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Parcours illustré d’un Poilu d’Orient sur le front de Macédoine

Assemblage de cartes postales du soldat Alexandre Berraud
© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette
Image locale (image propre et limitée à l'article, invisible en médiathèque)

En partenariat avec le musée de l'Armée, l'Ecole française d'Athènes a mis en place sur son site web un outil multimédia qui valorise un rare fonds d'archives de l'Armée d'Orient, constitué de 87 cartes postales envoyées par le soldat Alexandre Berraud sur le front de Macédoine. Disponible en anglais et en français, cet outil offre une vision personnalisée du front et de la campagne telle que le soldat Berraud la représentait sur des cartes envoyées à ses proches. 

Alexandre Berraud naît à Bouclans, dans le Doubs, le 27 janvier 1884. A l’issue de son service militaire effectué au 35e régiment d’Infanterie de Belfort, il s’installe à Charenton, en région parisienne, où il exerce un emploi dans une étude notariale. Mobilisé au 35e régiment d’Infanterie en 1914 (il passera au 260e régiment d’Infanterie en novembre 1916), le soldat Berraud embarque à Marseille le 18 octobre 1915, en direction de Salonique, où il arrive le 23 octobre. Là, débute la correspondance qu’il entretient avec son épouse, sur des cartes postales des armées, qu’il illustre au recto de croquis exécutés à la plume et à l’encre noire, et aux crayons de couleurs.

Images et textes sont intimement liés. L’« apprenti dessinateur », comme Berraud aime à se qualifier, affectionne particulièrement les paysages, les animaux mais aussi les populations locales rencontrées. D’une écriture fine et serrée, il raconte la vie quotidienne de l’armée d’Orient, les nombreuses difficultés auxquelles il est confronté : le manque de nourriture, la fatigue, l’extrême chaleur, mais aussi les rires partagés avec ses camarades ou encore les longs moments d’attente. Dans ses lettres il parle souvent de l’importance que revêt cet échange épistolaire avec sa femme, qui lui permet de garder le moral : « Il fait un beau soleil et nous avons eu bien chaud en venant. D'ici nous avons un panorama superbe. On voit tout Salonique, le golfe, le port avec les vaisseaux de guerre, c'est très joli, je ferai de jolis dessins quand j'aurai le temps. (…) Depuis ce matin je regarde le port et j'ai un cafard formidable en voyant la grande bleue qui jette une séparation de 3000 km entre nous et la France. » (28 mars 1916)

Berraud se montre très précis dans les indications de lieux, ceci afin que sa femme, surnommée affectueusement « my dearling », puisse le suivre dans ses déplacements, les dessins permettant à cette dernière de voir les paysages qu’il traverse : « J'ai juste encore un peu de patience pour te faire un dessin de temps en temps afin que tu partages avec moi le voyage ; plutôt le calvaire qui dure depuis 2 ans. » (1er juin 1916). Elle l’approvisionne en matériel pour qu’il puisse exécuter ses croquis (19 mai 1916 : « Dans le colis mets un crayon vert foncé comme la couleur de mes dessins, et des plumes très fines, mais pas de ronde. »).

La correspondance d’Alexandre Berraud s’interrompt le 25 novembre 1916. Trois semaines plus tard, le 13 décembre 1916, il est tué lors des combats autour de Monastir. En mai de la même année, il écrivait : « Garde bien toutes ces cartes que je puisse te faire un joli album de mon voyage. Evite de mettre les doigts sur les couleurs ». Soigneusement conservé, cet ensemble de 87 cartes a été donné au musée de l’Armée par Mme Berraud au sortir de la guerre, en 1921, en souvenir de son mari. « Ces cartes très artistiques et très exactes constituent un document précieux pour l’histoire de cette campagne » écrit le général Maleterre, directeur du musée de l’Armée, le 2 septembre 1921, en remerciement du don de Mme Berraud. En plus d’être un témoignage s’achevant brutalement et tragiquement, elles révèlent un homme cultivé et curieux.

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