie nationaliste s’est diffusée, pas seulement en Allemagne, mais aussi, avec quelques graduations, en Angleterre, en France et en Russie. Partout, des intellectuelles ont apporté des mots-clés idéologiques et ont renforcé la mobilisation des esprits. Dans les faits, il n’y eut aucune guerre, avant ou après, où l’on vit, dans toute l’Europe et à travers d’innombrables prises de position publiques, autant de querelles sur la question fondamentale de la responsabilité de guerre. De même, on s’est énormément interrogé sur la valeur de l’interprétation de la « profonde culture allemande » et de la « civilisation occidentale matérialiste ».

Voir le descriptif de l'exposition La guerre des esprits / Krieg der Geister en anglais.

Un regard allemand sur la « guerre des esprits » en France

Dès le 8 août 1914, dans un discours devant l’Académie française, le philosophe Henri Bergson, connu jusqu’alors pour avoir fait connaître la philosophie allemande en France, décrit la guerre contre l’Allemagne comme « un combat de la civilisation contre la barbarie ». Cette déclaration donna une direction de propagande qui fut suivie par de nombreux intellectuels, écrivains et artistes français, y compris Anatole France. Le reproche de barbarie à l’Allemagne s’enflamma principalement avec l’incendie ravageur de la cathédrale de Reims, qui fut qualifié de « crime de guerre allemand » et souleva une réprobation mondiale. Côté allemand, ce fut une personnalité reconnue par tous, Gerhart Hauptmann, prix Nobel de la paix en 1912, qui se livra avec Romain Rolland à une violente controverse publique, parlant d’un « champ de bataille de mensonges » des Alliés et n’acceptant pas des reproches fondés. Il est vrai que la propagande visuelle française, sous forme d’affiches et de cartes postales, était très agressive et utilisait les plus sordides histoires de sorcières pour incriminer les Allemands comme des « boches ».

 

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