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Les quatorze points du président américain Thomas Woodrow Wilson

© Portrait officiel de Wilson à la Maison Blanche
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

Le 8 janvier 1918, le président Wilson, fervent pacifiste, présenta une vision du monde d'après-guerre dans un discours au Congrès américain sous la forme d’un discours programmatique en 14 points.

Né en 1856, Wilson fut le 28e président des Etats-Unis, élu une première fois en 1912, puis réélu en 1916 en pleine guerre sur un programme isolationniste. A la suite des pressions allemandes sur le Mexique, du développement de la guerre sous-marine à outrance qui met à mal la libre circulation des marchandises, Wilson fera entrer son pays dans le conflit après avoir demandé le 2 avril 1917 une déclaration d’état de guerre au Congrès entre l’Allemagne et les Etats-Unis, résolution adoptée quatre jours plus tard. Le principal but de guerre affiché par le très pacifiste président Wilson se résume en une croisade démocratique contre l’autocratie allemande. Dans cet ordre des choses, il présente une vision du monde d’après-guerre au Congrès le 8 janvier 1918, sous la forme d’un discours programmatique en 14 points.

Ces quatorze points, qui ne sont pas reconnus formellement ni par Paris, ni par Londres en janvier 1918, déterminent ce que l’on appelle le wilsonisme et sa New Diplomacy, tendue vers l’équilibre international, le pacifisme, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la fin des traités secrets. Très généraux, les principes évoqués ont soutenu les closes de l’armistice conclu en novembre 1918. 

Cependant, de nombreuses divergences apparaissent et se développent dès l’ouverture de la conférence de Paris (janvier 1919), entre les alliés et autour des positions du président Wilson. Une partie des grands principes généraux présentés dans les cinq premiers points, des éléments précis de redistribution des frontières (points 6 à 13) et la création d’une « association générale des nations » sous le nom de Société des Nations (SDN) seront repris dans le traité de Versailles (28 juin 1919). 

Il ne sera pourtant jamais ratifié par le Sénat des Etats-Unis, laissant Woodrow Wilson épuisé et brisé de n’avoir pu construire une paix durable, malgré l’engagement de son pays et la mort de dizaines de milliers de Sammies

Extrait du discours reprenant les quatorze points :

    « Des traités de paix ouverts, auxquels on a librement abouti, après lesquels il n'y aura ni action ou décision internationale privée d'aucune nature, mais une diplomatie franche et transparente »

    « Une absolue liberté de navigation sur les mers, en dehors des eaux territoriales, en temps de paix, aussi bien qu'en temps de guerre, sauf si les mers doivent être en partie ou totalement fermées afin de permettre l'application d'alliances internationales. »

    « Le retrait, autant que possible, de toutes les barrières économiques, et l'établissement d'une égalité des conditions de commerce parmi toutes les nations désirant la paix et s'associant pour la maintenir. »

    « Des garanties adéquates à donner et à prendre afin que les armements nationaux soient réduits au plus petit point possible compatible avec la sécurité intérieure. »

    « Un ajustement libre, ouvert, absolument impartial de tous les territoires coloniaux, se basant sur le principe qu'en déterminant toutes les questions au sujet de la souveraineté, les intérêts des populations concernées soient autant pris en compte que les revendications équitables du gouvernement dont le titre est à déterminer. »

    « L'évacuation de tout le territoire russe et règlement de toutes questions concernant la Russie de sorte à assurer la meilleure et plus libre coopération des autres nations du monde en vue de donner à la Russie toute latitude sans entrave ni obstacle, de décider, en pleine indépendance, de son propre développement politique et de son organisation nationale ; pour lui assurer un sincère et bienveillant accueil dans la Société des Nations libres, avec des institutions de son propre choix, et même plus qu'un accueil, l'aide de toute sorte dont elle pourra avoir besoin et qu'elle pourra souhaiter. Le traitement qui sera accordé à la Russie par ses nations sœurs dans les mois à venir sera la pierre de touche de leur bonne volonté, de leur compréhension des besoins de la Russie, abstraction faite de leurs propres intérêts, enfin, de leur sympathie intelligente et généreuse. »

    « La Belgique, et le monde entier agréera, doit être évacuée et restaurée, sans aucune tentative de limiter sa souveraineté dont elle jouit communément aux autres nations libres. Nul autre acte ne servira comme celui-ci à rétablir la confiance parmi les nations dans les lois qu'elles ont établi et déterminé elles-mêmes pour le gouvernement de leurs relations avec les autres. Sans cet acte curateur, l'entière structure et la validité de la loi internationale est à jamais amputée. »

    « Tous les territoires français devraient être libérés, les portions envahies rendues, et les torts causés à la France par la Prusse en 1871, concernant l'Alsace-Lorraine, qui a perturbé la paix mondiale pendant près de 50 ans, devraient être corrigés, de telle sorte que la paix soit de nouveau établie dans l'intérêt de tous. »

    « Un réajustement des frontières d'Italie devrait être effectué le long de lignes nationales clairement reconnaissables. »

    « Aux peuples d'Autriche-Hongrie, dont nous désirons voir sauvegarder et assurer la place parmi les nations, devra être accordée au plus tôt la possibilité d'un développement autonome. »

    « La Roumanie, la Serbie et le Monténégro devraient être évacués ; les territoires occupés devraient être restitués ; à la Serbie devrait être assuré un accès à la mer libre et sûr ; les relations des États des Balkans entre eux devraient être déterminés par une entente amicale le long de lignes historiquement établies d'allégeance et de nationalité ; des garanties internationales quant à l'indépendance politique et économique, et l'intégrité territoriale des États des Balkans devrait également être introduites. »

    « Aux régions turques de l'Empire ottoman actuel devraient être assurées la souveraineté et la sécurité ; mais aux autres nations qui sont maintenant sous la domination turque on devrait garantir une sécurité absolue de vie et la pleine possibilité de se développer d'une façon autonome ; quant aux Dardanelles, elles devraient rester ouvertes en permanence, afin de permettre le libre passage aux vaisseaux et au commerce de toutes les nations, sous garantie internationale. »

    « Un État polonais indépendant devrait être créé, qui inclurait les territoires habités par des populations indiscutablement polonaises, auxquelles on devrait assurer un libre accès à la mer, et dont l'indépendance politique et économique ainsi que l'intégrité territoriale devraient être garanties par un accord international. »

    « Une association générale des nations doit être constituée sous des alliances spécifiques ayant pour objet d'offrir des garanties mutuelles d'indépendance politique et d'intégrité territoriale aux petits comme aux grands États. »